N. Abadie, seigneur de la Bastie
7. Le 8 mars. 1486^, entre Vaugirard et Montrbuge, d'après TEstoile.
Branthôme, Vlïï, 7
98 Livre II, Chapitre IL
roy, qui estoit, et ne vouloit point ces combats. Ce ftjst pour un bon matin qu'il neigeoit à outrance, sans appréhender le mauvais temps. Nul ne vit le commancement ny la fin, tant ils conduisirent secrettement leur entreprise, sinon quelques pauvres gens passans., La fortune fust si bonne pour M. le oaron et ses deux confidans, que chascun tua bravement son homme et Festendit mort par terre.
Aucuns dirent que M. le baron de Biron, plus vaillant, prompt et soudain de la main (ainsin
au'en tous arts aussy bien qu'en celuy de Mars, y a des artisans plus prompts et diligens à faire leur besoigne que les autres), depescha son homme le premier, et alla ayd&c aux autres; en qupy il fist très bien, et monstra qu'avec sa valeur il ayoit du jugement et de la prévoyance, bien qu'il fust encor fort jeune,' et n'avoit point encore fait tant d'expertises * d'armes comme il en a faict despuis, qui l'ont rendu l'un des plus grands et vailîans capitaines ,de la chre&tienté. ainsin aue je le desçjris dans mon livre des granas capitaines françois et cspaignols que j'ay faict. Ceste susdicte prévoyance luy faisoit sa leçon pour ne se fier trop en ce dieu Mars, qui est le plus ambigu et le plus doubteux dieu de tous les autres. Que si on se laisse par trop aller à sa fiance, et ne fasse l'on cas de l'advantage qu'il vous a donné une fois, il le vous oste bien par amprès, et le vous faict cher couster; ainsin que possible mal eust pris, ou à M. de
|. Probablement ppDF apertisês, yiem^ mot qui se trouve fréquemment dans Froissart.
Discours sur les Duels. 99
Biron, ou à ses compaignons, s'il les eust veu et laissé faire, et ne les eust assistez; aussy estoit il trop courageux pour ne jouer la partie qu'à demy et en veoir le passe temps.
Ainsin doibt faire tout cœur généreux, et soustenir son compaignon jusqu'à la dernière goutte de son sang, si n'estoit que le camp mst été condictionné, ainsin que les Espaignols condictionnarent le leur que j'ay dict cy dessus contre les François, qu'ils limitarent soubs tel pache ' : qui passeroit outre le camp demeureroit vaincu et prisonnier, et ne combattroit plus de tout le jour; pareillement, celuy qui seroit mis à pied, ne combattroit non plus, et, au cas que jusaues à la nuict l'une bande n'eust pu vaincre l'autre, et n'en demeurast il que l'un à cheval, le camp seroit finy, et en pareil honneur, et pourroit ramener tous ses compaignons francs et quittes, lesquels sortiroient en pareih honneur que les autres hors du camp. Voylà de bizarres condictions dé camp, cautes* et subtilles, aussy à l'espaignoUe, et plaisantes aussy, xjui me font souvenir du jeu des barres, que l'un raschepte tous ses compaignons pris.
Voylà pourtant de grands cas, estre ainsin lié à ne secourir son compaignon : ainsin le veut la loi donnée, que si elle n'est, il faut mener les mains quoy qui soit. Autrement il y a un grand reproche.
Voicy un miracle de trois combats tout à coup, que je vais conter pour quasy incroyable.