‹ Œuvres complètes de Petrus Borel Le Lycanthrope (volume 3)Chapitre 3 sur 44 · LARME A MON FRERE BÉNONI · texte numérisé non relu

LARME A MON FRERE BÉNONI

Sa jeunosso, iiui no fut pas toujours à l'abri du besoin, .. lui fit contracter cette àpreté et cette inquif^te et soupi-onneuse irritabilité, suite infaillible, pour les âmes fortes, do l'opposition entre la dépendance à laquelle la nécessité les soumet, et de la liberté que demandent les grandes pensées qui les occupent.

COSDORCET.

C'est co qui m'a tué!

Bénoni Borel.

Il dort, mon Bénoni, bien moins souffrant sans doute. C'est le premier sommeil qu'aussi long-temps il goûte; Il dort depuis hier que, le regard terni. Dans sa débile main il a serré la mienne. Disant : Vous m'aimez tous! maintenant qu'elle vienne Il dort, mon Bénoni !

II dort, mon Bénoni ! Viens le voir, il repose; Marche bien doucement, car le bruit l'indispose.

Viens le voir au salon d'où chacun s'est banni; Parlons bas, parlons bas, s'il allait nous entendre. S'éveiller pour souffrir, son sommeil est si tendre ! Il dort, mon Bénoni !

Il dort, mon Bénoni ! de ta main inquiète Relève ces rideaux; oh ! regarde sa tête, Vois ses grands yeux fermés, son front moins rembruni; Le calme de ses traits... tiens, le vois-tu sourire? Un doux rêve l'occupe, écoutons..., il soupire... Il dort, mon Bénoni !

Il dort, mon Bénoni ! Quoi! méchant, tu l'appelles? Laisse-le dans sa paix; tu trembles, tu chancelles. Tu l'embrasses, tu prends son bras qui m'a béni ! Ne le réveille pas... D'où naissent tes alarmes? Je vais pleurer aussi, si tu verses des larmes ! Il dort, mon Bénoni !

— II dort, ton Bénoni!... Douce erreur que j'envie Pauvre enfant !... ignorant le secret de la vie. Son jour mélancolique avant l'heure a fini; Son âme avait brisé son corps par la pensée. Et sans être comprise aux cieux elle est passée ! Il dort, ton Bénoni !

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