Livre II, Chapitre IL
loit on alors, comme aujourd'huy defïy soleînnel), et ce à son propre et privé nom, comme font les princes d'un à d'autre; ce qui fust trouvé fort nouveau, mauvais et estrange, attendu que ledict Viry n'estoit qu'un simple gentilhomme au prix de ce grand duc de Bourbon. Si est ce que ce simple gentilhomme luy fist fort la guerre, en luy prenant plusieurs places et chasteaux, tant en Dombes ûu'en Baujolais, sur les frontières de Bresse, aont le duc Louys conceut grande haine contre le duc de Savoye Amé, son nepveu; car il se doubtoit bien que ce Viry avoit esmeu ceste guerre à la suscitation de son maistre ledict comte, car, sans luy, il se doubtoit bien aussy qu'il n'avoit pas grands moyens ny puissances ae tenir telles forces sur pied. Aucuns disoient que ledict Viry avoit esté secrettement suscité par le duc Jehan de Bourgoigne qui portoit une dent de laict audict duc Louys de Bourbon, il y avoit longtemps, par les divisions entre les Orleanois et Bourguignons. Pour résister donc audict Viry, le duc Louys assembla le plus de ses amys qu'il peut, et envoya premièrement sommer le comte de Savoye de luy mettre entre les mains ledict Viry. A quoy le comte (qui eust peur) fist response que ceste guerre n'avoit estée commencée ny faicte en son adveu ny subjection, et qu'il en seroit bien marry. Sur quoy fust accordé et arresté par les capitaines, tant d'un costé que d'autre, que ledict comte mettroit ledict Viry en la puissance du duc de Bourbon . son oncle, à la charge et condition toutesfois
qu'il le tiendroit comme prisonnier de guerre, en ses prisons dans lesquelles se rendroit ledict Viry, et s'offriroit de satisfaire les dommages et interests que le duc aurolt souffert de luy en ceste esmotion de petite guerre, et tiendroit prison jusques à ce qu'il auroit satisfaict à tout, ainsin qu'il auroit esté convenu. Le tout fut accomply; et, Quelque temps amprès, ledict Viry fust délivré, et toutes choses appaisées; ce ne fiist pourtant sans avoir beaucoup pasty en prison, et de sa personne et de ses moyens.
L'on peut tirer de cest exemple deux bonnes instructions : l'une qu'il faut que les petits soient bien sages et advisez quand ou qu'ils se présentent d'eux mesmes, ou sont conviez et poussez par les grands de faire une folie contre d'autres grands, ou qui porte conséquence ; car s'ils ne la font bien à propos et ne l'exécutent de mesmes, ou qu'ils s'y trouvent engagez et embarrassez par quelque malheur, ils sont soudain desadvouez et reniez par leurs autheurs et factieux ', aymant mieux qu'ils courent le hazard et le péril et la honte qu'eux, ainsin que faict Pantalon à Zany ' quand il a faict du sot, et ainsin que fist Yvoy dict le jeune Genlis qui, ayant
1 . L'auteur appelle ainsi, je crois, les chefs d'une faction.
2. Personnage de la comédie italienne. Pantalon est un père noble, et Zani une espèce de pillasse. Les zani, < en une comédie ou farce, regardent leur francisquine comme à la traverse, et pub serrent les espaules, ou s'estendent bras et jambes en regardant de l'autre costé et faisans estranges mines » . Chapub, Les facétieuses journées, f» 233 v«.
284 Livre II, Chapitre II.
amassé quelque trois à quatre mille bons François pour aller en Flandres contre le duc d' Albe, fust surpris et rencontré par ledict duc, et furent tous deffaicts, au moins la plus grand*part, car il ne s'en sauva guieres qu'ils ne fussent pris, comme fut leur chef Genlis qui, amprès avoir enduré longue prison, y fust exécuté par sentence. Le duc d'Albe envoya vers le roy Charles sçavoir s'il les envoyoit; il dict que non. Dieu mercy, qu'il n'avoit faict rien qui vaille, et ne vouloit point que pour une faute. mal faicte le roy d'Espaigne lui voulust mal et se declarast son ennemy, et qu'un petit desadveu r'habilleroit le tout; mais si Yvoy eust conquis ce qu'il avoit promis, et pris de bonnes villes en Flandres, comme il y avoit apparence pour lors, et qu'il n'eust esté ainsin pris et deffaict, sans point de faute son cas fust bien allé pour luy et pour le roy ^
Nous avons un pareil exemple du seigneur du Allot qui, autheur de l'entreprise du chasteau d'Angiers, parce qu'elle alla très mal pour luy et qu'il n'y vint à bout, il fut desadvoué de celuy qui la luy avoit consentie et avoit esté bien ayse qu'on la fist; parquoy il fiist exécuté à mort ignominieusement par un bourreau*.
1 . Genlis avait été envoyé par Coligny en i $72 au secours de la ville de Mons, assiégée par les Espagnols, avec environ trois mille hommes, volontaires la plupart huguenots. Cette expédition s'était faite sans Taveu du Roi, et pendant que la France et TEspagne étaient en paix.