IX
LEANDRE
Frontin ?
PRONTyf.
Monsieur ?
LEANDRE
Tu m'as bien l'air d être un hardi coquin.
FRONTIN
Vous ne le croyez pas.
LEANDRE
Je sais tout le mystère ; Mais par toi je prétends être instruit de l'afTaire.
FRONTIN
Mon maître me souffrait avec peine chez lui. Il ne se prête pas aux faiblesses d'autrui. Formé par votre exemple en l'art de la sagesse , Evitant de l'amour la dangereuse ivresse, Il n'a pu supporter mes imperfections.
Moi qui suis, par malheur, en butte aux passions, Qui ne me sens pas fait pour imiter un sage , J'ai demandé mon compte, et j'ai plié bagage.
LÉANDRE
Le fourbe!... Eh! quel sujet peut t'arrêter ici? Autour d'une maison doit-on rôder ainsi ?
Gardez-moi le secret. Un objet adorable, Et qu'à force de soins j'ai su rendre traitable , Sert depuis ce matin le maître du logis.
LEANDRE
Oh! je veux t'obliger : vous serez réunis. Le maître qu'elle sert est mon ami Nicandre ,
SCÈ^E VIII. 67
Et je vais l'engager moi-même à te la rendre.
FRONTIN
(A part.) (Haut.)
En voicibîen d'une autre... Eh! nionsieur,s'il vous plaît, Prenez à notre sort un peu moins d'intérêt.
LEAl^rDRE.
Tu fus de mon neveu le serviteur fidèle. \
Dans cette occasion je veux payer ton zèle , Je verrai ta future.
FRONTIN, à part.
Il s'en va tout gâter.
(Haut.)
Non, vous êtes trop bon. Je n'ai pu mériter... Je ne prétends, monsieur, à nulle récompense.
LÉANDRE
Le premier des devoirs est la reconnaissance.
Dispensez-vous, monsieur*... Vous ruineriez Frontin.
LEANDRE
Chez mon ami souffrir un amour clandestin ! Je dois le prévenir...
FROWTIN, à part..
Mais voyez quelle rage!
(Haut.)
De grâce , encore un mot : monsieur, quoique très-sage, N'a donc jamais senti ces brûlantes ardeurs Qui font et le tourment et le charme des cœurs ? A vous voir cependant on ne soupçonne guère*...
LÉANDRE
Tu voudrais détourner mon soupçon de Valère,
Mais je suis éclaire. Va, tnon pauvre garçon. Raconte-moi le fait , et sois sûr du pardon.
FRONTIN
S'il est ainsi , monsieur, je vais donc vous apprendre Le plus brillant exploit qu'amour puisse entreprendre : Mon maître est travesti.
/ - LÉAITDRK.
Je l'avais deviné.
FRONTIN
Ce sublime projet fut si bien machiné , ,
Que, malgré tous ses soins, le bonhomme Nicandre
Dans nos filets enfin vient de se laisser prendre.
Et j'en suis enchanté! Depuis quel temps ^ Frontin, Valère est-il chez lui ?
FRONTIN
Mais, depuis ce matin.
LÉANDRE
A merveilles. Je crois que le cœur le plus tendre, Pendant un jour -au moins peut ]très-bien se défendt-e. Le mal n'est pas fort grand. Va*t'en. C'est le moment De tirer mon ami de son aveuglement.
Du repentir toujours une faute est suivie : Je vais le rendre ^age , et pour toute sa vie.
( 11 va frapper chez Nicandre. )