I. Étant sans reproche et rendant grâce i Dieu, je
Opuscules. s)
DE SÇAVOIR QUI GIST SOUBS GESTE TOMBE, c'EST LE CORPS DE MESSIRE PlERRE DE BOURDEILLE,
En son vivant chevallier^ seigneur et baron de Richemond, et Sainct-Crespin, et La Chapelle Mommoreauy et conseigneur de Branthome; extraict du costidu père de la très-nobk antique race de Bourdeilky renommée de l'empereur Charlemaigne, comme [es histoires anciennes et vieux romans françois, itaiienSy espaignolSy titres vieux et antiques monumens de la maison le témoignent de père en fils jusques aujourd'huy ; et, du costé de la mère, il fut sorty de ceste grande et illustre race aussy de Vivonne et de Bretaigne, qui en porte les hermines pour cela en ses armoiries. II n'adegeneré^ grâce à Dieu, à ses prédécesseurs. Il fut homme de bien, d'honneur et de valeur comme eux, advanturier en plusieurs guerres et voyages estrangers et hasardeux. Il fit son premier apprentissage d'armes soubs ce grand capitaine M. de Guyse, messire François de^ Lorraine; et, pour tel apprentissage, il ne désire autre gloire et ios : doncaues cela seul suffise. Il apprit très-bien soubs luy de bonnes leçons qu'il practiqua, avecques beaucoup de réputation, pour le service des roys ses maistres. Il eut soubs eux charge de deux compaignies de gens de pied. Il fut en son \ivant chevallier de V Ordre du roy de France, comme j'ay dict, et de plus chevallier de l'Ordre de Portugal, qu'on appelle ^Habito de Christo, qi^il alla auerir et recepvoir là luy-mesme, et avoir du roy aom Sebastien, qui l'en honnora au retour de la conqueste de la ville de Belis et son pignon, en Barbarie, où ce grand roy d'Espaigne, aom Philippe, avoit dressé et envoyé armée de cent galleres, et douze mille hommes de pied. Il fut après gentilhomme ordinaire de la cham-
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bre des deux roys Charles IX et Henry III, et chambellan de M. a*Allançony leur frère : et outre fat pensionnaire de deux mille livres par an dudict roy Charles IX, dont en fut très-bien payé tantqu^ilvesquit; car il Vaymoitfort, et Veustfort advanci s'il eust plus vescu que ledict Henry III. Bien qu'il les eust tous deux très-bien servis, l'humeur du premier s'addonnoit plus à luy faire du bien et des grades plus que l'autre, aussy que la fortune ainsy le voulait. Plusieurs de ses compaignons, non esgaux à luy, le surpassèrent en bienfaicts, estats et grades, mais non jamais en valeur et merik. Le contentement et le plaisir ne luy en sont pas moindres. Pourtant adieu, passant! retire-toi. Je ne fen puis plus dire, si- non que tu laisses jouir de repos celuy qui en son vivant n'en eut, ny d'ayse, ny de plaisir, ny de contentement. Dieu soit loué pourtant au tout, et de sa sainctegrace.
Je ne veux sur-tout qu'en mon enterrement se fassent, comme j'ay dict, aucunes pompes ny magnificences funèbres, et sur-tout ny testins, ny mangeai! les, ny convoy, ny assemblées de parens et amys, si-non d'une vingtaine de pauvres, avecques leurs escussons de mes armoiries, habillés en deuil de gros drap noir, et qu'on leur donne l'aumosne accoustumée, ensemble aux autres pauvres qui s'y assembleront. Je dis, non-seulement pour ce jour de l'enterrement, mais à la huictaine, et quarantaine, et bout de Tan autant.
Je donne et lègue à maistre Pierre Petit, dict le sieur Coutanho*, la somme de cinq cens li-