‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 173 sur 174 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

l' A L c A D E montrant Figaro.

Un moment; je connais celui-ci. Que viens-tu faire en cette maison , à des heures indues ?

Heure indue? Monsieur voit bien qu'il est aussi près du matin que du soir. D'ailleurs je suis de la compagnie de son Excellence monseigneur le comte Almavira.

Bartholo.

Almaviva!

Ce ne sont donc pas des voleurs ?

Bartholo.

Laissons cela. — Partout ailleurs , Monsieur le Comte, je suis le serviteur de votre excellence; mais vous suites que la sidpériorité du rang est ici sans force. Ayez, s'il vous plait, la bonté de vous retirer.

Le C o m t k*

Oui, le rang doit être ici sans force; mais ce qui en a beaucoup , est la préférence que Mademoiselle vient de m'accorder sur vous, en se donnant à moi volontairement.

Que dil-il , Rosine ?

Rosine.

Il dit vrai. D'où naît votre étonnement ? Ne devais-je pas cette nuit même être vengée d'un trompeur ? J é le suis.

Quand je vous disais que c'était le cômle luimême , docteur ?

Bartholo. .

Que m'importe à moi ? Plaisant mariage ! Où sont les tenaoins?

Le Notaire.

11 n'y manque rien. Je suis assisté de ces deux

Messieurs. . .

Bar.tholo«

Comment , Bazilç ! vous ave» signé ?

Que voulez-vous ? Ce diable d'homme a toujours ses poches pleines d'arguments irrésistibles.

Bartholo.

Je me moqi^e de ses arguments. J'userai de mon autorité.

Vous l'avez perdue en en abusant.

La Demoiselle est mineure.

Figaro.

Elle vient de s^ émanciper.

Bartholo.

Qui te parle à toi , maître fripon ?

Mademoiselle est noble et belle ; je suis homme de qualité , jeune et riche ; elle est ma femme : à ce titre qui nous honore également, prétend-t-on me la disputer ?

Bartholo.

Jamais on ne Tôtera de mes mains.

Le Comte.

Elle n^esi plus en votre pouvoir. Je la mets sous Fautorité des lois ; et Monsieur , que vous avez amené vous-même , la protégera contre la violence que vous voulez lui faire. Lés vrais magistrats sont les soutiens de tous ceux qu'on opprime. l' A L c A D E. , Certainement. Et cette inutile résistance au plus

honorable mariage , indique assez sa frayeur sur la mauvaise administration des biens de sa pupille^ dont il faudra qu'il rende compte*

Ah ! qu'il consente à tout, et je ne lui demande rien.

Figaro.

Que la quittance de mes cent écus : ne perdons pas la tête»

Bàrtholo irrité.

Ils étaient tous contre moi; je me suis fourré la tête dans un guêpier.

Quel guêpier ? ne pouvant avoir la femme,

calculez, Docteur, que Fargent vous reste, et oui,

vous reste.

Eh ! laissezHaioi donc en repos , Bazile ! Vous ne songez qu'à l'argent. Je me soucie bien de l'argot, moi! A la bonne heure t je le garde; «nais croyez- vous que ce soit le motif qui. me détermine ? ( // signe. )

Figaro riant.

Ah , ah , ah , Monseigneur ; ils sont de la même &mille.

Le Notaire.

Mais, Messieurs , je n^ comprends plus rien. Est-ce qu^elles ne sont pas deux Demoiselles qui portent le même nom ?

Figaro.

Non , Monsieur , elles ne sont qu^une.

Bartholo se désolant.

Et moi qui leur ai enlevé Téchelle , pour que le mariage fut plus sûr ! Ah ! je me suis perdu faute de soins.

Figaro.

Faute de sens. Mais soyons vrais , Docteur : quand la jeunesse et l'amour sont d'accord pour tromper tm vieillard , tout ce qu'il fait pour l'empêcher , peut bien s'appeler à bon droit la P/x?caution inutile*

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