où on avait relevé la neige
Discours sur les Duels. 41
mitez ; aussy avoient ils raison, car cela ne sent point son prince ny son seigneur chrestien, d'aller paistre et saouler ses yeux humains d'un spectacle de telles cruautez inhumaines jusqu'à l'extrémité ; car le lyon, le plus fier et cruel des animaux, quand il a vaincu et porté par terre son ennemy, le laisse là et s'en va.
Parmy les faicts mémorables de M. de Bavard, il se parle d'un beau combat de luy, qu il fist au royaume de Naples, contre un galland capitaine espaignol, qui se nommoit Don Alonzo de Soto Maior > ; lequel ayant esté prisonnier de guerre de M. de Bayard, et en ayant pris quelque mescontentement, publiant qu'il l'avoit très mal traicté, et non en cavallier qu'il debvoit estre, c'estoit pourtant contre raison qu'il disoit cela, car au monde il n'y eust plus courtois que M. de Bayard. Par auoy, luy bien ennuyé des propos qu'en tenoit 1 Espaignol, l'envoya desfier de sa personne à la sienne en camp clos ; ce que l'autre accepta, fust à pied, fust à cheval, et brava fort, et Qu'il ne se desdiroit onc de ce qu'il avoit dict de luy. Le jour donc assigné estant venu, M. de La Palisse, accompaigné de deux cens gentilshommes, emmena M. de Bayard, son champion, monté sur un beau coursier habillé de blanc, par humilité, dict le conte, pensant combattre en cest estât; mais Don Alonzo, à qui appartenoit l'élection des armes, dict qu'il vouloit combattre à pied, tant parce qu'il