Fines, du latin cautus
100 Livre II, Chapitre II.
Je 1-ay ouy conter à Naples à un seigneur plein de foy et vérité, d'un gentilhomme de là mesmes. L'un fust appelle par un autre, pour quelques parolles qu'il disoit avoir tenu de luy. Ce gentilhomme s'en alla àl'estaquade sur la parolle de celluy qui le vint appeUer, et d'un autre tiers, auquel il se fioit fort pour sa prud'homie et gentillesse d'armes, luy tout seul sur la parolle de l'appellant. Estant dans le camp, tue son ennemy, et s'en voulant retourner l'appellant luy dict qu'il luy desplaisoit fort de veoyr un tel spectacle, et que mal il luy sieroit s'il luy estoit reproché à'son retour s'il n'avoit vangé la mort de son amy,7et qu'il ne se battist contre luy. L'autre^ luy respondist tout froidement : « Ne tient il « qu'à cela .f^vrayment, je le veux. » Etvenans aux mains, le gentilhomme napolitain le tua aussitost de gallant homme. Le tiers, qui fiist spectateur de tout, et qui estoit aussy vaillant que les autres, luy dict : « Vrayment, vous « vous en retournez avec une fort heureuse « et belle victoire. Que si vous n'estiez si las « comme je vous vols, pour avoir eu tout à «coup affaire à deux, j'essayerois de vous « oster la moytié de vostre heur et honneur ; « car résolument nous nous battrions; mais « ayant esgard à vostre lassitude, je remets « la partie à demain, vous priant de vous « trouver à telle heure en ce mesme lieu, où « je ne faudray m'y trouver ; car il me fasche « tort de veoyr mes compaignons morts, que « je ne vange leur mort. » Ce gentilhomme luy dict : « Rien moins que cela. Je ^e suis point
Discours sur les Duels. ioi
« las. J'ayme autant me battre tout chaud et « tout à ceste heure et annuit ' que demain, « et me sens aussy frais comme si je n'eusse « point combattu. Parquoy passons en nos « fantaisies de tous deux , sans remettre à « demain. » L'autre le prit au mot, et venans aux mains, ce Napolitain en fist de mesmes [comme] des autres deux, et le tua de pareil heur, et les laissant là tous trois morts à la garde de Dieu pour estre enterrés, s'en retourna sain et sauve. Voylà un grand miracle de Mars : et jamais ne s'en parla d'un tel, durant les chevalliers errans parmy les histoires, car elles sont fauces; et ce conte s'il est vray, c'est un grand faict, et autant admirable qu'il peut estre véritable. En quoy se peut notter beaucoup de particularitez que je laisse à plusieurs discourir : entr'autres de la fiance que prist ce brave gentilhomme de ces trois, pour s'aller battre sur leur paroi le sans nul second ; puis l'asseurance et la bravetté qu'il eust de se battre ainsin contre ces trois l'un amprès l'autre; dont, selon toutes les loix duellistes^, légitimement il se pouvoit excuser, et remettre la partie au lendemain ou autre jour. De plus, faut noter la fortune grande qui l'accompaigna, dont on n'ouyt jamais parler de telle. Je donne ce conte pour tel qu'on me l'a donné.
Du temps du feu roy Charles IX% dernier mort, fust faict un combat en l'isle du Palais, entre un gentilhomme de Normandie (dont j'ay oublié le nom) et le petit chevallier de