‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 2 sur 77 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

Messire Pierre DE BOURDE1LLES, seigneur de Brantôme,

Et traduites en français par Marc PHRASENDORP(i).

1 Ce titre est celui de l'édition de 1740. Le nom du traducteur est omis dans les éditions récentes; il doit être un pseudonyme bien qu'il ne soit pas indiqué dans les répertoires bibliographiques de noms supposés.

j'eus

Voici le livre d'aucunes Rodomontades et Rencontra espaignolies que de long temps je vous ay desdié', et promis dernièrement lors que i'piiî l'honneur de vous Faire ia reverance à

les ay toutes mises en leur langage, sans

ncïenne rappelée ici devait être telle placée entête de l'édition complète; le nom de la Reine s'y trouve pompeusement accompagne de tous ses litres : A Uadanie Marguerite de France fille et saur rtstit unique de nos Roys derniers Irespasst:, maintenant Royne de France et de Navarre, ta plus belle, la plus noble, la plus grande, la plu! généreuse, lapins magnanime, et la plus accomplie Princesse du Monde, ce qui place entre j 194, année du sacre, et j 199, année du diïotce, la date probable de cette premier; rédaction. tille parait bien avoir été faite pour les Rodomontades (i la tête desquelles elle est placée d'.iiliiriir.; par iv.iiitiou de 1740), car on lit dés les premières ligues : • ...j'ay remarqué en Vous telle curiosité, qu'encore que Vous soyés la princesse et la dame du monde la plus accomplie en toutes vertus et sciences, si voulez-Vous tousjours apprendre quelque chose de plus, s'il se peut. Que c'est que d'une belle ame, qui dépend du ■.:■ : [■.■uîo.k'is elle s'appli-

que en tout. Je le dis, Madame, d'autant que je Vous vis un iour curieu.-.- ■■ ... : niiuiitadiS cspai^m-Ui >',

3 quoi Vous y prinstes tel plaisir, que dès lors je m'ad-

peu

m'amuser à les traduire 1 , autant par le commandement que m'en fistes, que par ce que vous en parlez et entendez la langue aussi bien que j'ai jamais veu la feu reyne d'Espaigne vostre sœur ; car vostre gentil esprit comprend tout et n'ignore rien, comme despuis peu je l'ai encor mieux cogneu.

Ce fust esté aussy autant de superlluité pour vous, mais non pour d'autres personnes qui sont novices en ceste langue : et leur fust esté un fort grand plaisir et commodité d'en faire une petite traduction; car telles en pensent parler et entendre la langue, qui s'y treuvent bien empressées*. Aussy je n'ay faict ce livre pour elles, que pour vous *.

Que s'il vous plaist, Madame, les vous faire lire, car vos beaux yeux ne sont dignes de porter leur belle veue sur chose si basse, je croy que vous y prendrez quelque plaisir ; car il y a de la seriosité et de la joyeuseté meslées ensemble. Vous priant, Madame, de n'en faire

l . Malgré cette dénégation, deux traductions ont accompagné son teste espagnol. Dans l'une comme dans l'autre, il a'ett point suivi de 1res prés par le français. Par exemple, à la fin de cette dédicace, le place dar tel lustre (lui plaise donner tel éclat; devient tuy plaise de l'en rendre assez digne. L'l' tnùn. ■■■■.■ i- '..■■■.'..■ .. il ;i,ir;iis:-:

timidité â ses pieds) devient il se présente à elle avec plus confienct . Nuiis nous conformons ici à la traduction la mo incomplète, qui doit lire une revision de l'autre ; elle a i donnée p;ir l'édition de 1740 et par l'édition Buchon.

1. Serrées de prés. — D'autres éditions portent empathies. Je me conforme au texte de l'édition de 1740 que le vieux

i'cmpressè ne rend pas invraisemblable.

On doit lire : je n'ai pas t. un fait et- livre pour elles que

vous. — Le tant aura été omis.

part à personne, ny les mettre en hunére; car si elles vous agréent, f en seray très axse, ne désirant plaire à d'autres qu'à voir* :

sinon 1 , et qu'y trouviez à redire, j espère tas? dé vostre bonté généreuse, que vous ea coc~ vrirez mes fautes, et en cacherez mon «perfection, en considérant qu'en pensas* cîca faire j'ay entrepris cet oeuvre pour vous donner quelque plaisir.

Que si vous en trouvez aucun, f en seray d'autant plus glorieux et hardj de tous présenter tous les autres, desquels' je rocs ec ay monstre les suscriptions, qui soct ks ptsces entières dont cestuy cy en est rescaaczilka ; lequel je n'av tant remply de son scbject que je n'en aye faict une bonne reserre dans les autres livres, non seulement en ce qui tocdbe les Espaignols, mais les braves Praaom t»

subjects, Madame, qui, en beaux exploits eî bien* dire, ont surmonté toosjours tontes les autres nations du monde.

Recevez donc, Madame, je vous vapp&z, ce livre qui vous est offert du meilleur de sxm âme, ne pouvant mieux ; et, comme dit fEspaignol : Que Vostre Majesté reçoive ot que je lui offre. C'est peu en comparaison de ot que je desirerois; mais qu'il luy plaise de f ea rendre assez digne, en sorte que, couvert de son nom et de sa bonté, il se présente à eUt avec |ilus de confiance 9 .

i . Si elles ne ptafraifTit pas, et que r<m y ïzvBtœ. * redire.

2. Reriba Voestra Majestad k> qae yo vBkkz.. qœ *t >y poco que puedo par k> modbo que de»», y Je f&ot dar tad

Sur ce, Madame, je vous baise très humblement les mains, et vous supplie me tenir tousjours en qualité de vostre obeyssant subject, et très affectionné serviteur.

lustre que, cobierto del nombre y bondad de Sua Majestad, saïga sin verguenza a sus pies. (Voir note i, page 8, ce qu'il faut penser de la traduction reproduite plus haut.)

MES Rodomontades cspaignotles ' certes T elles surpassent toutes les autres, | de quelque nation que ce soit. D'aut tant qu il faut confesser la nation espaignolle brave, bravasche et valeureuse, et fort prompte d'esprit , et de belles parolles protîerées à l' improviste.

Je commanceray donc lorsque le grand marquis de Pescaire, après la chasse des François hors de Testât de Milan, eut bravement

i . Brtrvdchi et rodomontade; n'étale ni pas des mots pris en mauvaise part comme aujourd'hui. On le voil bien en se reponanl â la rodomontade de Pescaire à Ravenne, qui es! un î rail de grandeur d'ime (page 4)1. Branthâme, en d'autres récits, assimile même la rodomontade à une action d'éclat, notamment Ion du passage de l'Elbe par dix nageurs détermines ayant l'épéeaux dents. Et il dit textuellement : -Telles rodomontades vallaient plus que cent paroles. • Ici donc la rodomontade est un fait, et cependant d'autres passages ont conservé le sens ordinaire de rodoinontadt qui est fanfaronnade. De même nous voyons bmtaclie mis, dès les premières lignes, sur le même rang que brate, valeureux, prompt '■ belles paroles. Ce Dîrconr; peut donc passer pour une apoi gie plutôt que pour une satire. Afin de faciliter la lectu

reporté en bas de page les citations de teite espagnol.

i2 Rodomontades espaignolles,

forcé et pris la ville de Gennes, qui tenoi pour les François. Il ne faut demander quelles richesses il y avoit trouvées, et de combien l'armée espaignolle s'en emplit, si bien que, quelques jours après, la mettant aux champs, i! la trouva si chargée, embarrassée de bagages, de careages', mulles, mulets et chevaux, que le marquis fut contraint de faire un bandon', pour faire cesser cet embarras, bagages et careages, et empeschemens, comme les nomme César. Parquoy fut commandé que les capitaines de chasque bande n'eussent chascun que quatre chevaux poui soy, et deux pour l'alner', et nul pour soldat qui fust sain. Mais ouybien* que les malades en eussent chacun le leur pour les porter; encor falloit-il qu'ils fussent visités par les médecins pour voir s'ils estoient vrayment malades, et qu'ils eussent tousjours sur e leur patente pour faire foy, signée et de £ capitaine et de son médecin.

Ce bandon faict, il y eut un capitaine nommé Vega, grenadin, « lequel, avec une arrogance militaire, et avec des gestes et des paroles toutes remplies de colère, commença à dire dans une assemblée de soldats, en parlant presque tout haut, et en menaçant :

que s'il se trouvoit des hommes semblables à luy en courage et en jugement, i! feroit e

ot de langue d'oc cariage :

i: l'rj-ik'.r Hgne.

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