De n militari f paru à la fin du quinzième siècle. Bran
26 Livre II, Chapitre IL
festes et magnificences, le bal ouvert dans la grande salle de son chasteau de Gayette, elle
[)rit, pour la mener dancer, le seigneur Gaëazzo, de Mantoue, gentilhomme fort accomply de ces temps; et, la dance finie, il luy fist une grande révérence le genouil en terre , et la remerciant très humblement de l'honneur qu'elle luy avoit faict. Ne sçachant en quoy la recognoistre par aucun service condigne, luy fist vœu d'aller errant qui çà qui là parmy le monde, et tanter tous hazards et faicts chevalleureux, à toutes heures et rancontres de chevalliers errans, jusques à ce qu'il aurolt vaincu et conquis par armes deux vaillahs chevalliers, et les luy eust amenez à ses pieds pour luy en faire présent, et d'en disposer comme Don luy semoleroit. Telles courtoisies se randoient le temps passé parmy les chevalliers envers les dames, selon l'usance des chevalliers errans. La fortune fust si grande pour ce gentilhomme, que dans l'an il fist et s'hazarda tant, qu'il conquit en Bourgoigne, et en Bretaigne, et Angleterre, sa proye, et accomplit son vœu envers la royne, et amena ses prisonniers. Mais elle, très gentille, bonne et très courtoise (aussy estoit elle pour lors la plus belle princesse du monde et la meilleure, et estoit elle aussy sortie du noble sang de France), ne voulut envers eux user d'aucun privilège cruel practiqué de ces temps envers eux, pour les retenir en vile et serve condition comme esclaves; mais les receut
thdme s^est servi de la traduction italienne, publiée k Venise en 15 21.
très humainement, leur fist une très bonne chère, leur donna congé et liberté tout ensemble, les renvoya avec quelques presens encore, et s'en allarent ainsin très contans d'avec elle, grand mercy à sa bonté, beauté et générosité; car elle en pouvoit faire comme il luy eust pieu. J'en fais ce conte mieux en sa vie. Voylà pourquoy ce docteur Paris a raison de louer ce traict et desapprouver celuy des chanoines de Sainct Pierre ae Rome. Sur ce ledict vénérable docteur Paris de Puteo* se met à exalter (comme de raison) ceste généreuse royne, pour ce beau traict, en deorimant et meslouant fort celuy que firent lesdicts chanoines de Sainct Pierre de Rome à l'endroit d'un pauvre diable de chevallier, lequel ayant esté vaincu par un autre qui l'avoit voué pour penitance et donné auxdicts messieurs lés chanoines, l'acceptarent de très bon cœur, sans luy faire aucune grâce ni courtoisie libre, ains le menarent et le contraignirent là, qu'il se pouvoit aysement et librement se pourmener dans l'église comme bon luy eust pieu, et de se présenter devant la porte et d'adviser le monde de là en hors, mais l'outrepasser d'un pas seul, non, tant il estoit encore plus misérable ; et le gardarent ainsin longtemps en cest estât misérable, certes pire
aue la mort. Voylà pourquoy le vénérable octeur a raison d'exalter ladicte royne Jehanne, et déprimer messieurs lesdicts chanoines '* Bref, selon les loix lombardes et