SCÈNE XIL ii
Je veux voir votre époux ; le mettre dans l'aisance. Je veux le consulter , et chercher le moyen Le plus avantageux de lui faire du bien.
MADA.ME DUPONT.
Ah! j'ai connu trop tard votre ame bienfaisante!
DUPRJÉ.
Bienfaisante? pas trop.
MADAME DUPONT
Le remords me tourmente.
Je ne mérite pas.... Quand vous me connaîtrez, Vous punirez mes torts , et vous me haïrez.
DUPRJÉ.
Quand j'ai payé pour vous dans votre luunble retraite, Je ne m'attendais pas à vous trouver parfaite. Vous avez vos défauts , j'en suis bien convaincu : Pour juger autrement, j'ai trop long-temps vécu. Qui vous dispenserait de la règle commune? En plaignant vos erreurs , j'aide à votre infortune.' Si vous vous ressentez de la contagion , Je n'en ferai pas moins une bonne action. Moi-même , comme vous , j'ai besoin d'indulgence ; J'ai des défauts cruels , et mon expérience M'a prouvé mille fois , à toute heure , en tous lieux , Que l'homme le plus sage est le moins vicieux. Amenez votre époux.
MADAME DUPONT
Aura-t-il le courage De paraître à vos yeux ?
DUPRJÉ.
Celui qui le soulage IX. 8
lo4 LE PESSIMISTE.
Et de votre éloquence atterrer le méchant ; Mais sa conversion étant plus qu'incertaine , Vivez pour vos amis et laissez-lui sa chaîne. Apprenez comme on rit , chantez , imitez-moi , Et du plaisir enfin suivez la douce loi.
DUPRJÉ.
Cela serait charmant !
AMÉLIE
Eh bien! que vous importe?
La raison du besoin est toujours la plus forte. Egayez-vous , sortez de votre accablement : Il n'est pas de chagrin qui vaille un sentiment. Vous le saurez bientôt, si vous voulez me croire. Combattez avec moi , vous aurez la victoire. Mettez la honte à part , et sacrifiez-nous Le pitoyable orgueil d'être seul contre tous.
DUPRÉ
Est-ce fait'?
A.MELIE.
Oui , monsieur.
DDPRÉ.
-J'en suis , ina foi^ bien aise.
Mais vous êtes mordante^ au moins, ne vous déplaise. Vous abusez parfois d'un excès de bonté....
AMÉLIE , riant.
Ah! ah! ah!
DTJPRÉ.
Vous prenez un ton d'autorité....
AMELIE.
Qui me va tout au mieux.