ACTE I, SCÈNE I
JEROME
Enfin, que voulez-vous à monsieur? Dites-moi
cela en bref, car je ne m'amuse pas à jaser.
FABRICE
Lui demander à voir mademoiselle de Kersalec.
JEROME
Mademoiselle de Kersalec? La connaissez-vous?
FABRICE
Non.
Qu'avez-voQs donc à lui dire?
FABRICE
Je viens lui proposer de m'épouser.
JEROME
L'épouser! Qui êtes- vous?
FABRICE
Je m'appelle Fabrice, et je suis marcliand épicier. .
JÉRÔME
Marchand épicier ! Et vous voulez épouser made-
moiselle de Kersalec?
FABRICE
Pourquoi non ?
JEROME
Une fille noble comme le roi.
FABRICE
Je ne lui apporterai pas de titres en mariage; mais
je ferai sa fortune, et l'un vaut l'autre.
JEROME
Mais....
FABRICE
Mais j mais , vos réflexions m'ennuient. Monsieur de Rersalec, son père, noble comme le roi, avait jadis de la fortune ; mon père à moi n'avait rien , mais il était laborieux. Monsieur de Rersalec lui prêta de l'argent , et cet argent prospéra. Depuis, le bon homme Kersalec a mangé son bien ; il a laissé une fille sans ressources. Je possède deux cent mille écus, et je veux les partager avec la fille de celui à qui je les dois. Est-ce clair ? Croyez- vous qu'un bon mari , disposé à l'aimer, ne vaille pas un gentilhomme qui ne s'en est chargé que par ostentation ? Répondez.
JEROME
En effet, je crois que
FABRICE
En effet, je crois que quand je serai son mari....
JEROME
Vous ne seriez pas si à plaindre : elle n'a que vingt ans. *
FABRICE
Tant mieux; j'aime là jeunesse.
JEROME
Elle est jolie.
FABRICE
Si elle est sage, ce n'est pas un malheur.
JÉROMF-
Oh, oui, sage, très-sage.
FABRICE
Voilà ce qu'il me faut. Elle sera ma femme.