‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 44 sur 181 · Estant débornée ^ ayant atteint les bornes · texte numérisé non relu

Estant débornée ^ ayant atteint les bornes

Autre tombeau de madame de Bourdeille, faict par son mesme dict frère.

Passant, arreste-toy un peu^, je te prie, et t'amuse à veoyr et admirer ceste tombe^ bien qu'elle ne soit construite d'aucune excellente matière, ny de grand artifice, comme tu vois ; mais dedans y gist un corps de très- haut prix.

Icy gist doncques la très-haute, puissante, noble et illustre dame Jacquette de Montbron, issue de ceste grande, riche et ancienne maison de Montbron, première baronne de l'Angoulmois, du costé du père, et de la noble et ancienne maison de Montpezac d'Agenès, du costé de la mère.

Elle fut femme de messire André de Bourdeille, de ceste grande aussy et ancienne race de Bourdeille, en son vivant chevalier de l'ordre du roy, capitaine de cinquante hommes d'armes et lieutenant du roy en Périgord.

Elle fut l'une des dames fort favorites de la reyne mère de nos roy s.

Elle fut dame de Bourdeille, Mathas, Archiac, La

Tour-Blanche et Sertonville, cinq maisons de trèsgrande marque.

Toutes ces qualitez ne sont rien, car ce sont biens de la fortune^ qui tombent communément à plusieurs personnes. Celles que je vais dire sont autres.

Ce fut une des belles dames de la France en son printemps, son esté et son automne. Son beau visage, et ses beaux yeux sur-tout, en faisoient la foy, avecques sa belle et riche taille, sa grâce, sa façon, son port et son abord, et sa majesté, qui la parangonnoit à une reyne. Aussy de son estre * en est-il sorty une reyne de Scicille. Toutes ces beautez, en son temps, ne l'ont rendue moins admirable que désirable.

Ce n'est encor rien que tout cela. Elle eut une ame très-belle, un grand esprit, un jugement solide, qui peu se rencontrent en un mesme subject ; fut sçavante en toutes sciences, fut bien parlante en très-beaux termes , bien et disertement escrivante de toutes choses, fort remplie de beaux discours et entretiens; fut fort sage, vertueuse, généreuse, magnanime, splendide et très-libérale.

Voicy chose rare : fut vefve à l'aage de trente-six ans, belle, jeune, riche, désirée et recherchée de tout un monde, et se contint tousjours pourtant en sa viduité seize ans et plus, au bout desquelz mourut d'une mort très-douce, comme elle avoit tousjours désiré, en son chasteau d'Archiac, le 28 juin 1598, regrettée à toute outrance de toutes personnes qui l'avoient cognue, et qui en avoient ouy les louanges. Elle n'estoit qu'à son demy automne, autant belle et

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