Jean Bouchard, baron d'Aubeterre
222 Livre II, Chapitre II.
toyer son gouvernement de tels ravageurs et ravoir sa place , et tente les moyens ordinaires et premiers, par sommation de trompette; mais n'y voulurent entendre. Parquoy les va assiéger avec un fort beau appareil et attirail d'artillerie, et non point de petit compaignon. mais digne d'un grand seigneur comme luy. Sur ces entrefaictes ledict Aubeterre envoyé un cartel à M. d'Espernon pour l'appeller au combat. Mais M. d'Espernon en peu de mots luy respond ainsin : « Je m'en vais c( pour le service du roy où ma charge m'ap- « pelle : ayant faict là, je parlerai à vous. « Cependant je suis fort homme de bien et « d'honneur, et quiconque voudra dire du (( contraire en aura menty. » Et sur ce poinct part avec ses troupes et va faire son siège de Villebois, le prand en moins de huict jours, contre toute 1 espérance de tout le monde, qui croyoit que d'un mois ne le prendroit, et ce à la barbe dudict sieur d' Aubeterre, qui estoit dans son chasteau d' Aubeterre, retiré avec ses gens sans donner une seule allarme au camp de M. d'Espernon, qui n'estoit pas si grand, ny si bien eardé, qu'il ne deubst estre un peu esveillé et fatigué, et ne secourut nullement son frère ny ses compaignons , auxquels ïl avoit donné de belles parolles ; et furent la pluspart tous pendus et tuez. Amprès cela, M. d'Espernon part et s'en va en Perigord luy prendre le chasteau et ville de Nontr.on, sans qu'il luy en fist empeschement le moins du monde, encore qu'il eust faict une belle assemblée d'honnestes gens que je sçay et
Discours sur les Duels. 223
cognôis, ausquels ne tint nullement qu'ils ne vinssent aux mains, ce disoient ils.
Là dessus j'ay veu discourir à beaucoup de bons capitaines, n'eust il pas mieux valu audict sieur d'Aubeterre de combattre en foulle M. d'Espernon, puisqu'il alloit de la cause du gênerai, que de s'aller amuser à composer son cartel et altérer sa plume ; duquel cartel seul ne se contenta, mais en alla encore faire je ne sçay combien d'autres si grands et si amples et longs, que l'on disoit qu'ils sembloient mieux ses leçons qu'il avoit apris à Genève, où il avoit esté né. eslevé et endoctriné, que cartels de cavalliers, qui doibvent estre les plus brefs que l'on peut.
Nonobstant, M. d'Espernon, amprès avoir mis ordre aux affaires du public, ne laisse à vouloir entrer, ce disoit on (d'autres disent non), en estaquade et s'offrir d'aller dans Blaye sur la paroile de M. de Lussan, encore qu'il fust plus amy dudict Aubeterre aue de luy, et s'offre encore d'aller dans la oasse cour * de M. le marquis de Tràns, mais il s'y trouva des difficultez. Ceux du party de M. d'Es-
f)emon disent cela, les autres le nyent ; c'est e moindre des soucys. Cependant M. d'Espernon ne chauma point et tuy faict la guerre a telle outrance qu'il le contrainct à quitter le party de la Ligue, ^t pour sa seureté et de son chasteau, de prendre celluy du roy, et de l'aller trouver en France, et luy demander pardon. Estant là, il se remet encore sur la