‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 61 sur 174 · SCÈNE IX et 'dernière · texte numérisé non relu

SCÈNE IX et 'dernière

Les mêmes, le comte DE CLARENDON entre précipitamment ^ sans épée.

Le Baron, awc horreur.

v^'est lui.

Madame Murer.

Il veut la voir mourir.

Le Baron.

Il mourra avant elle. (// avance "vers lui y et met Vépée a la main. ) Défends-toi , perfide.

Sir Charles ^e jetant au devant de lui. Mon père ^ il est sans armes.

Le Comte.

J'ai cïu que le repentir était la seule qui convînt au coupable. ( // court se mettre aux genoux d^ Eugénie. ) Eugénie , tu triomphes. Je ne suis plus cet insensé qui s'avilissait en te trompant ; je te jure un amour ^ un respect éternels. ( Se levant avec effroi. ) O Ciel ! l'horreur et la mort m'environnent ! que s'est - il donc pa^sé ?

Sir Charles pleurant.

Ces nouvelles arrivent trop tard ; l'objet de tant de larmes n'est plus en état de recevoir aucune consolation.

Le Comte naïvement.

Non , non. L'excès de la douleur seul a porté le trouble dans ses esprits.

Madame Murer pleurant.

Hélas ! nous n'espérons plus rien. ( Betsy est

x86 EÇ GÉNIE,

debout derrière le fauteuM dp sa maîtresse , et s^ essuyé les yeux ayçc son tablier. )

, :Lb C O HT E Ç^*""^^

Craindriez -- Ty>us pmir e|]e? Âh: \ laissez-moi me flatter que je ne suis pas si coupable. (^D^un ton plus doux. ) Eugénie ! chère épouse ! Cette voix qui avait «int d'empire siiï ton cœur, ne pefitr-çU^ plus ricp sur to;^? (// li^i, prend la znain.)

EtcÈNiE, rappelée à elle par le moui^ement " qiCelle rc.çoit ^ regarde en silehce, fait un

mouvement d^horreur en voyant le Comte , se

retourrle, et dit:

Dieux !.... j'ai cru le voir...*

Le Comte se- remettant à ses pieds.

Gui, t'è^ rûoi.

Eugénie, dans les bras de sa tante, dit en frissonnant sans regarder :

C'est lui!

L'ambition m'çgarait, l'honneur et l'amour me ramènent à vos pieds.... nos beaux jours ne sont pas finis. \ .:!::: 1

Eugénie, les yeux fermés ^ et levant les bras.

Qu'on me laissé.... qu'on me laisse...»

Le Comte, ayec feu.

Non, jamais. EcoutezHQfioi. Cette nuit, cnrons quittant, le cœur plein -d'amour pour tous, et d'admiration pour un si npblç ennemi (// montre Sir Charles en se lei^ant)^ j'ai co^ru me jeter aux pîèds de mon onele, et lui faire un ayeu de tous mes attentats. Le repe^itir m'élevait audessus de la honte. II a yu mes remords , ma douleur; il a lu Pacte faux qui atterte mon crime çt T06(Teitu^.;Moni désespoir et nies lat^mes Vont Élit C0n8€ntijr à.monuiiioii t^ec tou» ;. il serait venu lui^naèmie ici vous • l'annoncer : nxais , le dirai-je, il a craint que je ne pusae jamais obtenir mon paï*don« Prononce:? > Eugénie , décidez de mpn sort.

Eugénie^ dhine vo^x faible, lente et coupée.

C'est vous !.... j'ai recueilli le pca de forces

qui me restent , pour vous répondre.... ne mïn-

terrompez point.... Je rends grâces à la générosité de Milord Duc... je vOus croiç même sincère e^i ce montent...... mais l'état Jhwniliant,^

dans lequdi vous ix'avea pas craint 4e me plonger.... l'opprobre , dont vous avei couviert f:çlle

i88 . EUGÉNIE,

que vous deviez chérir , ont rompu tous les liens....

Le Com'te a)ivemenL

N^achevrz pas. Je puis vous être odieux; mais vous m'appartenez; mes forfaits nous ont tellement unis Tun à Fautre

E u G É ^ 1 E douloureusement.

Malheureux!... qu osez-vous rappeler?

Le Comte, avec feu.

J'oserai tout pour vous obtenir. Au défaut d^autrcs dr^^^its , je rappellerai mes crîmes^ pour m en faire des litiges. Oui, vous êtes à moi. Mon amour, les outrages dont vous vous plaignez, mon repentir, tout vous enchaîne et vous ôte la liberté de refuser ma main; vous n'avez plu» le choix de votre place, elle est fixée au milieu de ma famille : interrogez Thonneur; consultez vos parente ; ayez la noble fierté de sentir ce que vous vous devez.

Le Baron au Comte.

Ce qu'elle se doit, est de refuser Tofifre que vous lui faites ; je ne suis pas insensible à votre procédé , mais j'aime mieux la consoler toute ma vie du malheur de vous avoir connu , que de

la livrer à celui qui a pu la tromper une fois. Sa fermeté lui rend toute mon estime.

Le Comte pénétré.

Laissez- vous toucher, Eugénie; je ne survivrais pas à des refus obstinés.

Eugénie veut se lever pour sortir ^ sa faiblesse la fait retomber assise.

Cessez de nae tourmenter par de vaines ius- . tances ; le parti que j'ai pris est inébranlable ; j'^i le monde en horreur.

Le Comte regardant autour de lui, s\adress^ enfin a Madame Murer. ^

Madame , je n^espère plus qu'en vousi. .

Madame Muker ^èreme/z^

Je consens qu'elle vous pardonne , si vous pouvez vous pardonner à vous-même.

Le Comte, d^une ^voix forte et d^un ton de dignité.

Vous avez raison ; celui qui s^est rendu si criminel , est à jamais indigne de partager son «on. Vous n'ajouterez rien dont je ne sois pénétré d'avance.... ( A Eugénie avec plus de chaleur. ) Mais , cruelle ! quand le ciel et la terre déposent contre mon indignité , aucun murmure ne se fait-

igo E n g;é N I E ,

il entendre <kns |on sein? et rètre infattimé qui te devra bienjot le \o\kV,, nVt-il pajs des droits plus sacrés que ta résolution ? C'est pour lui que j'élève une voix coupable ; lui ràviras-tu , par une doid)lé ct»uâmé ^ Tétat qui lui est dû ? et Famour outragé ne céderA-i-il pOiS au cri de la nature? (En s' adressant à tous.). Barbares ! si vous ne vous rendez pas à ces raisons , vous êtes tous, s'il se peut, plus inhumains, plus féroces que le monstre qui a pu outtager sa vertu, et qui meurt de' douleur à vos pieds. ( // tombe auçc? pieds du baron. ) Mon père !

Lé Baron le relt^ant^ iui serre les mains p ^ après un motnent de silence :

Je vous là donne.

Le CpMT£ s^ écrie :

Eugénie !

. Le Baron à Eugériie.

Keadons-pous , m^ fiUe ; c^ui qui se rcpent de bonne foi, est plus }piu du mal que celui qui ne le coiuiut jamais.

EuciiiiE regarde ^ofi pèrç^ fai^e tomber sçl THAÙi dans çeUe 4^ Comte ^ et ^a pOfrhr. L^e Comte ha coupe la, parole^ .

Le Comté, par exclamation.

Elle me pardonné î

EuôÈîîlE, après un soupir:

Va I tu mérites de vaincre ; ta grâce est dans mon sein, et le père d-un eafailt si désiré ne peut jamais m'être odieux. Ah , mon frère ! ah, md tante! la vue du coûteniement que je fais naître en vous , me remplit de joie à mon tour. ( Madame Muf^r V embrasse as^ec joîe. )

Le Comte transporté.

Eugénie me pardonne ; ah ! la mienne est ex^ trême ; cet étéhism^nt va nous rendre totis aussi heureux que vous êtes digne de Têtre, et que f ai peu mérité de le devenir.

Sir Charles au Comte*

Généreux ami ! que d'éloges nous vous devons !

Je rougirais de moi, si je n'avais aspiré qu'à les obtenir : le bonheur avec Eugénie, la paix avec moi-même , et Teluime des honnêtes gens ; voiIî> le seul but auquel j'ose prétendre.

Le Baron avec joie.

Mes enfants, chacun de vous a fait son devoir aujourd'hui : voui? en recevez la récompense. N'oubliez donc jamais qu'il n'y a de vrais biens sur la terre, que dims l'exercice de la vertu.

..j.. EUGÉNIE.

Le CoMrf baisant la main d^ Eugénie a^ec enthousiasme»

O ma chère Eugénie !.

Tous se rassemblent autour d^^lle, et la toile tombe.

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