‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 46 sur 174 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

Madame MURER, EUGÉNIE, LE COMTE a posé son épée sur le fauteuil le plus près de la porte; Betsy tient une lumière , elle rallume les bougies sur la table ^ et se retire ensuite.

Madame Mûtler attirant Eugénie à elle.

V^'est trop résister, Eugénie, je le veux absolmnent.

Le Comte d^un air empressé.

J'arrive Teffroi dans Tâmë. Un billet que j^ai reçu ce soir m'a glacé le sang : et les deux heure# qui ont précédé ce moment ont été les plus cruelles de ma vie.

Madame Murer fièrement.

Ce n'est pas votre exactitude qu'il faut défendre.

Le Comte.

Qw\ sombre accueil! A quoi dois-je l'attribuer ?

Madame Murer indignée.

Descendez dans votre coeur.

i58 EU G É.N I E,

Le Comte.

Que dites-vous? Ces yains bruits d'uu mariage auraient-ils opéré ?•••

Eugénie pipement à elle-même.

Al&6use dissimulation !

Madame Murer lui fermant la bouche de sa main.

N^épuisez pas le resté de vos forces, ma ctère nièce. ( Au Comte.) Ainsi ^ tout ce qu'on rapporte à ce sujet n'est donc qu'un feux bruit? (Eugénie s^ assied et couvre son visage de son mouchoir.)

Le C o h t e moins ferme.

Daignez revenir sur le passé, et jugez vousmiéme : conunent se pourrait-il ?•••

Madame Murer ^examinant.

yous vous troublez....

' Le Comte troublé.

Si je ne suis pas cru , j'aurai pour moi... j^'invoquerai les bontés de ma chère Eugénie.

Madame Murer froidement.

Pourquoi n'osez-vous l'appeler votre femme ?

AC T E I V. i59

EuGÉ«i£ outrée y d ette^méme:

Qui m'aurait dît que mon indiguatton p&tt'accroître encore I

Lb Comtb absolument déconcerté.

En. vérité^ Madame^ je ne conçois rien à cm étranges discours.

Madame Mursb. apec fureur.

Démens donc^ vil corrupteur^ le témoignage de tes odieux complices ; démens celui de ta conscience qui imprime sur ton front la difformité du crime confondu : lis» (£/Ze lui donne la lettre de Williams. Le Comte la lit. Madame Murer le regarde apec attention pendant qu^il

lit) '

Ls CoMTS a lu et dit à part:

Tout est connu.

Madame M u r e H;

Il reste anéanti.

Le CoiiTE Tiéaitant^ Je le suîâ en effet; et je dois m^accuser puisque toutes les apparences me condamnent* Oui , je suis coupable. La frayeur de vous perdre , et la crainte d^un oncle trop puissant m^ont fait commettre la faute de m^assurer de vous par des voies illégitimes : mais je jure de tout réparer.

i6o EUGÉNIE,

Madame Murer à part.

Et plus tôt que tu ne croîs.

Le C o m t jb plus vite. ,

Vous fûtes outragée sans doute , Eugénie ; mais Totre vertu en est-elle moins pure? a-t-elle pu souffrir un instant de mon injustice? Un profond secrfet met votre honneur à couvert; et si vous daignez accepter ma main , à qui aurais-je fait tort qu'à moi? L'amant et Fépoux ne se confondront-ils pas aux yeux de mon Eugénie? Ah ! régarement d'un jour une fois pardomié^ sera suivi d'un bonheur inaltérable.

lEvGÈNiB selèi^e et le regarde avec dédain.

O le plus faux des honmies ! fuis loin de moi. J'ai en horreur tes justifications. Va jurer aux pieds d'une autre femme des sentiments que tu ne connus jamais. Je ne veux t'appartenir à aucun titre : je sais mourir. ( Elle entre dans sa chambre. )

Madame Murer au Comte , en entrant après elle et emportant la lumière.

L'abandonnerez-vous en cet état affreux?

Le g o ^ t b auec chaleur.

Non , je la suis»

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