‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 55 sur 203 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

et regretter ce qu'ils avaient omis à faire, disant ainsi en eux-mêmes : « Nous nous sommes baisés, « et de rien ne nous a servi; nous nous sommes « l'un l'autre accolés, et rien ne nous en est « amendé. Il faut donc dire que coucher ensemble « est le vrai remède d'amour ; il le faut donc essayer « aussi. Car pour sûr il y doit avoir quelque chose « plus qu'au baiser. »

Après semblables pensers , leurs songes , ainsi qu'on peut croire , furent d'amour et de baisers , et ce qu'ils n'avaient point fait le jour, ils le faisaient lors en songeant, couchés nue à nu. Dès le fin matin donc, ils se levèrent plus épris encore que devant , et chassant avec le sifflet leurs bêtes aux champs , leur tardait qu'ils ne se trouvaient pour répéter leurs baisers, et, de si loin qu'ils se virent , coururent en souriant l'un vers l'autre , puis s'entre-baisèrent, puis s'entre -accolèrent; mais le troisième point ne pouvait venir; car Daphnis n'osait en parler, ni ne voulait Chloé commencer, jusqu'à ce que l'aventure les conduisît à ce faire en cette manière.

Ils étaient sous le chêne assis l'un près de l'autre , et ayant goûté du plaisir de baiser, ne se pouvaient soûler de cette volupté. L'embrassement suivait quant et quant pour baiser plus serré, et en ce point , comme Daphnis tira sa prise un peu trop fort, Chloé, sans y penser, se coucha syr un côté , et Daphnis, en suivant la bouche de Chloé pour ne perdre l'aise du baiser, se laissa de même tomber sur le côté, et reconnaissant tous deux en cette contenance la forme de leur songe , longtemps demeurèrent couchés de la sorte , se tenant bras à bras aussi étroitement comme s'ils eussent ; été liés ensemble, sans y chercher rien davantage : mais pensant que ce fût le dernier point de jouissance amoureuse, consumèrent en ces vaines I étreintes la plus grande partie du jour, tant que I le soir les y trouva ; et lors, en maudissant la nuit, 1 ils se séparèrent , et ramenèrent leurs troupeaux I autect. Et peut-être enfin eussent-ils fait quelque chose à bon escient, n'eût été un tel tumulte qui j survint en la contrée.

I Des jeunes gens riches de Méthymne voulant passer joyeusement le temps des vendanges , et s'a„er ébattre quelque peu au loin , tirèrent un bateau en mer, mirent leurs valets à la rame , et ! s'en vinrent dans les parages du territoire de Mitylène, pour ce qu'il y a partout bons abris pour se retirer, belle plage pour se baigner, et est bordée de beaux édifices , avec jardins , parcs et bois, que les uns nature a produits , les autres la main de l'homme. En voyageant ainsi au long de

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LES PASTORALES DE LONGUS

la côte, et descendant ci et là, où désir leur en prenait , ils ne faisaient mal quelconque ni déplaisir à personne , mais s'ébattaient entre eux à divers passe- temps. Tantôt avec des hameçons attachés d'un brin de fil au bout de quelque long roseau, ils péchaient, de dessus un écueil jeté fort avant en la mer, des poissons qui hantent autour des rochers ; tantôt prenaient avec leurs chiens et leurs filets les lièvres qui fuyaient des vignes pour le bruit des vendangeurs; ou bien ils tendaient aux oiseaux, trouvant temps et lieu favorables, et avec des lacs courants prenaient des oies sauvages, des halbrans, des outardes, et autre tel gibier de plaine dont ils avaient , outre le plaisir, de quoi fournir à leurs repas. S'il leur fallait quelque chose plus, ils l'achetaient au prochain village , payant le prix et au delà. Il ne leur fallait que le pain et le vin , et le logis aussi , car ils ne trouvaient pas qu'il fût sûr, étant la saison de l'automne, de coucher en mer, et, à cette cause, ils tiraient la nuit leur bateau à terre, peur de la tourmente pendant qu'ils dormaient.

Mais quelque paysan de là autour ayant affaire d'une corde dont on suspend la meule à presser le raisin, étant la sienne par aventure usée ou rompue, s'en vint de nuit au bord de la mer, et trouvant le bateau sans garde , délia la corde qui le liait, l'emporta en son logis, et s en servit à son besoin. Le matin , ces jeunes gens cherchèrent partout leur corde ; mais nul ne confessait l'avoir prise : par quoi , après qu'ils eurent un peu querellé avec leurs hôtes , ils tirèrent outre , et ayant fait environ deux lieues , vinrent aborder à ces champs où se tenaient Daphnis et Chloé , pour ce qu'il y avait , ce leur sembla, belle plaine à courir le lièvre. Or n'avaient-ils plus de corde pour attacher leur bateau, et à cette cause prirent du franc osier vert, le plus long qu'ils purent finer, le tordirent et en firent une hart , dont ils lièrent leur bateau à terre , puis lâchant leurs chiens , se mirent à chasser, et tendirent leurs toiles aux passages qu'ils trouvèrent plus à propos. Ces chiens , en courant çà et là et aboyant , effrayèrent les chèvres de Daphnis, lesquelles abandonnèrent incontinent les coteaux , et s'enfuirent vers la marine , là où ne trouvant rien à brouter parmi le sable , aucunes plus hardies que les autres s'approchèrent d'i bateau , et rongèrent la hart d'osier vert dont il était attaché.

La mer était un peu émue d'un vent de terre qui se levait ; le bateau une fois délié , les vagues le poussèrent, l'éloignèrent du bord, et le por-

taient en mer; de quoi les chasseurs s'étant aperçus, les uns accoururent au rivage, les autret rappelèrent leurs chiens , et tous ensemble menaient tel bruit que les gens de la autour, pâtres^ vignerons, laboureurs , les entendant , vinrent de toutes parts ; mais ils n'y purent que faire. Car le vent fraîchissant toujours de plus en plus , mena la barque au gré du flot si roide et si loin , qu'elle fut tantôt hors de vue.

Par quoi ces jeunes gens, dolents outre mesure , perdant leur bateau , biens et tout , cherchèrent lechevrier qui devait garder les chèvres, et trouvant là Daphnis parmi les regardants, en chaude colère commencèrent à le battre et à le vouloir dépouiller ; même y en eut un d'entre eux qui détacha la laisse dont il menait son chien , et prit les deux mains à Daphnis pour les lui lier derrière le dos. Lui, comme ils le battaient , criait, implorait l'aide d'un chacun, mais sur tous appelait à son secours Lamon et Dyras, lesquels accourus, tous deux verts vieillards , ayant les mains rudes, endurcies du labeur des champs, prirent très-bien sa défense contre les jeunes Méthymniens, en leur remontrant qu'il fallait entendre du moins ce garçon, pour voir s'il avait tort, et que chacun dît ses raisons. Ceux de Méthymne le voulurent , et , d'un commun accord, on élut pour arbitre le bouvier Philétas, à cause que c'était le plus ancien qui se trouvât là présent , et qu'entre ceux de son village il avait le bruit d'être homme de grande foi et loyauté. Adonc les jeunes gens prenant la parole, firent en termes courts et clairs leur plainte de telle sorte, devant le juge bouvier.

« Nous étions descendus en ces champs pour « chasser, et avions attaché notre barque au ri- «■ vage avec une hart d'osier vert , puis nous noui « étions mis en quête avec nos chiens; et cepen- « dant les chèvres de celui-ci sont venues, ont « mangé l'osier dont notre bateau était attaché, <c et par ainsi l'ont détaché : vous-mêmes l'avez « pu voir emporté en pleine mer. Et ce qu'il y a « dedans perdu pour nous , combien pensez-vous « qu'il vaille? Combien d'habits et d'équipages! « combien de beaux harnais pour nos chiens ! et « de l'argent plus qu'il n'en faudrait pour acheter « tous ces champs ! En recompense de quoi , nous « voulons emmener ce méchant chevrier-ci , 1ère quel entend si mal le métier dont il se mêle, « que de hanter avec ses chèvres au long des pla- « ges de la mer, comme s'il était marinier. »

Voilà ce que dirent les Méthymniens. Daphnis étLît tout moulu des coups qu'il avait reçus ; mais

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voyant Chloé présente, U ne s'étonna de rien et leur répondit franchement. « Je garde bien mes « chèvres, et n'y a personne en tout le village qui « se soit jamais plaint que pas une d'elles ait rien « brouté en son jardin , ni rompu ou gâté un bour- « geon dans sa vigne. Mais ceux-ci eux-mêmes « sont mauvais chasseurs , et ont des chiens mal « appris, qui ne font que courir çà et là, et aboyer « tant et si fort , qu'ils ont effarouché mes chè- « vres, et les ont chassées de la plaine et de la « montagne vers la mer, comme eussent pu faire « des loups. Or, à présent elles ont mangé quelque « osier ; pouvaient-elles emmi ces sables lirouter « le thym ou le serpolet? Leur bateau est péri en « mer; qu'ils s'en prennent à la tourmente; mes « chèvres n'en sont pas cause. Voire mais il y « avait dedans tant de biens , des habits , de l'ar- « gent? Et qui serait si sot de croire qu'un bateau « portant tout cela n'eût pour l'attacher qu'une « hart d'osier?»

En disant ces paroles , il se prit à pleurer, et fit grande pitié à tous les assistants; tellement que Philétas, qui devait donner sa sentence , jura le dieu Pan et les Nymphes que Daphnis n'avait point de tort , ni ses chèvres non plus , et que la faute, si faute y avait, était aux vents et à la mer, desquels il n'était pas juge pour la leur faire réparer. Ce néanmoins le bon Philétas ne sut si bien dire que les Méthymniens s'en contentassent; mais derechef en grande fureur prirent Daphnis , et le voulaient lier pour l'emmener, n'eût été que les paysans, de ce mutinés, semèrent en criant sur eux , comme une volée d'étourneaux , et leur ôtèrent des mains Daphnis , qui se défendait bien aussi , et à son tour les chargeait. Si qu'à grands coups de pierres et de bâtons ils chassèrent les Méthymniens, et ne cessèrent de les poursuivre , qu'ils ne les eussent menés battant hors de leur territoire. Daphnis et Chloé restés seuls , elle eut tout loisir de le conduire en la caverne des Nymphes, où elle lui lava le visage tout souillé du sang qui lui était coulé du nez; puis tirant de sa panetière un peu de fromage et du tourteau, elle lui en fit manger, et, qui plus le conforta, lui donna de sa tendre bouche un baiser plus doux que miel.

Ainsi échappa Daphnis de ce danger : mais la chose n'en demeura pas là. Car ces jeunes gens de Méthjinne, retournés chez eux à pied , au lieu qu'ils étaient venus en un beau bateau ; blessés et mal menés , au lieu qu'ils étaient partis gais et bien délibérés, firent assembler le conseil de la ville, auquel ils re({uirent, en habits et contenance

de suppliants, être vengés de l'outrage qu'ils avaient souffert, ne disant de vrai pas un mot, de peur que, s'ils eussent conté le fait comme il était allé , on ne se fût moqué d'eux de s'ôtre ainsi laissé battre par des paysans, mais accusant hautement les Mitj léniens de les avoir pillés, et pris leur bateau sans autre forme de procès , comme en guerre ouverte.

Ceux de Méthymne ajoutèrent aisément foi à leur dire, pour autant mêmement qu'ils les voyaient blessés; et quant et quant estimant chose juste et raisonnable de venger un tel outrage fait aux enfants des plus nobles maisons de leur ville , décernèrent sur-le-champ la guerre contre les Mityiéniens , sans leur envoyer ni héraut ni déclaration, et commandèrent à leur capitaine qu'il mît promptement en mer dix galères pour aller faire du pis qu'il pourrait en toute leur côte. Ils pensèrent que ce ne serait pas sûrement ni sagement fait de hasarder plus grosse flotte à l'approche de l'hiver.

Le capitaine, dès le lendemain , eut dressé son équipage, et usant pour moins d'embarras de ses soldats mêmes au lieu de rameurs, alla fourrager toutes les terres des Mityiéniens qui étaient voisines de la mer, là où il prit force bL^ail , force grain, vin en quantité, pour ce qu'il n'y avait guère que vendanges étaient faites, et grand nombre de prisonniers, gens qui travaillaient à ces champs ; et aussi s'en vint débarquer où gardaient leurs bêtes Daphnis et Chloé , courut le pays , ravit et pilla tout ce qu'il y trouva. Daphnis , pour lors , n'était pas avec son troupeau ; il était dans le bois à cueillir de la ramée verte pour donner l'hiver aux chevreaux, et, voyant du haut des arbres les ennemis dans la plaine, se cacha au creux d'un vieux chêne. Chlo'é , qui était demeurée avec les troupeaux , se cuida sauver de vitesse , et se jeta comme en un asile dans l'antre des Njtdphes, poursuivie jusqu'au lieu même, et là, priait au nom des Nymphes ces soldats de ne vouloir faire déplaisir ni à elle ni à ses bêtes ; mais en vain. Car les gens de Méthymne , après avoir fait plusieurs vilenies et moqueries aux images des Nymphes , l'emmenèrent elle et ses bètes , en la chassant devant eux à coups de houssine comme une chèvre ou une brebis; et voyant qu'ils avaient déjà plein leurs vaisseaux de toute sorte de butin , ne voulurent plus tirer outre, mais reprirent la route de leurs maisons, craignant l'hiver et les ennemis.

Ainsi s'en allaient les Méthymniens à force de rames , faisant peu de chemin ; car le temps fut si calme , qu'il ne tirait ni veut ni haleine quel-

LES PASTORALES DE LOISGUS

conque; et Daphnis, sorti de son creux, après que tout ce bruit fut passé, s'en vint dans la plaine où leurs bêtes avaient coutume de pâturer, et n'y voyant plus ni ses chèvres, ni les brebis, ni Chloé, mais seulement les champs tout seuls , et la flûte de laquelle Chloé se soûlait ébattre jetée là , se prit à crier et pleurer ; et, en soupirant amèrement , s'en courait tantôt sous le fouteau à l'ombre duquel ils avaient accoutumé de se seoir, tantôt au rivage de la mer, pour voir s'il la trouverait point, et tantôt dans l'antre des Nymphes, où il l'avait vue fuir; et là, se jetant par terre devant leurs images, se complaignit à elles, disant qu'elles lui avaient bien failli au besoin. <' Chloé , disait- « il, vient d'être arrathée de vos autels, et vous « avez bien eu le cœur de le voir et l'endurer ! elle « qui vous a fait tant de beaux chapelets de fleurs ! « elle qui vous offrait toujours du premier lait ! « elle qui vous a donné ce flageolet même que je « vois ici pendu ! Jamais loup ne me ravit une « seule de mes chèvres, et les ennemis m'ont mainte tenant ravi le troupeau entier et ma compagne « bergère aussi. Mes chèvres , ils les tueront et « écorcheront incontinent ; les brebis , ils en fe- « ront des sacrifices aux dieux , et Chloé demeu- « rera en quelque ville loin de moi. Comment « oserai-je à cette heure m'en aller devers mon « père et ma mère , sans mes chèvres , sans Chloé, « pour être désormais misérable manœuvre; car « il n'y a plus chez nous de bêtes que je pusse « garder? Mais non, je ne bougerai d'ici, atteu- « dant la mort ou d'autres ennemis qui m'emmè- « nent aussi. Hélas 1 Chloé, es-tu en même peine « que moi ? te souvient-il de ces champs ? as-tu point « de regret aux Nymphes et à moi ? ou si te recon-

* fortent nos brebis et nos chèvres prisonnières « avec toi? »

Comme il achevait ces paroles , le cœur gros de chagrin , de pleurs , le voilà pris d'un profond somme, et lui apparaissent les trois Nymphes, en guise de belles et grandes femmes , demi-nues , les pieds sans chaussure , les cheveux épars , en tout semblables aux images. Si lui fut avis, dès l'abord , qu'elles avaient pitié de lui ; puis d'elles trois la plus âgée lui dit en le reconfortant : « Ne « te plains point de nous , Daphnis ; nous avons « plus de souci de Chloé que tu n'as toi-n>ême. « Nous en prîmes pitié dès lors qu'elle venait de -t naître, et, abandonnée en cet antre, l'avons fait « élever et nourrir. Car, afin que tu le saches ,

* rien n'a de commun Chloé avec Dryas et ses «« brebis , ni toi non plus avec Lamon. Et quant « à ce qui est d'elle, nous y avons déjà pourvu.

« Elle n'ira point prisonnière avec ces soldats a « Méthymne, ni ne sera partie de leur butin. « Pan , qui est là sous ce pin , et que vous n'ho- « norez jamais seulement de quelques fleurettes , « c'est lui que nous avons prié de vouloir secourir « Chloé, parce qu'il fréquente volontiers entre « gens de guerre, et lui-même a conduit des « guerres, quittant lerepos des champs. Il marche a dès cette heure, dangereux ennemi, contre ceux « de Méthymne. Pourtant ne t'afflige point, mais <i te lève et t'en va consoler Lamon et Myrtale , « qui sont jetés à terre comme toi , croyant que « tu aies été pris et emmené sur les vaisseaux. «« Demain reviendra ta Chloé avec vos brebis et « vos chèvres ; et si les garderez encore et jouerez « de la flûte ensemble. Au demeurant, Amour « aura soin de vous. »

Daphnis ayant ouï et vu telles choses, s'éveilla soudain en sursaut, et pleurant autant de joie que de tristesse, adora les Nymphes, prosterné devant leurs images , et leur promit , si Chloé retournait à sauveté, de leur sacrifier la plus grasse de ses chèvres; et courant au pin sous lequel était le dieu Pan , représenté avec les pieds d'un bouc , deux cornes en la tête , qui d'une main tenait sa flûte , et de l'autre arrêtait un boucquin , l'adora aussi, et le pria qu'il lui plût faire promptement revenir Chloé, lui promettant semblablement de lui sacrifier un bouc ; et jusqu'au soir environ le soleil couchant , à peine cessa-t-il ses larmes et ses vœux pour le retour de Chloé. Enfin, ramassant sa feuillée , il s'en retourna au logis, où il ôta de grand émoi Lamon et Myrtale, et les remplit de liesse , puis mangea un petit , et s'en alla dormir ; mais ce ne fut pas sans pleurer, ni sans faire prière aux Nymphes qu'elles lui ap parussent encore, et que le jour revînt bientôt, et avec le jour, selon leur promesse , Chloé. Jamais nuit ne lui fut si longue. Or, voici comme if en alla.

Le capitaine de Méthymne ayant navigué à la rame environ cinq quarts de lieue , voulut un petit rafraîchir ses gens, las d'avoir couru le pays, et trouvant un promontoire assez avancé en mer, dont l'extrémité présentait deux pointes en manière décroissant, abri aussi sûr qu'aucun port, il y jeta l'ancre sous une roche haute et droite , sans autrement aborder, afin que de la côte, à toute aventure, on ne lui pût faire nul déplaisir ; et ainsi permit à ses gens de se traiter et réjouir en pleine assurance. Eux ayant à bord foison de tous vivres, qu'ils avaient pillés, se mirent à manger, boire et faire fête , comme on fait pour une

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