‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 107 sur 164 · I . Nec Hercules ûdversus duos · texte numérisé non relu

I . Nec Hercules ûdversus duos

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a paignon se batte que je ne m'en mesle : par << quoy arrestez vous. » A quoy promptement, sans s'estonner, respondit Genzac : « Et « comment ; n'a t on jamais veu un homme « seul se battre contre deux ? Et mort Dieu les « histoires en sont toutes pleines. Etpourquoy « n'en ferois je tout autant? Çà, çà, venez « donc vous deux. » Mais, ainsin qu'ils estoient à en venir là, ils furent -séparez. En quoy on loue la rodomontade dudict Gensac, aller faire telle allégation d'histoires, comme s'il eust discouru avec quelqu'un de sang froid, ou qu'il eust beu ou laict carous * à tous deux, et quand on lui demanda ce qu'il pensoit faire, amprès estre séparez et sur l'accord, il respondit, naifvement : « Et mort Dieu, je me « voulois faire mettre dans les chroniques. » Sa partie pourtant ne'fust pas*esté bien faicte, car il avoit affaire à deux mauvais garçons et rudes joueurs.

Je me suis, possible, un peu extravagué en ceste disgression, mais elle n'est entrevenue non, possible, mal à poinct ; et pour retourner et abréger je dis que les Turcs se moquent fort de nos querelles, combats et tueries. Au combat de feu mon oncle de La Chastaigneraye, parmy la grande et superbe assemblée au'il y avoit, s'y trouva grande quantité d'ambassadeurs honorables, voyre de toutes parts, et entre autres celluy du grand sultan SolUiftan, lequel s'estonna fort, et trouva fort estrange

I. Faire carous ou carrousse, c'est faire bonne chère, surtout boire beaucoup. Ménage dérive ce mot de Tallemand gar ans, tout à fait vide. Il s'agit des verres.

ce combat de gentilhomme françois à françois, et surtout d'un favory de roy à un autre, les allant le roy mettre ainsin et exposer en un tel carnage et massacre. Eux ne font pas cela, et tout leur poinct d'honneur le mettent à bien servir leur prince, et soustenir et prendre sa querelle en guerre. Nous autres chrestiens nous sommes plus qu'eux; car nous nous sçavons battre en combats singuliers et généraux, et sçavons très bien foire et l'un et l'autre; en quoy sommes doublement à louer et à n'endurer ny parolles injurieuses ny desmentys, car qui les endure n'est nullement courageux, ny ne peut estre vray noble, comme disoit le roy François premier. Les Grecs anciens disoient que ces combats appartenoient aux barbares.

Les anciens braves Romains ont esté de la mesme opinion que les Grecs et les Turcs, et n'ont nullement approuvé tous ces duels et combats, ny ne se sont enfoncez en nos poincts d'honneur de nous autres chrestiens, ainsin que j'en ay veu discourir à des gens sçavans et grands capitaines, qui ont mis le nez dans les lettres et recherches de ces combats. Nous lisoijs le combat furieux des Horaces et Guyraces. Nous lisons bien dans la vie de Marcellus, de Plutarque, qu'il avoit plusieurs fois combattu en camp clos, et tousjours sorty vainqueur et force autres de mesmes qui ont combattu. Nous lisons d'un Statylius, qui avoit combattu vingt deux fois en duel, et toujours vainqueur, mais c'estoit d'ennemy à ennemy, d'estranger à estranger, comme Tor-

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quatus et Corvinus. Scipion* aussy tua en Espaigne un grand et fort barbare qui Tavoit provoqué.

Nous lisons bien dans Tite Live* que ce mesme brave Scipion ' fist exhiber des jeux en Espaigne très beaux, pour les honnorables obsèques de ses feus père et oncle, et pour les rendre plus cellebres, s'y firent plusieurs combats et battailles singulières; et entre autres, estant sorty différend entre deux cousins, Ortua* et Corbis, pour certaine jurisdiction, ils se rapportèrent à ce qu'en decideroit Tespée par devant Scipion. Nousjisons aussy dans le mesme Tite Live*, d'un combat qui se fist devant Capoue, d'un Jubellius, Capouan, et d'un Asellus, Romain, à la veue des deux camps, et se desfierent par le congé de leurs généraux. Là mesmes se lit aussy • un beau deffy et combat d'un autre Capouan, nommé Badius, contre un Romain, nommé Quintius Crispinus, et fust plustost de gayetté de cœur que pour autre subject; car ils avoient estez paradvant fort grands amis, et le Romain alla au combat mal volluntiers pour cela, disant et s'excusant qu'ils avoient et l'un et l'autre assez d'ennemis dans leurs camps pour s'entrebattre et s' entretuer, sans qu'il fallust qu'eux

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