SCÈNE X. io
AMÉLIE
Folle ? oui , quelquefois , sdoa l'occasion , Je me permets de Fêtre, et la réflexion Trop souvent, je le croîs , attriste notre vie: Taime mieux l'égayer par un grain de folie.
DUPRÉ
Le beau raisonnement !
A9CÉLIE
£st-il de votre goût ?
D'un enfant de votre âge on doit excuser tout.
AMÉLIE
Oh ! vous pouvez blâmer ^ si cela vous amuse ; Je n'en rirai pas moins , et l'erreur qui m'abuse Vaut bien , vous l'avoûrez , cette acre dureté Où se livre sans cesse un homme dégoûté. Qui veut tout voir en mal, et qui, dans sa manie. Proscrit le genre humain , le hait , le calomnie. Tous les hommes , je crois , sont diversement fous, Et, puisqu'il faut opter , j'aime mieux , entre nous , ATamuser que gémir. Une folie aimable A vos brusques chagrins me semble préférable.
DUPRÉ
Ah ! voici du nouveau. Voyons , beau précepteur , Qu'allez- vous ajouter?
AMÉLIE
Tenez, mon cher tuteur, Si je croyais qu'un jour vos principes sévères Opérassent un bien, libre dans vos chimères, Vous pourriez à loisir suivre votre penchant.
lo4 LE PESSIMISTE.
Et de votre éloquence atterrer le méchant ; Mais sa conversion étant plus qu'incertaine , Vivez pour vos amis et laissez-lui sa chaîne. Apprenez comme on rit, chantez, imitez-moi, Et du plaisir enfin suivez la douce loi.
DU PRÉ
Cela serait charmant !
AMÉLIE
Eh bien ! que vous importe? La raison du besoin est toujours la plus forte. Egayez-vous , sortez de votre accablement : Il n'est pas de chagrin qui vaille un sentiment. Vous le saurez bientôt, si vous voulez me croire. Combattez avec moi , vous aurez la victoire. Mettez la honte à part , et sacrifiez-nous Le pitoyable orgueil d'être seul contre tous.
Est-ce fait'?
\MELIE.
Oui , monsieur.
DUPRÉ
'J'en suis , ima foi, bien aise.
Mais vous êtes mordante^ au moins, ne vous déplaise. Vous abusez parfois d'un excès de bonté....
AMÉLIE, rîam.
Ah! ah! ah!
DUPRÉ
Vous prenez un ton d'autorité....
AMÉLIE
Qui nie va tout au mieux.