‹ Œuvres complètes de Petrus Borel Le LycanthropeChapitre 2 sur 43 · DOLÉANCE · texte numérisé non relu

DOLÉANCE

Son joyeux, importun, d'un clavecin sonore,

Parle, que me veux-tu?

Viens-tu dans mon grenier pour insulter encore

A ce cœur abattu?

Son joyeux, ne viens plus ; verse à d'autres l'ivresse;

Leur vie est un festin Que je n'ai point troublé ; tu troubles ma détresse.

Mon râle clandestin !

Indiscret, d'où viens-tu? Sans doute une main blanche,

Un beau doigt prisonnier Dans de riches joyaux, a frappé sur ton anche

D'ivoire et d'ébénier; Accompagnerais-tu d'une enfant angélique,

La timide leçon?

Si le rythme est bien sombre et l'air mélancolique.

Trahis-moi sa chanson.

SUR CHAMPAVERT. 19

Non : j'entends les pas sourds d'une foule ameutée,

Dans un salon étroit ; Elle vogue en tournant, par la walse exaltée,

Ébranlant mur et toit.

Au dehors bruits confus, cris, chevaux qui hennissent,

Fleurs, esclaves, flambeaux ; Le riche épand sa joie et les pauvres gémissent.

Honteux sous leurs lambeaux !

Autour de moi ce n'est que palais, joie inmionde,

Biens, somptueuses nuits, Avenir, gloire, honneurs : au milieu de ce monde,

Pauvre et souffrant je suis Comme entouré des grands, du roi, du saint office,

Sur le quémadero, Tous en pompe assemblés pour humer un suppUce,

Un juif au brasero !

Car tout m'accable enfin : néant, misère, envie,

Vont morcelant mes jours !

Mes amours brochaient d'or le crêpe de ma vie,

Désoniiais plus d'amours.

Pauvre fiUe ! c'est moi qui t'avais entraînée

Au sentier de douleur ; Mais, d'un poison plus fort, avant qu'il t'eût fanée.

Tu tuas le malheur !

Eh ! moi, plus qu'une enfant, capon, flasque, gavache,

De ce fer acéré Je ne déchire pas avec ce bras trop lâche

Mon poitrail ulcéré !

Je rumine mes maux : son ombre est poursuivie

D'un regret coutumier.

Qui donc me rend si veule et m'enchaîne à la vie?...

Pauvre Job au fumier.

HYAINE AU SOLEIL.

Là, dans ce sentier creux, promenoir solitaire

De mon clandestin mal.

Je viens tout souffreteux, et je me couche à terre

Comme un brute animal.

Je viens couver ma faim, la tête sur la pierre

Appeler le sommeil.

Pour étancher un peu ma brûlante paupière ; Je viens user mon écot de soleil !

Là-bas, dans la cité, l'avarice sordide

Du roi, sur tout Champart, Au mouton-peuple, on vend le soleil et le ^^de ;

J'ai payé ; j'ai ma part !

Mais sur tous, tous égaux devant toi, soleil juste,

Tu verses tes rayons, Qui ne sont pas plus doux au front d'un prince auguste, Qu'au sale front d'une gueuse en haillons.

SUR CHAMPAVERT. 21

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