SCENE X
Vous jouirez , monsieur , de ce plaisir , si doux Pour un être pensant , pour un homme sensible.
DUPRÉ
Un indigent chez moi ! cela n'iest pas possible. Mes gens sont tous aisés, et j'y donne mes soins. Quoiqu'ils me servent mal, je veille à leurs besoins. S'ils se trouvent gênés, c'est à leur inconduite Qu'il faut l'attribuer.
Vous allez un peu vite.
Celui dont je vous parle a des appointemens Qui, pour sa femme et lui, ne sont pas sufBsans.
DUPRlè.
Un mariage encoire ! Eh ! quel est l'imbéoille Qui, fatigué du bien, quitte un état tranquille. Pour prendre des liens de peines et d'ennuis ? C'est sa faute, après tout , et qu'il s'en prenne à lui.
AMÉLIE
Quoi ! vous ne ferez rien , monsieur ?
DU PRIÉ
Je l'abandonne.
Aller se marier sans consulter personne , Sans mon consentement ! Ensiiite à mes Jt>lenfaits On croit avoir des droits ! Ne m'en parlez jamais.
Je le sens comme vous , il est vraiment coupable ; Mais sa femme , monsieur ?
BUPRE.
Elle est aussi blâmable , Je crois, que son époux. Elle aurait dû prévoir
io8 .LE PESSIMISTE.
Les suites d'une erreur
AMÉLIE
Ah ! dans son désespoir, Il vous attendrirait , si vous voyiez ses larmes.
BUPRÉ.
Oui, l'on connaît mon faible^ et l'on s'en fait des annes Qu'on tourne...
AMELIE.
Mais, monsieur...
DU PRÉ
Vos soins sont superflus.
Je ne céderai pas , je ne le verrai plus.
AMELIE.
Et vous le dépouillez de ce peu qui lui re^te....
DUPRÉ
Oui.
AMÉLIE
Vous le chassez ?
DU PRÉ
Oui.
AMÉLIE
Dans quel état ftineste Vous allez le réduire ! Il peut être arrêté. . Au moment où je parle , il est exécuté, Probablement.
DUPRÉ
Tant pis.
4MÉLIE
Vous êtes si sensjble!
Vous le pardonnerez.