LES AVOIR PAS SUIVIES
Signé Caron de Beaumarchais.
Ce i3 décembre 1776. — Et en marge au bas est écrit de la main du ministre.
Toutes les apostilles en réponse sont de la main du roi.
Signé de Vergennes.
Tout ce que je pus obtenir , encore avec bien de la peine , par un autre Mémoire très-fort sur les droits de notre neutralité que j'établissais sans réplique , ce fut qu'on me laisserait faire , sans aucunement s'en mêler (ce que M. de M aurepas appelait gaîment, me livrer a mon sens réprouvé}, en me rendant garant de tous les événemens envers la France et l'Angleterre, a condition surtout d'être arrêté si les Anglais formaient la moindre plainte , et de me voir puni s'ils en jesaient la preuve ; ce qui mit tant d'entraves à mes opérations maritimes , que, pour secourir l'Amérique, je fus obligé de masquer et de déguiser mes travaux intérieurs, les expéditions, les navires, le nom des fournisseurs , et jusqu'à ma raison de commerce, qui fut un masque comme le reste (1).
(1) Je prts Je nom de Rodrigue Hortalez et compagnie ,
Le diraî-je , Français ! le roi seul avait du courage; et moi je travaillais pour sa gloire en voulant le rendre l'appui d'uu peuple fier qui brûlait d'être libre. Car j'avais une dette immense à remplir envers ce bon roi , qui n'a pas dédaigné de remplir envers moi celle du feu roi son aïeul, lequel m'avait promis , avant sa mort , de me restituer dans mon état de citoyen , qu'un lâche tribunal m'avait ravi par un inique arrêt. Oui, le roi Louis XVI , qui fit rendre la liberté à l'Amérique gémissante, qui vous rend la vôtre , Fran-
d'ou est venu celui iejier Rodrigue que je donnai à mon vaisseau cîe guerre de 52 canons , lequel a eu depuis l'honneur de combattre en ligne avec ceux de Sa Majesté à la prise de la Grenade , sous le commandement du valeureux comte à'Estaing ; d'y recevoir 80 boulets dans son corps, sans ceux qui mirent tous ses agrès en pièces. J'eus le malheur d'y perdre le plus important , le plus brave de mes capitaines , coupé en deux par un boulet ramé , sans la dispersion entière de ma Hotte de 11 navires , dont re vaisseau était le convoyeur. Quand on en reçut la nouvelle à Yersailles , M. de Maurepas me dit que le roi, trèscontent du service de mon vaisseau de guerre , voulait savoir ce que je désirais. = De n 'être jamais jugé sans être entendu , M. le comte , et je me croirai trop (n'en récompensé. Aussi disait-il fort souvent : Troilà le seul homme qui travaille , et n'a jamais rien demandé. J'espère bien qu'ils vont crier que tout cela est controuvé : je les attends avec mes preuves.
çais, m'a fait rendre aussi mon état. Qu'il soit béni par tous les siècles !
Et ce Mémoire de moi, que je vic:is de citer ; tel est mon premier titre à la haute prétention que j'établis ici d'avoir généreusement secouru l'Amérique, et d'avoir contribué plus que tout autre au retour de sa liberté.
Puis laissant à part les travaux que je suis prêt à mettre au jour; ouvrage par lequel je prouverai que j'ai envoyé , à mes risques et périls , ce qu'il y avait de meilleur en France , en munitions, en armes, en habits, aux insurgenis manquant de tout , à crédit , au prix des factures , les laissant maîtres de la commission , qu'ils payeraient un. jour à leur ami ( car c'est ainsi qu'ils me nommaient); qu'après douze ans je n'en suis point payé : je déclare que la démarche que je fais faire en ce moment auprès de leur nouvelle Cour fédérale, pour obtenir justice de l'infidèle rapport qu'un comité de trésorerie vient de donner sur mes créances , aussi avérées que sacrées , est le dernier effort d'un créancier très-généreux auprès de débiteurs abusés, négligents,ou bien... etc. La fin décidera le nom qui leur est dû; mais je publierai tout, et l'univers nous jugera.
Sautant, dis-je, par-dessus tous les détails de mes travaux, de mes services envers ce peuple, je passe au témoignage que m'en rendit l'agent,
çp REQUETE
le ministre de l'Amérique lorsqu'il partit de France avec M. le comte d'Estaing. Sa lettre authentique , du iS mars 1778, porte ces mots que je copie :
« J'espère qne votre agent ( à Philadelphie ) vous fera passer des retours considérables , et que le congrès ne différera pas plus long-temps a reconnaître les grands et