CHANSON
Amans qui vous plaignez qu'Amour vous a dompte', Qu'il emporte l'honneur de votre liberté, Qui foictes de vos pleurs une source féconde. Qui mourés, qui bruslés au feu de tant d'ennuictz, Voyés mon mal, mes fers, la prison où je suis, Je vous dires que c'est le paradis du monde.
J'ayme avec tant d'ennuictz é tant de cruaultés Qu'entrant en ma prison je voy de tous costés La mort é le péril d'une perte commune, Feux à tromper les yeulx de cent mil ennemis, Envieulx é jaloux du bien qui m'est permis ; Mon amour é ma mort courent mesme fortune.
O mourir aggréable, ô ti^espas bien heureulx! S'il y a quelque chose au monde adventureulx De mal, de feu, de mort, coures à ma ruine; Rien n'est de si cruel, rien de tant inhumain Qui vaille, seuUement, un baizer de sa main; Mais qu'une mort est peu pour chose si divine.
Ce sont mots inventés, de jour é de la nuict, De dire qu'il est jour quand le soleil nous luict, E que la nuict survient quand la terre s'oppose ^ ; Il n'y a d'aultre jour, d'aultre nuict, d'aultres cieulx Que voir ou ne pas voir le ciel de vos beaulx yeulx. Vous, le ciel, le soleil, estes la mesme chose.
1. Écrite par unfi idhi'ii qui c'est ni celle de Brantôme, ni celle de Mataud et avec une orlliograplie différente. Elle n'est peut-être point de Brantôme.
2. La terre, eu tournant sur elle-même, oppose et s'oppose deux états tontraiies, la lumière à Tubscurité, le jour à la nuit.
POKSIÎOS INEDITES. kki)
Aies yeulx ne sont point )eulx si ce n'esl pour \ous voir, Mon cœur n'est point mon cœur sinon pour recevoir Les traictz de vos beaultés que j'adore é que j'aymc. Je n'ay point de désir que pour vous désirer, Je n'ay point de souspir que pour vous souspircr, E je ne suis point nioy si ce n'est pour vous-nies!iic. Si je ne pense en vous mes pensers sont jaloux,
Si je suis hors de moy je me retrouve en vous, Je vis, je suis en vous é rien ne me commande, (^)uelque fouldre du ciel qui me puisse advenir, Que l'esjjoir de la mort où je veulx parvenir; Si le péril est grand la gloire en est plus grande.
Si suis-je bien heureux de porter ces liens, Les géhennes é les fers que j'ayme é je retiens, (^omme un esclave tient les marques de sa [)rise. Qu'on ne m'apreigne ' plus que c'est de liberté, .l'ayme tant la prison où je suis arresté Que je faictz de mes fers l'honneur de ma franciiise ',
Que je tiens ce nom cher d'esclave, et qu'il nie plaist. Je ne veulx plus sçavoir d'aultre nom ce que c'est ; ALiis je l'ayme d'aultant qu'il vous est aggréablc. Je l'ayme aussi, d'aultant que je monstre é je rends 'J'ous les cffortz esgaulx, é le nom que je prends Est un nom plein d'honneui- é d'effort véritable.
Mon cœur ayant vcu tjuc s(m couipaigMon J^ompoit le vœu de leur vie commune S'est dépité contre Iny et fortune.
A voit-il tort? il me semble que non.
Et, pour cela ne perdra ce beau nom D'estre lidel; mais, vous, comme la lune
I. ippreignc^ appiciiuCj se dil encore eu p;itoi.s périgouiclin, -. Libelle,
Tout inconstant vostrc cœur n'est à une. C'est le croissant dont portez le renom ^
D'estre léger; ce titre vous est digne, Je m'en rapporte aux filles de la Roy ne ' Elles ont veu aussi bien comme nioy
Le changement de ce que sçavez dire ; Mais, mo\ , je sens que c'est cruel martire, Quand le destin est rompu par la foy.
Comme l'on voit celuy qui par honneur S'est conservé en quelque belle place, Sans craindre rien, ny canon ni menace, Estre estimé digne de grand' valeur ;
L'on me verra tout ainsy en mon heur Ferme et constant; car ma place est la grâce D'une que ' sers qui toute autre surpasse, Dont je me fay, ])our jamais, serviteur,
Aussy faut-il que ma persévérance Prenne le fruit de ma belle espérance, Car, sans espoir, le guerrier n'est au Roy;
Pour son hazard, est alin que son maistre Par quelque bien le veuille recognoistre. Ainsy, Maistresse^ observez cette loy.
I. Ce sounet s'adresse cvîJeinment à une Diaiio. — Voy. la uotc I île la pitce XXVVIIt.
-'. Les filles d'honneur de Catherine de Médicis 3, Que je sers.
POESIES LN EDITES. k'ôi
Sur mon lit assailly d'infinies langueurs.
Je discours, à part nioy, de ma vie passée;
Je me présente au vif en quelle destinée
Fut mon commencement et comme il fut heureux.
Et puis, tout à un coup, je ressens ma douleur. Voilà comment, pensif, je passe mon année Le feu ', le froid, le chaut d'une atne j)assionnéc; Ainsy Fortune en moy espreuve ses rigueurs.
Mais je voudrois sravoir si, par une constance, J^'on pourroit adoucir avecques l'espérance Ces faitz si furieux et sa grand' - cruauté
Dites, mes compaignons, si par expérience Vous avés esprouvé toute ma ^ pcnitance. Afin que par conseil mon mal soit arresté.
Las! je vi)y bien que vous sentez dans l'a me Mon triste deuil, son pitiable * sujet ; Telz sont vos ditz, vos escritz, le projet. Et tel le feu de ma très sainte flamme.
Si vous plorès en me disant, Madame.
Las ! je vous pers et vous laisse l'objet De mon bon cueur, lequel sera suget ^ D'accompaigner le vostre qui m'enflamme.
\ . l'tir. L'enfer.