‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 140 sur 251 · Maurevel. Voyez tome IV, p. 300, et t. V, p · texte numérisé non relu

Maurevel. Voyez tome IV, p. 300, et t. V, p

M. DE LA NOUE

sant faire un grand service au roy, entreprit et résolut de tuer M. de Mouv, qui l’avoit nourri page et eslevé et poussé aux armes; et de faict il le fit ; car après la batlaillc de Montcontour perdue pour les huguenots, ainsy que M. de Mouv eut clioisy pour soy la ville de Nyort, comme d’autres firent d’autres villes pour rompre le cours de la victoire de leurs ennemys, et s’estant allé pourmener hors de la ville pour la contempler et voir la force et la foiblesse, voiey venir ce Montravel, monté sur un bon cheval, résolu, qui donna un coup de pislolle à son maistre, le trouvant tout désarmé; et puis se sauve au camp de Monsieur, nostre général, auquel il se présente et raconte son beau coup. A l’instant il fut assez bien venu, et de Monsieur et d’aucuns du conseil, et autres; mais pourtant si fut-il abhorré de tous ceux de nostre armée; si bien que personne ne le vouloit accoster pour avoir ainsy si perfidement et proditoirement tué son maistre et son bienfacteur, encor qu’il eust fait un grand service au roy et à la patrie pour leur avoir extermine un ennemy trèsbrave et très-vaillant, et qui, après M. l’admirai (car M. d’Andelot estoit mort), n'y en avoit point de pareil pour leur nuire. Et luy fut commandé de se retirer en sa maison, comme ne se fiant nullement en luy (car qui fait de tels coups en faict plusieurs autres) jusques à ce qu’on l’envoya quérir pour tuer M. l’admirai, comme assassineur; mais il le faillit; et ne fut pas mort de sa main sans d’autres qui réparèrent sa faute au massacre de la Sainct-Barthélemy.

Que devint-il, pour fin, ce Montravel? Il eut deux compaignies telles quelles au siège de La Rochelle,

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où il perdit ses escrimes, et ne put pas bien jouer de celle du garde-derrière, car je ne vis jamais homme si estonné en siège que cestuy-là; et peu se trouvoit en factions, sinon à garder quelque chétif quartier qui lui estoit donné; et quand il vouloit se fourrer parmy les autres eompaignies, un chascun le fuvoit comme la peste. Après il vint à la cour, où il demandoit tousjours quelque chose, et par importunité l'obtenoit, craignant qu’il ne fist aux autres ce qu’ilz lui avoient faict faire; et de faict il eut pension, comme si ce fust esté le tueur du roy, non pas pour tuer le roy, mais gagé par Sa Majesté pour tuer les autres. Il eut de plus le privilège d’aller dans Paris et le Louvre, jusques dans la chambre du roy, tousjours couvert et armé de pistolles, luy sixiesme, d’autant qu’il estoit menacé; mais pourtant quand il entroit dans la chambre du roy nul ne le vouloit accoster. Un chacun le détestoit et abhorroit, mesmes le roy dernier Henry III, si bien qu’il lui fil dcllendre sa chambre; et n’y vint plus, sinon dans le Louvre, mais estonné, la veue basse et la carre d’un tel homme qu’il estoit. Enfin M. de Mouy aisné fils, brave et courageux gentilhomme, ne pouvant plus traisner si longtemps la mort du père sans estre vengée, trouvant ce Montravel dans la rue, l’attaqua si furieusement qu’il le tua; mais le malheur fut qu’un des satellites dudict Montravel tira un coup de pétrinal audict M. de Mouy, dont il mourut, et n’eut le Ioysir de jouyr du fruit de la vengeance, sinon que la gloire luy en demeura immortelle après sa mort. Vovlà comme il en prend à telles gens et fort justement.

M. DE LA NOUE

Or, advant que finir ce discours d’ingrats, et comme il ne leur est bienséant d’oublier et ne recognoistre leurs bienfacteurs, pour le plus beau de tous exemples j’allégueray cestuy-cy, qui se trouve aux histoires de Savove. Le comte Edouard de Savoye, le jour de la battaiile de Yarey qui fut donnée entre luy et le Dauphin de Viennois, où il fut pris par un seigneur de Dauphiné, nommé Auberjour de Maleys ! ; mais, parce qu’il ne pouvoit le garder seul, le seigneur de Tournon* aperceut comme ledict comte se vouloit deffaire de luy et combattoit tousjours, courut avec sa trouppe, et arrestèrent tous deux ledict comte prisonnier; lequel, comme ilz se mettoient en debvoir de le désarmer et luy ostcr son armct, le jeune seigneur de Boselet*, accompaigné du seigneur d’Antremont, le recourut d’entre les mains d’ Auberjour et du seigneur de Tournon ; lesquelz, voyans leur proye s’enlever de leurs mains, s’escryèrent à haute voix qu'on leur donnast secours, et envoyèrent une trompette à messire Albert, seigneur de Sassonnage*, luy dire qu’il picquàst avec sa trouppe pour avder à reconquérir le comte de Savoye leur prisonnier qu’on avoit recouru. Mais le seigneur de Sassonnage, portant grande amitié et

1 . Varey (Ain) et non Varcy, comme on lit dans les précédentes éditions. En 1325, Édouard, comte de Savoie, y fut défait par Guigues XIII , dauphin de Viennois. Le récit de Brantôme est tiré de la Chronique de Savoie de Paradin, liv. II, chap. cxix, p. 207.

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