LIVRE III
il la jette dans la mer, et cela fait, son revint à terre ; et retourné en sa maison était chagrin de ce malheur. Cinq ou six jours après lui avint ce que voici : Un pécheur avait pris un poisson grand et beau, et tel qu'il lui parut mériter d'être offert en don à Polycrate, et pour cela s'en vint aux portes, disant qu'il voulait être admis en sa présence , ce qui lui étant octroyé , il parla en ces termes : « Roi, j'ai pris celui-ci et ne l'ai pas voulu porter vendre au marché, pauvre homme que je suis toutefois , qui en ce faisant gagne ma vie ; mais il m'a semblé digne de toi, pourquoi je l'apporte et te le donne. » Lui aise d'entendre ce propos, repart : « Tu as grandement raison , et double grâce t'en est due de ton dire et de ton présent, et nous t'invitons à souper. Le pêcheur, qui tint à grand heur cette invitation , s'en retourna en son logis ; et cependant les serviteurs coupant le poisson, trouvèrent dans son ventre la bague même de Polycrate, laquelle ils prirent dès qu'ils fa virent, et joyeux la portèrent vilement à Polycrate, et la lui donnant lui contèrent en quelle sorte ils l'avaient trouvée. Lui , comme il crut y voir en cela quelque chose de divin , écrit dans une lettre tout ce qu'il avait fait et comment lui en avait pris , et tout étant écrit , il dépêche eu EgA-pte. Ayant donc le roi Amasis lu cette lettre , qui venait de la part de Polycrate, comprit qu'homme ne peut préserver un autre homme de chose qui lui doit avenir, et que Polycrate ne devait pas faire bonne fin, ayant heur en tout, à tel point de retrouver même ce qu'il avait voulu perdre exprès. Si lui envoya en Samos un héraut, disant qu'il rompait avec lui l'hospitalité ; ce qu'il fit pour cette raison , afin que venant Polycrate à choir en quelque grande et terrible disgrâce , il n'en eût point le deuil au cœur comme pour un hôte et un ami.
Contre ce Polycrate donc heureux en tout, les Lacédémouiens entreprirent une guerre , mus à ce faire et appelés par ceux d'entre les Samiens qui depuis fondèrent en Crète la ville de Gydonie. De sa part Polycrate dépêchant à Cambyse , fils de Cyrus , qui lors armait contre l'Egypte , le pria qu'il lui plût envoyer eu Samos lui demander, à lui Polycrate , une armée ; ce qu'ayant entendu , Cambyse volontiers envoya en Samos vers Polycrate, qu'il requit de lui prêter une armée de mer pour son expédition d'Egypte. L'autre prend ceux des citoyens qu'il pensait lui être contraires, les envoie sur quarante galères, et mande à Cambyse de faire en sorte qu'ils ne retournassent point.
.\ucuns disent que ces Samiens envoyés par
Polycrate n'allèrent pas en Egypte, mai» ayant* vogué seulement jusqu'à Carpathos, là se conseillèrent entre eux, et résolurent de ne point aller plus avant. D'autres content que venus en Egypte on les gardait , et qu'ils s'enfuirent sur leurs vaisseaux, avec lesquels, comme ils retournaient en Samos, Polycrate vint à leur rencontre ; il y eut combat, ils vainquirent et débarquèrent dans l'ile , où ayant de nouveau combattu , ils eurent du pire et se rembarquèrent, enfin vinrent à Lacédémone.
Mais il en est aussi qui disent que ceux-là revenant d'Egypte, vainquirent Polycrate, en quoi, selon moi, ils disent mal. Car ces gens n'eussent eu que faire du secours de Lacédémone, étant par eux-mêmes capables de le ranger à la raison. Joint qu'il n'y a nulle apparence que lui , ayant à sa solde une troupe étrangère et ses propres archers, nombreux aussi, n'ait su résister à ce peu qu'ils étaient retournant d'Egypte. Encore tenait-il enfermés dans les hangars de sa marine les femmes et enfants des citoyens demeurés sous lui , tout prêt à y mettre le feu et brûler les hangars et ces otages avec , si leurs parents l'eussent trahi en faveur de ceux qui revenaient
A Sparte arrivés, ces Samiens, que Polycrate avait chassés, se rendirent près des magistrats, et là disaient beaucoup de choses, comme gens qui se trouvaient en grande nécessité. Eux à la première harangue répondirent qu'ils en avaient oublié le commencement , et ne comprenaient pas la fin. A la seconde audience, ils ne haranguèrent plus , mais ayant apporté un thulacos ' vide , le montraient disant qu'il avait faute de farine. A quoi l'on repartit que le thulacos seul en aurait dit assez , et toutefois fut résolu de les secourir.
Adonc toutes choses préparées pour cette expédition , les Lacédémoniens passèrent à Samos, en récompense , disent les Samiens , de ce qu'eux les avaient aidés de leurs vaisseaux contre les Messéniens; mais, comme le racontent ceux de Lacédémone, ce fut moins pour donner secours aux Samiens que pour eux-mêmes se venger de l'enlèvement du cratère qu'ils portaient à Crésus, et du corselet que le roi d'Egypte Amasis leur envoyait en présent. Car les Samiens leur prirent, un an avant le cratère , ce corselet , lequel étant de lin avec beaucoup d'animaux en tissu, orné d'or et de laine de coton , est admiré pour ce regard, et aussi pour ce que chaque fil , fin comme
' Sac de cuir qui servait à porter en voyage une provision de farine.
FRAGMENTS D'HERODOTE
il est , a cependant en soi trois cent soixante fils tous visibles à l'œil. Pareil est cet autre à J indos , consacié par Amasis à Minene.
Or aidèrent les Corinthiens à l'armement contre Samos, et volontiers y prirent part. Car il y avait un outrage à eux fait par les Saraiens une génération avant, lorsque le cratère fut volé. Car comme une fois Périandre, fils de Cypsélus, envoya pour être coupés à Sardes chez Alyattès , trois cents jeunes enfants des premières familles de Gorcyre , ceux qui les menaient , Corinthiens , étant abordés en Samos , la chose fut contée aux Samiens , comment et pourquoi ces enfants s'en allaient à Sardes , et eux premièrement leur montrèrent à toucher le temple de Diane; puis ne souffrant pas qu'on les enlevât suppliants du temple , comme ceux de Corinthe empêchaient qu'ils n'eussent à manger, les Samiens firent une fête de laquelle ils usent encore aujourd'hui en même façon. La nuit venue, durant tous le temps que les enfants furent suppliants, ils dressaient des chœurs de jeunes filles et de jeunes garçons, et dressant ces chœurs ordonnèrent par une loi qu'on y portât des gâteaux de sésame et de miel , à celle fin que les dérobant , les enfants des Corcyréens eussent de quoi se nourrir ; et dura cette façon de faire jusques à tant que les Corinthiens, gardes de ces enfants, les laissant, s'en allèrent , et lors les Samiens les ramenèrent à Corcyre. De vrai si les Corinthiens, mort Périandre, eussent été amis des Corcyréens, ils ne se fussent pas sans doute, pour le sou^ enir de cette affaire , joints aux ennemis de Samos ; mais jamais depuis le temps que l'île fut peuplée par eux , ils n'ont paru d'accord ensemble, bien qu'entre eux cependant ily ait... '.
Voilà pourquoi les Corinthiens en voulaient à ceux de Samos. Or, Périandre envoyait à Sardes pour être coupés ces enfants des premiers de Corcyre, afin de se venger. Car les Corcyréens d'abord avaient commencé par un acte horrible envers lui. Car après que Périandre eut tué sa femme Mélissa , un autre malheur lui avint après celui-là. Il avait de Mélissa deux fils âgés l'un de dix-sept, l'autre de dix-huit ans. Leur grand-père maternel Proclès, qui était tyran d'Epidaure, les ayant fait venir devers lui, les chérissait comme on peut croire, étant les enfants de sa fille , et le jour qu'il les renvoya, leur dit en les reconduisant : « Savez-vous bien , enfants , qui est c^elui qui a tué votre mère ? » Parole dont l'aîné tint peu de compte ; mais le plus jeune , appelé Ly cophron , en eut telle douleur en l'âme , qu'étant de
» Quelques mots manquent au texte.
retour à Corinthe. il ne \oulut plus aucunement parler à son père, ni répoudre à quoi qu'il lui pût dire ou demander ; interrogé par lui , se taisait. Pourquoi Périandre en colère à la fin le chasse de sa maison ; et ayant chassé celui-là , s'enquit à l'aîné de ce que leur grand-père leur avait dit et de quels propos il s'était avec eux entretenu. L'autre lui conte comme quoi ils en avaient été reçus avec joie et caresses grandes; mais de ce mot que leur dit Proclès en les reconvoyant il ne s'en souvenait pas comme n'y ayant fait d'abord nulle attention. Périandre alors repart qu'il n'était gas possible au monde que leur grand-père ne leur eût donné quelque avis, et à force de l'interroger, fit tant que le jeune homme enfin se souvint de cela et le dit. Telle chose ouïe , Périandre , délibéré de ne céder ni s'amollir en nulle sorte à l'égard de son autre fils , où il le savait coutumier de se retirer, là envoyait un messager défendre aux gens de le recevoir, et lui , comme on le faisait sortir d'une maison , s'en allait en une autre , d'où on le chassait encore à cause des menaces de Périandre et de ces ordres qu'il donnait afin de l'exclure de partout ; ainsi chassé il recourut à divers de ses amis , lesquels , comme enfant de Périandre, le recevaient, craignant toutefois. Mais Périandre fit publier un ban portant que qui le logerait, ou lui parlerait seulement, payerait une amende sacrée à Apollon , disant de combien. Après ce ban, il n'y eut personne qui le voulût plus recevoir en sa maison ni lui parler. Luimême cessa de tenter d'être admis nulle part, et depuis hantait sous les portiques, couchant à terre et manquant de tout. Au bout de quatre jours, Périandre qui le vit affamé, mal en point pour ne s'être lavé de longtemps , en eut compassion, en quittant sa colère, s'approcha de lui et lui dit : « 0 enfant, lequel donc te semble à préférer, ou ton sort tel qu'il est maintenant, ou me succéder et avoir, étant attaché à ton père, la tyrannie et les biens que j'ai, toi, mon fils, qui né roi de la riche Corinthe , as choisi cette vie misérable et maudite en me résistant et te prenant à qui fallait le moins? Si chose est avenue dont tu aies contre moi soupçon, à moi d'abord en est le mal , dont j'ai d'autant plus à souffrir que seul j'en suis cause. Mais toi, connais enfin combien mieux vaut faire envie que pitié, et voyant la folie que c'est de se courroucer à son père et plus fort que soi, va de ce pas à la maison. »
Ainsi l'avisait Périandre ; mais l'enfant ne lui répondit autre chose , sinon qu'il devait l'amende
T. IVRE m.
sacrcc au dieu pouv lui avoir parlé. Périandre alors, connaissant que le mal en lui ne se pouvait adoucir ni vaincre, l'éloigné de ses yeux et l'envoie sur un navire à Corcyre , dont il était maître aussi. Lui parti, Périandre fit la guerre à son beau - père Proclès , qu'il pensait être auteur le premier de ses peines, prit la ville d'Epidaure , et prit aussi Prodès, et le garda vivant; et comme avec le temps Périandre, avancé en âge, sentit ne pouvoir désormais voir et gouverner les affaires, alors il mande de Corcyre Lycophron, pour qu'il vînt prendre la tyrannie, n'ayant aucun égard à l'ainé de ses fils , qui lui semblait être de trop faible entendement; mais Lycophron ne daigna même répondre au message. Le père , qui avait mis en lui son espérance , envoie à ce jeune homme une autre fois sa sœur, fille de lui Périandre , pensant qu'il se devait plutôt laisser persuader à elle , laquelle devers lui venue , lui ayant dit : « 0 enfant , souffriras- tu donc la tyrannie passer à d'autres, la maison de ton père s'abîmer, plutôt que toi venir et la tenir ? Habite en ton logis, cesse de te tourmenter; désir de gloire chose vaine ; et ne tâche point à guérir le mal par le mal. Plusieurs ont préféré au droit l'accommodement; plusieurs se sont vus perdre la paternelle chevance en requérant celle de leur mère. La tyrannie échappe; beaucoup en sont amants. Le voilà vieux, cassé; ne Uvre point à d'autres le bien qui t'appartient. «
Elle donc lui disait , instruite par leur père , ce qu'elle croyait plus capable de l'attraire et fléchir son cœur ; mais il lui répondit disant que jamais n'irait à Corinthe , tant qu'il saurait son père en vie. Ce qui étant par elle rapporté à Périandre , pour la troisième fois il envoie un héraut, vouhmt aller lui-même demeurer à Corcyre , et mandait à son fils de s'en venir en Corinthe prendre la t^ rannie; à quoi lui s'étant accordé, ils se prépai-aient pour passer , Périandre en Corcyre et l'enfant à Corinthe. Mais ceux de Corcyre , informés de toutes ces choses , afin d'empêcher que Périandre ne fût en leur pays , mettent à mort le jeune homme; ce fut là la cause pourquoi Périandre se voulut venger des Corcyréens.
Les Lacédémoniens, avec une puissante flotte, arrivés devant Samos , la tenaient assiégée. D'abord , attaquant le mur du côté de l'esplanade , ils montèrent sur la tour qui est au bord de la ' mer, mais bientôt en furent chassés par Polycrate même accouru avec un gros de gens. Cependant , par la tour d'en haut , bâtie sur la croupe du m->nt, sortirent les alliés et des Samiens bon
nombre, Icstjuels, ayant tenu tète aux Lacédémoniens (fuelque peu de temps, s'enfuirent, et eux les poursuivant en tuaient. Si dans cette journée les Lacédémoniens eussent fait tous aussi bravement comme Archias et Lycopas , sans faute Samos était prise. Car Archias et Lycopas , à la poursuite de fuyards, s'étant seuls jetés avec eux dedans l'enceinte des murailles, la retraite leur fut coupée, ainsi périrent-ils dems la ville des Samiens.
Le troisième descendant de cet Archias-là , un autre Archias, je l'ai connu moi-même à Pitane, duquel bourg il était, et de tous les étrangers c'étaient les Samiens qu'il honorait le plus; et me dit (jue son père avait eu nom Samius, de ce que son père Archias était mort vaillamment en ce combat de Samos, et m'ajouta qu'il honorait surtout les Samiens, à cause que son aïeul fut publiquement par eux enseveli fort bien.
Après avoir tenu Samos assiégé quarante jours . les Lacédémoniens , voyant qu'ils n'en étaient de rien plus avancés, s'en retournèrent au Péloponèse. Un sot propos en a couru , que Polycrate , ayant frappé en plomb force pièces du pays, les fit dorer, les leur donna, et qu'eux les prenant s'en allèrent. Cette guerre fut la première que firent en Asie les Doriens.
Ceux des Samiens qui étaient venus en Samos contre Polycrate, avec les Lacédémoniens, sur le point d'en être quittés , passèrent à Siphnos ; car ils avaient besoin d'argent, et les affaires des Siphniensflorissaient alors. Ils étciient les plus riches de tous les insulaires, conmie ayjmt dans leur île des mines d'or et d'argent, si que de la dîme du produit, ils en ont consacré à Delphes un trésor égal aux plus riches , et chacfue année se partageaient les sommes provenantes de ces mines. Or quand ils faisaient ce trésor, ils demandèrent à l'oracle si leurs biens présents leur devaient longtemps demeurer. La pythie leui fit cette réponse : Alors que da?is Siphnos Prytanée blanc sera, et blanc le sourcilleux marché, Siphnien sagement fera si cauten son île caché, il évite embûche de bois et rouge héraut. Le marché de Siphnos, en ce temps-là, et le Prj-tanée étaient revêtus de pierre de Paros ; ils ne surent comprendre l'oracle , ni lors , ni depuis à la venue des Samiens; car les Samiens, dès qu'ils eurent pris terre en Siphnos , envoyèrent sm* un de leurs navires des parlementaires à la ville. Tous les vaisseaux jadis étaient peints de vermillon , et c'était cela que la pvthie avait prédit aux Siphniens, parlant d'une embûche de bois et d'un héraiîî
FRAGMENTS D'HÉRODOTE
rouge. Venus, ces envoyés requirent les Siphniens de leur prêter dix talents, ce que ceux-ci refusèrent, et les Samiens se mirent à piller le pays ; quoi entendant , ceux de Siphnos accourent pour défendre leurs biens, et dans le combat eurent du pire ; même beaucoup d'entre eux ne purent regagner la ville , le chemin leur étant coupé par les Samiens qui leur firent payer ensuite cent talents.
Ils eurent pour argent des Hermionéens une île près du Péloponèse , Hydrée , qu'ils remirent aux Trézéniens comme dépôt , puis fondèrent en Crète Cydonie , n'étant pas venus dans ce dessein , mais bien pour expulser de l'île les Zacynthiens. Ils y demeurèrent et vécurent en prospérité l'espace de cinq ans , tellement que tous les lieux sacrés, qu'on voit maintenante Cydonie, sont leur ouvrage ; aussi est le temple de Dictyne. Mais la sixième année, ceux d'Egine les vainquirent dans un combat naval , et les firent esclaves; les proues qu'ils ôtèrent de leurs vaisseaux , faites en hures de sanglier, ils les consacrèrent dans le temple de Minerve à Égine. Les Éginètes en usèrent de la sorte avec les Samiens , par une haine envenimée que de longtemps ils leur portaient; car les Samiens les premiers, régnant Amphicrate à Samos , passèrent en Égine armés, firent aux Éginètes de grands maux, et non moins en eurent à souffrir, de quoi la cause ne fut autre.
Or ai-je voulu m'étendre un peu sur le propos des Samiens , parce que les trois plus grands ouvrages de la Grèce entière sont faits par eux. D'une montagne haute de cent cinquante orgyies, la fosse ou trouée , commençant d'en bas avec double ouverture, sept stades sont la longueur de la fosse, hauteur huit pieds, largeur égale; par le milieu de celle-ci une autre fosse de bout en bout a de profondeur vingt coudées , trois pieds de large, par où l'eau d'une grosse source est conduite jusqu'à la ville dans des tuyaux; de laquelle fosse ou trouée l'architecte était de Mégare, Eupalinus , fils de Naustrophus , et voilà un des trois ouvrages; le second, c'est une levée dans la mer autour du port , profondeur quelque vingt orgyies; longueur de la levée , plus de deux stades; le troisième qu'ils ont fait est un temple, le plus grand de tous les temples connus , dont fut le premier architecte Rhœcus, fils de Philès, né du pays; pour cela j'ai voulu davantage m'étendre au sujet des Samiens.
Cependant que Cambyse séjournait en Égj'pte , faisant tels actes de démence, deux hommes se
rebellent contre lui, tous deux mages et frères, dont l'un avait été par lui laissé gouverneur de sa maison. Il se souleva, parce qu'il vit la mort de Smerdis tenue secrète , que peu en étaient informés ; la plupart même des Perses le croyaient encore en vie : prenant son parti là-dessus, il attente à la royauté. Il avait un frère que j'ai dit s'être soulevé avec lui , tout à fait semblable de visage à Smerdis, fils de Cyrus, celui que Cambyse, son frère, avait fait mourir. Il ressemblait donc à Smerdis, et de plus avait nom comme lui Smerdis : cet homme, à la persuasion du mage Patizithès, son frère, qui se faisait fort de lever toute difficulté, se laissa conduire et placer sur le siège royal , et cela fait , Patizithès envoie des hérauts partout, et en Egypte aussi, mandant à l'armée d'obéir à Smerdis, fils de Cyrus, et non plus à Cambyse. Les autres hérauts proclamèrent cela où ils allèrent , et aussi fit celui qui alla en Egypte; il trouva Cambyse et l'armée à Ecbatane de Syrie , et debout au milieu proclama ce qu'avait ordonné le mage. Cambyse entendant cela , et pensant être vrai le dire du héraut , et que Prexaspès l'avait trahi en ne tuant pas Smerdis, quand il en avait l'ordre, regarda Prexaspès au visage, et lui-dit : « Ainsi as-tu fait , Prexaspès, le devoir que je t'imposai I » L'autre dit : « Maître, il n'est pas vrai , et ne peut être que Smerdis , ton frère, se révolte aujourd'hui , ni que jamais il ait querelle avec toi , grande ni petite ; car moimême, ayant fait comme tu commandais, l'ai enseveli de mes propres mains : si à présent les morts reviennent, attends-toi de voir revenir aussi le Mède Astyagès ; mais s'il en va comme devant et selon l'ordre de nature , oncques de lui nulle nouveauté ne s'élèvera contre toi. Or à cette heure , mon avis est qu'il convient appeler le héraut, afin de savoir par quel ordre il nous vient ici proclamer obéissance au roi Smerdis. »
Ainsi fut fait, la chose approuvée par Cambyse; le héraut mandé arriva, et venu Prexaspès l'interroge : « Homme, qui te dis messager de Smerdis, fils de Cyrus, confesse ici la vérité, et tu t'en iras sans nul mal ; est-ce lui Smerdis qui, présent à tes yeux, t'a donné cet ordre, ou quelqu'un de ses serviteurs ? » L'autre répond : « Je n'ai point vu, depuis que le roi Cambyse est parti pour l'Egypte, Smerdis, fils de Cyrus ; le mage que Cambyse a laissé pour gouverneur de sa maison m'a dépêché ici , disant que c'était Smerdis , fils de Cyrus, qui me commandait de parler avons comme je l'ai fait. » Cambyse alors : « Prexaspès , en homme de bien tu as fait mon commandement,