Uguéf le quai
i84 Livre II, Chapitre 11.
qui luy vouloît dire un mol. M. de Bossy, qui estoil iiaut à la main et le plus desdaigneux homme du monde, luy dict : a Jeune homme, Bussy ne se bat jamais la nulct, et n'a jamais apris de monstrer sa valeur aux estoiles ny à la lune, qui n'est assez digne pour la contempler ny la comprendre si non au soleil, lequel, comm' il est clair, la feict paroîstre et esclairer comme elle est. Ceux qui ont leurs faicts obscurs et ténébreux, qu'ils les exposent aux ténèbres s'ils veullent, car la nuict n'a point de honte; mais demain au matin, aussitost que le soleil sera levé, je ne faudray à me trouver au lieu que vous dites, ou ailleurs, s'il s'en ravise, et venez avec luy, et amenez deux pionniers hardiment avec vous; car advant que partir de la place du combat, je vous veux faire enterrer tous deux, pour l'honneur que nous devons aux Irespassez. »
Il y eut force grands capitaines qui approuvoient l'humeur de Bussy en cela; toutesfois, si ce fust esté un autre que Bussy, l'on y eust
Ïiensé quelque manque d'hardiesse ; mais celuy à en avoit à vendre. Il pouvoit avoir apris ceste générosité de son cœur brave, ou du trait oue fist Alexandre ', lequel, en la seconde battaille qu'il donna à Darius, comme il fust conseillé par aucuns de ses grands capitaines qu'il le surprist de nuit, et qu'il avoit la victoire, à quoy respondist Alexandre : u Ah ! je ne veux point desrober la victoire. « Comme voulant dire qu'il ne vouloit faire cest hon-