D AUCUNES RETRAICTES DE GUERRE
dix mille soldais romains, qui, ayant perdu la battaille, passèrent au travers et au beau milan de leurs ennemis, et se sauvèrent et se retirèrent bravemenl, à leur barbe, dans la ville de Plaisance. Possible que mondict sieur de Guyse, qui lisoit et esmdioit tous les jours, ou se souvenoit de ioing, ou avoit leu de frais le conte, qui luy ayda bien a propos pour le coup à sa vaillance, à sa conduite et à son gentil esprit et brave courage.
Froissart, racontant de la battaille de Nicopoly que donnèrent les Ongres et les Fran-
Sois 1 , dit que, parmy les François, il y eut eux escuyers de Picardie très-vaillans, qui, puis après, se peurent bien dire vrais chevalliers. Ils s'estoient trouvés en maintes rencontres, et en estoient partis en leur honneur. L'un s'appeloit Guillaume Den% et l'autre Le Borgnede Montquel. Cesdeux donques, combattans par force d'armes et vaillance, passèrent outre les battailles, et retournèrent en la battaille* par deux fois bravement et vaillamment, où ils rirent force apertises d'armes (ainsy parle-il); mais, voulant mourir en un si sainct conflit, se firent là tuer. Il est à présumer que, puisqu'ils avoient ainsy passé et repassé par ces deux fois outre les battailles en bien combattant qu'ils pouvoient faire une aussy honorable retraicte que là mourir. Voilà