‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 3)Chapitre 23 sur 340 · SCÈNE X. 4i · texte numérisé non relu

SCÈNE X. 4i

Quoi, l'aspect d'un amant vous saisit jusqu'à l'ame? Là , tranquillisez-vous. Soyez sûr que madame , Qui convient qu'un époux est un triste, animal , S'en tient absolument à l'amour conjugal.

TfICANDRE.

( D^nn air indécis. )

Koséide , monsieur

VAIiÈRE.

Me déteste , m'abhorre, A ce qu'elle prétend; mais dans le fond m'adore* Mes procédés , dit-elle , offensent sa fierté : On n'a jamais déplu par la témérité.

Il faut savoir son monde , et sauver à sa belle La peine de combattre une vertu rebelle. J'ai voulu l'éclairer sur un sot préjugé , Et pour prix de mes soins, j'ai reçu mon congé. Votre cœur , en secret , jouit de ma défaite ; Jouissez-en , monsieur , elle est, ma foi , complète.

NIGANDRE, ravi.

Quoi , serait- il bieti vrai ?....

VALÈRE

Très-vrai , sur mon honneur , Et quand je parle ainsi je ne suis pas menteur , Car j'ai toujours eu soin de rendre très-notoire Ce que le sexe a fait en faveur de ma gloire. A l'honneur marital il n'est arrivé rien; Vous 'êtes fort heureux; mais souvenez -vous bien De ce mot de quelqu'un qui connaissait la femme : C'est que monsieur jamais ne doit tenter madame.

IlIGArrDRE.

Ah ! je suis trop heureux ! mon vrai , mon cher ami , Non , mon ame n'est pas convaincue à demi. Le voile tombe enfin , et je vois la lumière* Daigne guider mes pas dans une autre carrière. Je rougis de mes torts, je veux les réparer; Aux pieds de la beauté je vais les abjurer.

LEAND^EtE.

Ah! je te reconnais^et te rends mon estime.

Ton erreur te plongeait dans le fond de l'abîme.

En vain l'hymen en pleurs invoquait la raison.

Il fallait à ton cœur cette utile leçon.

Le hasard m'a servj, : j'allais cherchant Valère, .

Je rencontre Frontin , qui d'abord voulait taire

Cet étrange secret que j'avais soupçonné.

II craignait mon courroux; mais tout est pardonné.

Oui , votre erreur , Valère /épargne bien des larmes ,

Et l'aimable vertu brille de tous ses charmes.

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