‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 79 sur 112 · Si, accord. — 4. Tant, tend · texte numérisé non relu

Si, accord. — 4. Tant, tend

o. Cette parenthèse a été ajoutée en marge par Brantôme.

« Ma fille de Naples, nous en ordonnerons telle- « ment que les héritages auront héritier de vostre « sang\, noble et puissant^ et fort assez pour résister « contre tous ceux qui luy vouldroyent nuyre. » — « De toutes ces parolles, ces dons et ces dellaissemens, on en fist instruments publiqs et authentiqs, pour demeurer les choses au temps advenir en droict, et pour estre plus patantes à tous ceux qui en oyroyent parler. »

Voillà ce qu'en dict Froissard en son second volume, qu'il faut plustost croyre que cest historien de Naples, qui a voulu faire comme les autres hvstoriens estrangiers, qui ne parlent jamaii 1 l'advantage des François; mesmes celluy là, qui a dict pis que pendre de ceste belle princesse , d'autant qu'elle estoit françoyse et du noble sang de France, lequel jamais, ny à Naples ny en Itallie, n'a esté bien venu ny reçeu. Crois donq' Froissard, qui a faict ceste reyne parler en confession au pape, et a esté curieux de recueillir ses propres motz prononcez de sa bouche, qui apertement a voulu déclairer ainsin sa vie. Je ne dis pas qu'il ne taise quelques traictz de sa vie, comme de la mort d'Andry et autres petitz traictz, comme d'amour et d'autres; mais tant y a que jamais elle ne fust si meschante ny desbordée comme le dict ce bel et sot historien napolitain.

Pour le quart mary de ladicte reyne, qui fut Othon, elle ne se fist nullement tort de l'espouser, le congnoissant d'une des grand' maisons de la clirestienté et grand cappitayne. Elle avoit besoing d'un tel homme pour ses affaires, qui l'honora et la servist très-bien. Ses services le monstrarent bien ;

ce qu'elle reeogneust si bien, que sur sa fin elle implora et intercéda tellement pour luy, qu'il heust la vie sauve, et la pauvrette souffrit la mort.

Je vouldrois bien sçavoir si, sur toutes ces raisons là alléguées par lionnestes gens, ceste brave reyne aye mérité d'estre ainsin callomniée durant sa vie, et de l'avoir ainsin faicte mourir. Aussi Dieu, juste vengeur des mortz innocentes, vengea la sienne, et sur le Hongre et sur Charles Durasso, à qui Marguerite, maisnée ' seur de la reyne Jehanne, arrièrefille du roy Robert, luy estant allé à Bude, et illeq invité par la reyne à ung banquet, en fainctes caresses , pendant qu'il beuvoit , luy fut donné ung coup de hache sur le chinon du col par fordonnance de la reyne, et fut ainsin tué*.

Voilà ung juste jugement de Dieu, et une noble et brave princesse vengeresse de son sang et innocent. Voyllà aussi la fin de ceste brave reyne qu'on a calumniée bien légièrement.

Possible ' aussy que, par permission divine, les successeurs de cet Hongre, et les Hongres aussi ses subjetz, ont souffert les maux des Turcs qui leur sont

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