Le 7 août 158), un dimanche
Discours sur les Duels. 109
baron de Vitaux* par Millaud* à se battre encontre luy à une lieue de Paris, en beaux champs*. Ne faut point demander s'il faillist 'à s'y trouver; car il estoit un des courageux gentilshommes qu'on eust sceu veoyr; ses beaux faicts en ont faict la preuve. Il fust concerté entr'eux deux que leurs seconds (bien qu'ils fussent très braves et vaillans) ne se battroient point ; car ils estoient fort grands amys. Celluy de M. le baron visita Millaud; et celluy de Millaud visita le baron, pour veoyr s'ils n'estoient point armez. Aucuns des parenset parentes du baron disoient et afîermoient que le second du baron fust trompé, d'autant que, combattans en chemise, ainsin que celluy du baron voulut visiter Millaud et le taster. Millaud deffaisant le devant de sa chemise du costé de la poictrine, la luy monstra à plein, laquelle ne visitant autrement, et croyant que ce fust sa propre chair, le laissa. Mais voicy le pis que disoient ceux que j'ay dict, que ledict Millaud estoit couvert d'une petite légère cuyrassine sur la chair, laquelle estoit peincte si au naturel et au vif de la chair, que par ainsin ledict second fut trompé en sa veue.
C'est à sçavoir si cela fust, et si un peintre peut ainsin représenter une chair sur au fer? Je m'en raporte aux bons peintres si cela se peut faire. Autres disoient qu'il y pourroit