ACTE II, SCÈNE IX
BLINVILLE.
Si je parlais à un homme sans caractère , j'emploierais des détours , j'adoucirab des images...
J'ai toujours eu la force d'entendre la vérité.
BLIirVILLE.
Hé bien, tu Ten tendras. Cette confidence me peine ^ car je vais t affliger ; mais je n'écoute que la voix de Tinnoœnce et les lois de l'équité.
OiBICOUAT.
Quelque chose que tu aies a m'apprendre, parle : J6 sais homme , et résigné.
BLINVILLB.
Tes enfants ont vu ta femme; ils ont présenté leurs vœux , elle les a rejetés ; ils ont supplié , elle s'est montrée inexorable ; ils l'ont quittée le * désespoir dans le cœur, et sont venus déposer leur douleur dans le mien. Je l'ai attaquée à mon tour avec les forces réunies de l'amitié, de la délicatesse et du raisonnement; même refus, même silence. Des passions violentes se heurtaient , et la jetaient dans un désordre effrayant; enfin, des mots entrecoupés m'ont donné des soupçons que la réflexion a confirmés.
DERICOUBT.
Achève : (juels sont ces soupçons ?
BLINVILLK.
Les passions sont terribles; leurs ravages inattendus et rapides, et la femme la plus sage n'a pas toujours des forces suffisantes à leur opposer.
4o8 L'ORPHEUN.
DÉRIGOURT, t*écriaiit.
Ma femme s'est manqué !
BLINYILLE.
Ta femme a combattu long-temps; ses remords tt- 'testent....
DÉRIGOURT.
Et que m'importent ses combats et ses remords!
BLINVILLE.
Ces mots qui m'ont frappé vont fixer ton opimon, et t'expliquer la conduite de ton épouse : «Ce JoBen €( que j'aime tendrement , et qui veut épouser Adèle.^; (c ce Julien sans qui je ne peux vivre... ; mon époox . « que je n'ose envisager.... ; son ami devant qui je <K suis tremblante... »
DERIGOU&T.
Julien est l'amant de ma femme, et il prétend à mi
fille r
BLINVILLE.
Julien est pur.
UÉRIGOURT.
Ah! si je pouvais le croire!
BLINVILLE.
Je te réponds de lui.
DÉRIGOURT.
Ma fille sera donc heureuse, et mon imprudente épouse pleurera sa folie.
BLinVILLE.
Oui , qu'Adèle soit heureuse ; tu dois le vouloir ei l'ordonner. Mais sa mère te devient-elle étrangère?