SCENE V. 6i
VALÈRE
Hélas ! je l'aimais trop pour vouloir lui déplaire. Le devoir l'enchaînait par une loi sévère. Victime d'un hymen qui consumait ses jours, Un indiscret. ^veu m'eût perdu pour toujours. Fidèle à ses sermens , il n^'aurait abhorrée.
ROSilDE.
Ah ! s'il t'avait connue , il t'aurait adorée.
VALÈRE
Un devoir trop cruel...
ROSÉIBE.
Un si parfait amour Devait te rassurer sur un tendre retour.
VALÈRE
Non , non , j'eusse éprouvé sa rigueur plus constante.
ROSÉIBE.
L'amant^vaincu tombait dans les bras de l'amante. Rends-toi justice enfin ^ peut-on te résister?
VALÈRE, à part.
Amour! d'un vain espoir voudrais- tu me flatter!
( Haut. )
J'obéis à ta voix... Roséide... Ah! madame, Ck)nnaissez-moi. .. c'est vous dont la beauté m'enflamme; Vous voyez un amant tremblant à vos genoux.
« ROSEIDE.
Finette, tu serais?.. Monsieur, relevez-vous. N'abusez pas du droit que vous croyez, peut-être. Avoir accjuis sur moi : vous allez me connaître.
VALÈRE
Mon amour...
ROSÉIDE. ,
De iQon cœur efface vos bienfaits.
Hélas ! ils m'étaient cbers , je m'en applaudissais. Je l'avoue à regret , oui , mon ame étonnée , Sans crainte et sans détour , à vous s'était donnée. A peine je vous vis, qu'un sentiment vainqueur Séduisit à la fois ma raison et mon cœur , Et ce déguisement, dont ma vertu murmure, Devait tromper mes yeux peu faits à l'imposture; Mais s'il vous a servi pour surprendre un 'époux , N'en attendez de moi qu'un trop juste courroux. Mon âge , mes malheurs , votre adresse perfide , Sont autant de remparts à ma vertu rigide. Je devais cet aveu, monsieur, à votre espoir. Et si vous persistez , je ferai mon devoir.
VALÈRE
De grâce , écoutez-moi.
ROS:élD£.
)e ne dois rien entendre.
VALÈRE
Ayez pitié du moins de l'amant le plus tendre ; Finette à vos genoux réclame eucor ses droits. A l'instant vous l'aimiez ; vous écoutiez sa voix.
ROSÉIDE.
Oubliez-vous , monsieur , le serment qui m'engage ?
VALÈRE
D'un serment indiscret votre .époux vous dégage.
* ROSÉIDE.
Arrêtez; apprenez du moins .à respecter
Des devoirs, dont jamais je ne veux m'écai?ter.