Jean de Tlsle-Marivaut
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rolles*, jeune gentilhomme aussy comme l'autre, et fort brave et vaillaint, et résolu, ainsin qu'il en avoit faict plusieurs belles preuves, qui le prist au mot aussitost. Estant donc l'heure du combat assignée venue, comparurent en braves combatans tels qu'ils estoient*, armez en hommes d'armes, et chascun .monté sur un bon cheval. M. de La Chastre, qui est un aussy bon homme d'armes comme il est bon capitaine, estoit parrain du seigneur de Marolles, lequel ayant instruit et dict à son filleul ce qu'il falloit dire, le seigneur de Marolles luy demanda comment son ennemy estoit armé a la teste, f^pn de casque ou d'une sallade'; il luy dict quec'esr toit d'un casque seulement. « Tanthiièux », dict il, c( monsieur. Reputez moy le plu$ mescfaant homme du monde, si je ne li^y f]p^ne de ma lance droit au mitan de la teste, et si je ne le tue. » A quoy il ne failiist pas; car toutaiiisin qu'il l'avoit dict il le fist. S'il eust voulu, selon les loix anciennes des duels et des deffys, il eust peu disposer du corps ainsin Qu'il luy eust pieu, comme de le traisner hors au camp et l'emporter avecques luy sur un
I., Claude de Marplle?, n^à Marolles fj^.i^: ^il ait le père du fameux coUectionneuf Michel de MaroUes, abbé de ViUeloin, auteur de Mémoires souvent cités et dans le^uels la relation du duel n'est pas oubliée. L'abbé de Villeloin dit qu'à la cour, en parlant de son père, on disait < le brave Marolles » .
2. Le combat eut lieu à Paris, derri^e les Clj^i"eux, quartier actuel de l'Observatoire.
j. Le casque laissait le visage à découvert. La salade avait une visière qui protégeait la figure.
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cheval ou sur un asne (cela s'e^t veu une fois en une de nos guerres, je ne diray point où *) ; mais luy, sage et courtois, avec l'advis aussy de MM. du Maine et de La Chastre, très sages capitaines, laissa le corps au parrain, parens et amis pour Penterrer, et se contenta de la raison et de la gloire, avecques laquelle il entra en beaucoup d'honneur dans Paris.
Certes et luy, et MM. du Maiae et de La Chastre, eurent beaucoup de considération en cela, car despit sur despit c'estoit trop amr près la mort duroy, et fust sorty possible du malheur : aussy qu'ilne courtoisie et gentillesse sont tous'jjurs plus à estimer que ses contraires.
Moy estant à Rome, durant le sede vacante du papePaulo IV% dit Caraffe, quî dura trois mots ', je vis faire plusieurs combats en camp cbs, entre autres un de deux hTsuves .soir dats romains qui avoient estez pourtatnt bons amis. Leurs armes deffencives estpient un morion en teste, et des manches démaille' assez longues et advantageusespar le devant:
les ofFancives estoient autie bonne espée et dague ; leurs gardes de i'ua et de l'autre furent fort basses et serrées, le corps par conséquent
1. L'auteur fait allusion au prince de Ck>ndé, tué' à Jarnac et transporté de là sur une ânesse.
2. Paul IV étant mort le 1 8 août ij$9/et Pie lY, sort successeur, n'ayant été élu que dans la nuit du 2$ au 26 décembre, rinterr^e dura plus que ne le dit l'auteur.
3. Je crois que par manches Je mailles l'auteur, entend une tunique à manches, couvrant le haut du corps. En se baissant, ils cachaient en quelque sorte leur ventrei, qui n'était pas protégé par la cotte de mailles.
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fort bas et pressé, afin qu'ils s'aydassent un peu de la maille du devant qui tenoit les manches pour garder le corps ; et de faict, ils s'en couvroient fort bien et l'un et l'autre, d'autant que lesdictes mailles n'estoient pas trop affinées >, mais assez longues et advantageuses, qui fust cause que ny l'un ny l'autre n'advisarentguieres au corps, mais aux cuysses, dont il y en eust un qui donna à l'autre une grande estocquade dans la cuysse, et luy fist une large ouverture, et jeta force sang. L'autre, se sentant aiiisin blessé, tire d'une grande fiirie une grande estocquade et deux grands estramassons coup sur coup à la cuysse de l'autre, sans pourtant que rien portast; mais encore fu^t il si malheureux, qu'en ruant ces grands coups, 'et l'autre en les parant, la dague luy eschappa, et ne luy resta que l'espée seule ; ^t se sentant en tel estât, il tint fort bonne Contenance et bonne garde, puis d^un visage assetiré il dict à son eiirtemy : « Encore que je ne sois qu'à demy armé (n'ayant ma dague), je te monstreray que je suis homme de bien et d'iionnêur. » L'autre luy respondist : «Il te servira, car j'ay bien l-esolu de ne te la laisser poittt firendre,. ny te faire aucun advantage ny courtoisie. » Cependant, le blessé s'afîoiblissant de son sang respandu, encore qu'il fist ce qu'il pouvoit, ne peut rien gaigner sur l'autre qui estoit rusé, et qui tousjours temporisoit ; et, le voyant chancelier, ores deçà, ores delà, ne le voulut poursuivre jusqu'à la
I . Dans rédition de M. de Montmerqué on Ut affamas, qui a le sens d'écourtées. Cette leçon me parait préférable.
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mort. Il luy dict fort courtoisement : « A ceste heure, je te veux traicter non en ennemy, mais en amy d'armes et d'ancienneté. » Sur quoy les parrains advisarent soudain de les séparer et arrester la fin du combat, dont peu de temps amprès furent reconciliez et rendus amis mieux que jamais.
J'en vis un autre peu amprès, de deux soldats corses, qui entrarentencamp. Ilsestoient couverts d'un jacque, ou chemise de maille, sans manches, et ce jacque sur leur chemise simple, sans pourpoinct, encore qu'il fist assez froid, car c'estoit en autonne sur sa fin. En la teste, ils avoient un morion ; et au bout du devant du morion, il y avoit enchâssée et antée une courte dague bien trenchante et bien pointue; et ce avoit esté faict en considération de celuy qui choisissoit et donnoit les armes, d'autant qu'il se sentoit plus foible que l'autre, et craignoit la prise et la lutte, à laquelle l'autre estoit adroit et fort; et puis, ils n'avoient qu'une epée seulement. Estans entrez dans le camp fort solemnellement, ils se tirarent plusieurs coups sans se blesser; quoy voyant, le plus fort et le bon lutteur vint aux mains et aux prises, et porte son ennemy aussitost par terre, sans que l'autre le desprist jamais, ny le desamparast, mais tous deux tumbarent ensemble, le plus foible pourtant dessous ; mais le malheur fust pour le plus fort, que tumbant il se rompit un bras ; ce qui fiist fort heureux au plus ioible. Estans donc ainsin par terre, ce fust à eux de s'ayder de la poincte de leurs dagues qui estoient antées
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aux morions , et s'en entredonnarent tant parmy le visage, dans le cou et aux bras, que tous deux demeurarent outrez de playes, et n'en pouvoient plus; et vous peux bien asseurer qu'ils combatirent tous deux en braves soldats, et quasy enragez et vrays Corses; laquelle nation certes a renom des plus courageuses et braves de l'Italie, sans taire tort aux autres. Enfin, les parrains les separarent en si misérable et piteux estât, sans emporter rien l'un de l'autre, soit en valleur, soit en honneur, soit en advantage, ny courtoisie.
Toutesfois, il y en eust un qui mourut au bout d'un mois, dont son compaignon en cuyda mourir de tristesse et ennuy : car ils s'estoient pardonnez et reconciliez, pensans tous deux mourir, ayans estez para vant grands amys. <
Voylà comment vont les volontez et fortunes des personnes en ces combats. J'alleguerois un'innnité d'exemples pareils aux precedans sur les courtoisies et discourtoisies, rigjueurs, cruautez, et sur les douceurs et clémences advenues en ces combats et duels ; mais je n'aurois jamais faict. Je me contenteray, pour ce coup, de ceux que j'ay alléguez, pour parler un peu d'aucuns abus que j'ay veu remarquer, qui se font, se commettent, et arrivent en ces combats. L'un des grands est : sur les fascheuses peines et dangers à faire deffier ses ennemys, leur envoyer les cartels, les subterfuges que l'on faict pour ne les recepvoir, les manifestes qu'il faut faire publier ; mais ce n'est pas tout. Les grandes
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despances qui s'y font, et principallement quand Pennemy mande à l'autre de faire provision de toutes sortes d'arfnes dont il se peut adviser, et quelquefois et bien souvant ne touchera point, ny ne parlera de celles dont il voudra combattre, ainsin que fist le seigneur de Jarnac à feu M. de La Chastaigneraye mon oncle, auquel il manda par un de ses cartels de faire provision de plus de trente sortes d'armes, tant de pied que de cheval, jusques à nommer les chevaux, comme coursiers, chevaux d'Espaigne, turcs, barbes, roussins, voire courtaux harnachez, les uns à la genette, les autres à la mantouane*, comme l'on disoit alors, les autres à grandes selles d'armes» et grandes bardes' et selles rases; et le tout se faisoit tant pour surprandre son ennemy, que pour le mettre en aespanse excessive, et luy faire d'autant consummer et diminuer de son bien ; de sorte que, si mondict oncle n'eust eu des moyens de soy, et ne fust esté assisté de son roy, son bon maistre, qui luy en fournist, et de ses amys, il eust succombé soubs le faiz, ce qui certes estoit un grand abus.
Aussy, dict mon oncle, lorsque ce cartel luy fust porté : « Jarnac veut combattre mon esprit et ma bource. »
Lorsque nous allasmes au siège de Malthe *,