‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 41 sur 179 · Les lignes d'investissement · texte numérisé non relu

Les lignes d'investissement

2. Ea, soldados ! es meneeter mostrar en este lugar su virtud, como en un muy afamado teatro de las cosas de la guerra.

3 . Con gesto severo y animoso, pero alegre : Primeramente es menester ganar este lugar de Mirabel, con vuestro valor, y todo vuestro esfuerzo : que si las manos, lo quai Dios no qtiiera, no bastaren contra el enemigo tantas veces vencido, naced que los cuerpos muriendo con la honra que deben, los animos valorosos vengandose del enemigo, se satisCagan noblemente (a).

(a) U fin de cette traduction paraît rendre imparfaitement la pensée du texte. U v est dit : Faites qu'en mourant avec honneur comme ils le doivent, vos corps donnent à vos

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Geste battaille perdue pour nous, se dict parmy les Espaignols que Sa Majesté ayant esté prise, et le marquis del Gouast, au retour de la chasse de quelques Souysses, ayant sceu la prise, vint dans le mesmes champ de battaille saluer Sadicte Majesté avec un très §rand honneur et respect, chassant d'allentour e luy une troupe infinie de soldats, qui la pressoient et Timportunoient de toutes parts; et, après luy avoir rapporté toutes ces belles raisons qu'il pouvoit, pour le consoler de son desastre, et surtout luy allegant la bonté de l'empereur, le roy luy respondit avecques ces belles parolles et dignes de remarque, dont je m'estonne que nos escrivains françois n'ont touché ces gentilles particularités et parolles, et qu'il faille que nous les emprumptions des estrangers » : « Je m'estois résolu et déterminé que, mourant honorablement parmy les armes, je me peusse délivrer et mon esprit d'une si grande asprezze et surcharge de mes affaires, pour ne demeurer en vie après avoir veu devant mes yeux tant de braves et vaillans capitaines des miens estendus morts autour de moy. La fortune, qui de long-temps m'est si cruelle, et, à très grand tort, grand'ennemie de mon nom, pour me conserver la vie à mon très grand regret, et

I . M. Lalanne a reconnu ici comme à Tordinaire un extrait de Vallès. J'ajouterai que sa teneur suit les procédés de fabrique dont les historiens des temps sont coutumiers ; c'est trop long et trop académique pour être vraisemblable, et ce bavardage manque absolument d'éloquence.

âmes valeureuses la satisfaction d'une noble vengeance sur l'ennemi. »

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pour servir de spectacle d'une mocquerie et dérision, n'a pas voulu que je mourusse d'une mort honorable. Pour le moins en cela auray-je occasion de me consoler en moy-mesmes, que, me soubvenant et mettant devant mes yeux souvent ma grand'perte, que, d'aujourd^huy en advant, je ne craindray aucune injure ny force de la fortune, parce que m'ayant esté tousjours très cruelle et furieuse, ny jamais assez saoulé abondamment de tant de desadvantures qu'elles m'a données, elle aura finallement payé le reste de sa hayne en ceste publique plaincte et deuil de toute la France, et dernière perte mienne, par le cas et advenement d'une si grande desadvanture '. » ^

Voylà certes de belles parolles. et braves resolutions d'un magnanime roy, a ne se soucier plus de la fortune, puisqu'elle aVoit achevé de vomir son venin sur luy en ceste si grande perte et disconvenue. Telles parolles touchèrent si fort au cœur des soldats qui

I . Yo habia determinado, muriendo honradamente entre las armas, librar mi animo de esta tan gran aspereza de mis cosas, y por no quedar vivo, despues de haber muerto tantes capitanes mios muy esdarecidos : pero la fortuna es y a de mucho tiempo asperisima, y â grand tuerto muy enemiga de mi nombre, porque me conserve la vida â mi pesar para que sea un espectâculo de escamio y burla, y no ha querido que yo muriese muerte muy honrado. A lo menos, con solo esto me consolaré, acordandome de una tan gran perdida,

3ue de oy adelante no temeré mas ninguna injuria ny fuerza e fortuna, porque habiendo sido ella cruelisima siempre y furiosa y nunca jamas satisfecha harto por tantas desaventuras, ahora finalmente habrâ pagado el resto de su odio en este publico lloro de toda la Franda, ypostrera perdida mia por caso de tan grande desaventura.

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estoienl à l'entour*, qu'ils se mirent tous à plorer et à admirer ce grand roy. Cela se tient et se dict parmy les Espaignols.

J'ay traduit en françois ces mots precedens espaignols, et non poinct les autres; car il faut croire que le roy les prononça tous en françois, et les Espaignols l'allèrent traduire en leur langue.

Sur quoy j'ay pris subjet de faire ce discours, pour noter que, bien que ce grand roy parlast force langues, comme la latine, l'espaignolle et l'italienne, il vouloit tousjours porter tant d'honneur à la sienne, qu'il la preferoit à toute autre, et ne vouloit laisser en arrière, pour faire marcher devant l'estrangere. Aussy, ainsy que j'ay ouy dire à feu M. de Lansac, le bon homme, qu'il est bien tousjours meilleur, plus séant et plus grave, quand un roy parle de grandes choses devant les estrangers, et mesmes ses compaignons, roys et princes, faut qu'il parle son vray langage, sans s'abaisser et se contraindre jusques-là de parler celuy de son compaignon, et contente ses oreilles comme s'il luy vouloit servir de truchement.

L'empereur en monstra un très bel exemple en cela, lors qu'il fut à Rome, et parla devant le pape, les cardinaux, les ambassadeurs, et

I . Nous venons de voir cependant que le marquis du Guast les avait chassés. Précédemment, nous avons vu que chacun d'eux se vantait de lui avoir enlevé une pièce de son armement. Page 40, Branthôme ne parle que de leur avidité, et non de leur attendrissement. Il n'en était pas un, dit-il, < qui n'eust quelque lopin » pour llionneur ou le profit.

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qu'il brava tant, par trop enorgueily de sa victoire de Thunis et de la Collette. Il y eut les deux ambassadeurs de nostre roy, l'un vers Sa Saincteté, l'autre vers Sa Cesarée Majesté, qui luy remonstrerent de ne parler poinct espaignol, mais autre langue plus intelligible. Il respondit à M. i'evesaue de Maçon, comme au principal, à cause du rang qu'il tenoit vers Sa Saincteté, et marchoit devant M. de Velly, qui estoit près Sa Majesté, et ce avecques un certain dédain : « Monsieur l'evê- Que, entendez -moy si vous voulez, et n'attendez point de moy d'autres paroles que de ma langue espaignole, qui est si noble et si belle, qu'elle mérite d'être sue et entendue de toute la chrétienté*. »

Il y eut bien là de la natreté ' à l'empereur ; car s'il eust voulu, il eust fort bien parlé françois ou italien au pays et au lieu où il estoit, voire allemand et flamand, son pays natal, s'il eust fallu; et il les eust bien rendus à quia, car il sçavoit toutes ces langues ; mais il ne voulut parler que l'autre, possible pour faire despit à ces messieurs les ambassadeurs et à aucuns cardinaux françois et autres partisans du roy. Ou bien le fit-il par un desdain et bravade et ostentation, pour honorer mieux sa langue et aussy (ainsi que j'ay dict) que

1 . Sehor obispo, entiendame si quiere ; y no espère de mi otras palabras que de mi lengua espahola. la quai es tail noble, que merece ser sabida y entendida die toda la gente christiana.

2. Espièglerie. — En langue d'oc, on dit encore natraria pour plaisanterie.

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ceste langue est fort bravasche et fort propre pour menaces. Ce monsieur l'ambassadeur eut tort en cela ; car il le devoit laisser parler, et l'escouter et l'entendre bien, et puis le payer de mesme monnoye, et luy faire sa response en françois, sans descouvrir son asnerie ; mais possible n'eust-il peu entendre son discours ainsy espaignolisé. Ainsy les fautes que luy et son compaignon firent, et qui cuyderent porter préjudice à nostre roy, en font foy de cela. J'en ay escrit assez dans le discours que je faits de ce grand roy.

Tant y a que ces ambassadeurs et autres qui tiennent leur place ont grand tort et grand honte de n'apprendre les langues pour s'en servir au besoing, coipme estoit celuy-là ; et monstrent bien qu'ils sont de grands veaux, oui ne sçavent et ne parlent que la leur langue ae veau. Et ressemblent un certain evesque de France, qui alla au concile dernier de Trente sans argent et sans latin, et retourna de mesmes. Quel embarquement sans biscuit, et quel retour aussy ! Que diable peuvent faire ces gens qui n'ont nul exercice plus honorable pour eux que d'estudier, et ne sçavoir que leur langue; car, quant à la latine, le temps passé n'en sçavoient gueres; les autres qui crachoient quelque latin, c'estoit quelque latin de breviere, mal raffiné et tamisé. D'autres l'ont peu bien parler, mais c'estoient des oyseaux rares, ainsy que fit M. le cardinal de Bellay, quand il harangua le pape Clément, au lieu de Poyet, qui fit le sot, et perdoit Fhonneur de la patrie sans ce grand cardinal.

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qui rabillâ tout. Pour le temps d'aujourd'hui, nos prélats se sont ravisés, qui commencent à tirer des armes et à desgainer le latin. Dieu mercy! les huguenots, qui leur ont tant faict la guerre qu'ils les ont aguerris (et de mesmes armes qu'ils les avoient battus d'autrefois), maintenant les battent, dont c'est bien employé. Que diroit-on a'un certain ambassadeur* françois que j'ay cogneu? Luy, ayant demeuré six ans en Espaigne, en retourna aussy mal en parlant ta langue comme si jamais il n'y eust esté. Et disoit-on qu'il ressembloit le perroquet de madame de Brienne, qui avoit demeuré vingt ans en cage, et n'avoit jamais peu apprendre à parler un seul mot; proverbe ancien du temps des roys François et Henry, nos grands roys, et qu'on practiquoitàla cour envers ceux qui n'avoient rien appris ny rien sceu dire.

Or pour reprendre encore mon discours, M. de Lansac disoit qu'il est très nécessaire Qu'un ambassadeur entende et parle le plus de langues qu'il peut, pour s'en servir à la nécessité aux lieux où il sera, et meçmes pour l'espaignolle, latine, françoise et italienne; car pour les autres elles sont difficiles, et pour ce ils en sont excusables. Mais pour ces quatre, ils en doivent estre taxés et blasmés s'ils ne les sçavent, non pas pour les practiquer ordinairement et en taire litière, comme on dict, mais pour quelquefois, pour la nécessité, pour la gentillesse, pour rhonneur, pour la gloire, voire pour quelque pstentation, et pour dire que l'on en sçait d'autant.

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Et plus en doivent faire nos grands rovs et

f)rinces, qui doivent tousjours honorer leurs angues. Et^ quant aux estrangeres, il les faut reserver pour manière de devis, de causeries, de mots à propos, de gaudisseries, bravades et gentillesses, afin aue d'autant plus ils se rendent admirables ae sçavoir plus que leur langue naturelle, ainsy que faisoit ce grand roy François, qui, aux grands affaires, ne se deferroit jamais de son beau parler françois, et n'en parla autre devant le pape Clément, le pape Paul, à Marseille et à Nice, et avecques Pempereur Charles passant en France. La reyne de Navarre, sa sœur, si sçavante et bien disante, bien qu'elle sceust parler bon espaignol et bon italien, s'accommodoit tousjours de son parler naturel pour choses de conséquence; mais quand il falloit en jetter quelquelques mots à la traverse des ioyeusetés et gallanteries, elle monstroit quelle sçavoit plus que son pain quotidien. Nostre grand roy Henry II parioit si bien espaignol qu'homme de son royaume, pour avoir esté assez en cage dans l'Espaigne et en ostage pour l'apprendre; mais il ne parioit jamais que son françois avecques les Espaignols, mesmes quand il y alloit d'affaires d'importance; mais pour dire le mot, et de faire une rencontre espaignolle, il la faisoit fort bien et de fort bonne grâce. La reyne sa femme, et mère de nos roys, parioit encore fort peu son toscan avecques ceux de sa nation pour grands affaires, ainsy que le roy son mary, portant en cela l'honneur qu elle devoit au royaume où elle ayoit pris

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sa grandeur et bonne fortune. La reyne Marguerite sa fille, bien au'elie entende la langue italienne et espaignolle, et Qu'elle les parle aussy disertement comme si elle avoit esté née, nourrie et eslevée toute sa vie en Italie et Espaigne, elle en use de pareille façon en de grandes choses ; mais pour alléguer de belles rencontres et gentils passages, et bien dire les mots, elle n'en cède à aucune personne, aussy bien qu'en sa langue françoise, tant elle a l'esprit grand et subtil. Nous autres petits compaignons, si nous sçavons ces langues, il est très-bon que nous les parlions et les practiquions ; mais il les faut sçavoir parfaitement pour ne nous faire mocquer si nous yfaillons : aussy si nous nous en sçavons acquitter trèsbien, nous nous en rendrons bien plus aimés, honnorés et estimés, tant à l'endroict des plus petits qu'à l'enaroiçt des grands ; ainsy que m'arriva une fois parlant au roy d'Espaigne, qui fit plus d'estime de moy qu'il n'eust fait quand il m'entendit parler sa langue, ainsy que j'ay dict ailleurs (comme de vray, pour lors je la parlois très bien) et s'en estonna, et m'en fit très bonne chère. Il faut que je me vante de cela en passant*.

Or, pour faire fin, j'allongerois volontiers ce discours (qui est très beau) si j'estois aussy capable et aussy bien disant que ledict M. de Lansac, duquel j'en tiens la plus grande part ; car il s'entendoit très bien en telles matières pour avoir esté par diverses fois, et pour le

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