Dépense
POESIES INEDITES. 460
Je ne suis seul de qui raffection
Est attirée en la perfection
De voz beautez que tout le monde admire;
Que mon esprit doncques ne vous offence, Ce que j'escripts cliascun le dit et pense, Mais un chascun ne le peut pas escrire.
A LA MF.ME
Voyant au bal, où l'on se prend et laisse D'un grave pas l'un l'autre conduisant, En vostre main ce flambeau reluysant ', Vous me semblez l'amoureuse Déesse.
Ce mesme port, ceste mesme allégresse - Se veoit en vous, et ce geste duysant ', Mais de vos yeux sort un flambeau nuysant Qui comme l'autre estaindre ne se laisse,
Ce vif flambeau qui tout autre surpasse, Flambeau qui tient, icy, la mesme place Que celuy-là dont la Cvprine luyt ;
Non un flambeau mais deux soleils ressemble ; Et n'en fauldroit point d'autre, ce me semble, Pour se conduire et fust-ce en plain minuit.
^. La danse appelée le branle des torches.
2. Agilité, légèreté. Nous avons encore avec ce sens l'aJjectif allègre.
.3. Agréable.
470 POÉSIES I?:Ér»lTES.
exil
A Xj\ MEME.
Si La Ch'itre* et Gersay^ méritent plus que moy, Aiissy me'ritez-vous plus que tous deux ensemble, S'ilz sont plus beaux que moy et qu'ainsi il leur semble, Vous Testes bien plus qu'eux, la veue nous en faict foy.
Puisdonc qu'il est ainsi, et qu'ainsi je le croy, Faictes que vostre trop à mon trop peu s'assemble, Si bien que ma beauté à la vostre ressemble ; Lors je les passeray en beauté et en foy.
Ainsi participans de la Divinité
Dont vos beaux yeux sont pleins, je tiendray du divin,
Et eux reposeront sur vostre humanité,
Puisque n'estans divins ilz n'ont que de l'humain, Ainsi eux, vous et moy les uns portant les autres, Vous serez toute à nous et nous serons tous vostres.
A LA MEME
Rien de plus beau ne veit oncq' le soleil, Ny plus tenant de l'immortalité Que son visage en beauté non pareil Et ses beaux yeux pleins de divinité.
1. Claude de L:i CluUre, maréchal de France, mort en 1614, la même année que Brautôme et à peu près au même âge. « C'étoit, dit celui-ci, l'un des gallants de la Cour, et autant adroict eu toutes choses et aussy bien parlant et d'aussi bonne grâce et qu'on tenoit pour fort bonne espée (t. V, p. 181). »
2. Gersay, tué au siège de Rouen en 1562. II était, dit Brantôme, « l'un des plus favori du roy François II. »
POESIES INEDITES. 417
Au ciel y a deux poincts incomparables : C'est le Soleil et Diane gentille, Mais, en la terre, il y en a cent mille : Sont * de Limeuil les grâces admirables.
A. LA MÊME
Onques, Amour, ne te prist mieux
De t'avoir faict bander les yeux ;
Car si tu te fusse adresse'
A voir les beautez de la Cour,
Toy-mesme te fusse blessé
En voyant celles de La Tour.
A LA MÊME
L'angélique beauté, La grâce et la jeunesse, Et la douce privauLté De Limeuil ma maistresse, Suffiroit, ce me semble, Pour fixire que les Dieux S'accordassent ensemble D'abandonner les cieux, Pour s'en venir icy La servir à l'envy.
A LA MÊME
Telle qu'on voit l'Aurore, avant que le soleil Tire son char doré des abismes de l'onde,