Aussitôt qu'il aurait eu le temps de se reconnaître
Branthôme, IX. 21
322 Discours sur M. de la Noue.
imputer celte imperfection à défectuosité de cœur, car il n'en fut oncques un si noble et généreux*. Mais tel est-il nay, et aussy que le grand zelle qu'il portoit à sa religion luy avoit tellement atteint rame, qu'il eust oublié toutes choses pour la servir et maintenir, ainsy que plusieurs autres religieux de ceste mesme ordre comn^e luy en ont faict de mesmes, jusqu'à oublier le respect des pères et mères qu'ils leur doibvent. Non que je les veuille tous comprendre en général soubs cette règle et opiniastreté d'heresie, car il y en a prou qui ne 1 ont observée.
Entre lesquels j'en ay cognu un qui estoit un gentilhomme du Languedoc, brave et vaillant s'il en fut oncques, nommé M. de Gremian, qui fut celuy qui prit Aiguës- Mortes, le roy estant en Avignon à son retour de Poulogne, et à sa barbe, et à sa plus grande colère, qu'il vouloit du tout exterminer ceux du Languedoc, pour l'inimitié qu'il portoit à M. de Montmorency. Je l'ay veu autrefois cornette de M. d'Acier, lorsqu'il mena cette grande trouppe de gens de guerre à M. le prince en Xainctonge. Ce M. Gremian donc, encor qu'il fust jeune fou , scalabreux et huguenot à bander et racler *, et ennemy mortel des catholiques, si est-ce qu'il porta tel respect et honneur à son père, que jamais il n'entreprit guerre là où il sçavoit son père M. de