‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 2)Chapitre 55 sur 417 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

CHAMPAGNE, DERCOUR T

CHAMPAGNE

Prenez votre parti, et allons-nous-en.

BERCOURT.

Nous en aller ?

CHAMPAGNE

Il n'y a pas un moment à perdre. Dufour a payé le parfumeur; c'est fort bien. Mais Dufour veut ini~ périeusement vous vendre des bijoux; vous refuserez, il éclatera; madame Verval le saura. Elle est riche et haute, cela va de suite. Elle vous traitera comme un aventurier. Il faut prévenir le coup, et céder de bonne grâce aux circonstances.

DEHCOURT.

Tu trouveras quelques moyens d'apaiser ce Dufour.

CHAMPAGNE

Cela me parait très-difïîcile; mais ce n'est rien encore que le danger que je viens de vous mettre sous les yeux. Je vous répète que votre oncle vous cherche, c(ue votre oncle ne respire que vengeance , et votre oncle se vengera.

OEHCOIIRT.

Il n aurait donc pas de sensibilité }

CHAMPAGNE

De la sensibilité ! vous connaissez bien peu le cœur humain ! vous ne savez donc pas qu'un oncle riche est enchanté de trouver un prétexte pour abandonner un neveu indigent? Allons - nous - en , monsieur, je vous en prie , je vous en conjure.

DERCOURT.

Abandonner une femme charmante!

CHAMPAGNE

Il y a des femmes partout.

DERCOURT.

11 n'en est pas de comparable à madame Verval.

CHAMPAGNE

Voilà la tête perdue. Il ne vous manquait plus que cela pQur être tout-à-fait joli ganjon.

DEKCO URT.

D'ailleurs, où irions-nous, si....

CHAMPAGNE

Partout où nous allions , nous serions plus en sûreté qu'ici.

DERCOURT.

Tu veux m'arracher de cet hôtel , et nous n'avops ni argent , ni asile. Je dois dans cette maison , et on ne s'en va pas sans payer. J'y ai du crédit, et je n'en aurai pas ailleurs. Mon oncle me poursuit ; mais il est loin de me croire si près , et en voulant l'éviter, je me livre à mes créanciers , qui seront encore plus impitoyables que mon oncle. Danger pour danger, je crois qu'il faut choisir le moindre.

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