‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 131 sur 164 · Henri de Navarre · texte numérisé non relu

Henri de Navarre

7. Déclaration du roy de Navarre contre les. calomnies publiées contre luy, i.j8$, in-8».

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les autres n'eussent nullement refusé le combat, auquel, sHls fussent venus, se fussent bien battus, car ils estoient quatre braves princes, et vaillans combattans.

Il fust un bruit sourd à la cour, du règne du roy François second, que le roy de Navarre * mal content de quoy il ne tenoit le rang près la personne du roy, comme luy appartenoît, vouloit en faire de mesme et présenter le combat à M. de Guyse ', et prenoit pour son second M. le prince de Condé, qui dès la journée d'Amboise, en vouloit à M. de Guyse : nos histoires en disent le subject.

M. de Guyse estoït tout prest de l'accepter, je sçay bien ce que j'en çuys dire à un grand, et avoit pf is pour son second M. le grand prieur de France » son jeune frère, très brave et vaillant prince, dont j'en parle ailleurs ; le choix n'en estoit poinct niauvais parmy ses autres frères. Il faut présumer que ces quatre vaillans champions, entrans dans le camp, eussent rendu un combat très furieux. Les choses n'allarent point plus advant, pour les raisons que je dirois bien.

Sur quoy je feray encore cette petite digression : que lors duaict règne du roy François second, vinrent à la cour, à Sainct Germain, la plus grand' part de ses grands capitaines et chevalliers de son royaume par son

1. Antoine de Bourbon. Il est inutile de faire observer qu'il n*y a rien de moins probable que ce projet de duel entre si grands personnages.

•2. François de Guise.

|. François de Lorraine.

Discours sur les Duels. 245

mandement, pour adviser aux affaires de son royaume, qui commançoit à se troubler.

Pârmy eux se trouva M. de Montluc, lequel lin jour entretenant à sa façon bravasche et libre M. de Guyse, vint à tumber sur le roy de Navarre, et luy dire comm' il l'avoit veu à Nerac; et l'ayant trouvé fort mal content de luy de Quoy il tenoit le rang près Sa Majesté Qu'il debvoit tenir, il luy avoit dict quMl luy aebvoit. faire entendre son mescontentement, et le faire plusto^t appeller sur ce différent et le vuyder de sa personne à la sienne, et qu'il n'y avoit meilleur expédient que celluy là, et qu'il s'asseuroit tant de la valeur de M. de Guyse, qu'il ne reffuseroit ce party. A quoy M. de Guyse tout froidement respondict :

«Montluc, les parolles que vous me dites, « me les dites vous de la part du roy de Na- « vatre, qu'il vous en ait donné charge, ou de « vous mesmes qu'ayez entrepris de les dire ?» M. de Montluc lui respondict : « Monsieur, je « ne les dicts que de moy mesme, parce que « je voy que le royaume s'en va brouillé fort « par vos particuUieres divisions, et que je « m'asseure tant de vostre valleur que ledict « roy, vous offrant ce beau party. vous ne le « rettuserez point, et par ainsin le royaume <t demeurera en paix par la mort de l un ou « de l'autre, ou de tous deux. — Vrayement « Montluc, à ce que je voys (respondict M. de « Guyse, tout en collere froide), vous estes « devenu fort politique depuis que ne vous ay « veu; je suis d'advis que le roy vous fasse a son chancelier, et si vous estes un beau

t^è Livre II, CHAPiTRE II.

a faiseur de combats. Il vous semble que « vous estes encore en vostre Piedmont , « parmy vos gens de pied, où vous les faisiez « Dattre comm' il vous plaisoit, et comme la <( quinte vous en prenoit. Le roy de Navarre « et nfioy, nous ne sommes point de vostre « gibier, cherchez en d'autre ailleurs. Le roy « de Navarre et moy nous nous cognoissons « il y a longtemps ; je le tiens pour, un des « braves etvaillans princes du monde. Il sçait a bien aussy ce que je sçay faire. Lorsqu'il a me fera entendre ae ses nouvelles, je luy <c fairay aussitost sçavoir des miennes. Allez, « souciez vous de vos affaires, et non des « nostres. » Qui fust fort estonné ? ce fust M. de Montluc, et à belles excuses, qui au bout de quelque tems furent receues, car M. de Guyse Taymoit fort, comm' il luy monstra despuis en plusieurs endroicts que je dis en sa vie. J'appris ce conte de bon lieu, le lendemain que l'on voyoit M. de Montluc fort estonné, et point braver comme auparavant; car M. de Guyse, outre qu'il gouvernoit tout lors et estoit en très grande faveur, il avoit de quoy par sa valeur pour estonner un homme. Voilà comme il ne se faut pas mesler légèrement des querelles et discordes des grands. Nous tinsmes aussy à la cour, qu'amprès la prison de mondict sieur .le prince de Condé à Orléans, et sur son innocence, il voulut quereller mondict sieur de Guyse et l'appeler, mais cela fust accordé * parla sagesse de

' I. 24 août 1561.

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la royne mère, qui fist là un grand coup, car il y eust eu là de grandes brouilleries; j'en parie ailleurs.

Nous lisons dans V Histoire de Naples * et ailleurs, comment ce brave Charles I*', roy de Naples et de Sicille',et Alphonce^ roy d'Arragon, eurent entr'eux grande querelle pour le royaume de Sicille et pour ce s'assignarent le combat par le consentement des deux parties et ordonnance du pape devairt Bourdeaux, estant pour lors au roy d'Angleterre, duquel il voulut estre juge, et leur permit. Charles, courageux François, ne faillit dans le temps assigné, ayant traversé toute l'Italie et la France, avec toutes les condictions et trouppes de gens ordonnez par le juge, de se trouver de bon matin au jour qu'il falloit, et là attendre son ennemy le matin jusqu'au soir ; et voyant qu'il ne venoit point, et se faisoil tard, ny sçachant nouvelles autres de son. ennemy, ayant envoyé de toutes parts, il s'en alla: et reprint son chemin par où il estoit venu. Mais Alphonce, qui estoit un fin et caut Espaignol, avoit faict dresser des postes et ■mettre des chevaux de relais et frais, si secrettement que nul n'en sceut rien, ny s'en apperceiit, prit la poste, fist si grand' dili-

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