‹ Œuvres complètes de Racan. Nouv. éd., rev. et annotéeChapitre 56 sur 95 · AUTRE · texte numérisé non relu

AUTRE

Un tel excez d'ennuis accable mon courage Qu'il n'est point de raison pour mon soulagement Quand je vois qu'Amaranthe endure incessamment Tout ce que la douleur a de pointe et de rage.

Ses roses et ses lys, où mes vœux font hommage, Paroissent dans son teint affligé de tourment, Zomme on voit en hyver reluire tristement Les feux du point du jour au travers d'un nuage.

Dieux ! qu'avoit-elle fait pour souffrir la rigueur De ce mal violent dont l'extrême longueur ■lavit à mes désirs tout espoir d'allégeance.'

0 Juge souverain qui présidez sur nous! >i de sa cruauté j'ay demandé vangeance, Pourquoy m'ejcauciez-vous ?

SONNET

j ue tout cède au pouvoir de celle que j'adore! ^'VwDu seul feu de ses yeux le monde est animé ; I fait naistre les fleurs dont l'air est parfumé it meurit les moissons dont la terre se dore.

Dans ces tourmens passez dont je me plains encore, amais de tant d'ardeurs je ne fus consumé ,

2o8 Sonnets.

Et toutes ces beautez de qui j'estois charmé A ce nouveau soleil ne servoient que d'aurore.

Vous qui fastes jadis mon aimable soucy, Ne vous offensez point lors que je vante ainsi Celle qui sur mon cœur a le pouvoir supresme.

C'est une impieté de me croire menteur. Sçachez que par ma voix Amour le dit luy-mesmCy Et qu'un dieu ne peut estre ignorant ny menteur.

SONNET

Seul objet de mes yeux dont mon ame est ravie, A combien de malheurs me dois-je préparer, Puisqu'aucune raison ne sçauroit modérer Vostre extrême rigueur ny mon extrême envie !

Depuis que vous tenez ma franchise asservie, Je n'ay fait jour et nuit que plaindre et soupirer. Et semble que jamais je ne doive espérer La fin de mon tourment qu'en la fin de ma vie.

Quand j'implore vostre ayde au fort de mes douleun Avecque ces discours accompagnez de pleurs, Véritables tesmoins de l'ennui qui me touche.

Si vostre jugement n'est point hors de son lieu , Souvenez-vous qu'Amour vous parle par ma bouche Et qu'en me refusant vous refusez un dieu.

Sonnets. 209

SONNET Fait à la Semaine Sainte.

Bien (\ue de la beauté dont mon ame est ravie La ngueur ait toujours mon bon-heur traversé , De quelque empeschement dont je sois menacé , L'honneur d'y parvenir m'en augmente l'envie.

Durant ces jours de pleurs aue mon Dieu me convie De noyer dans son sang mon aesir insensé , Le juste repentir de l'avoir offensé Me devroit amander le reste de ma vie.

Mais, quand le Saint Elsprit descend pour m'inspirer. Tant plus de cette erreur il me veut retirer, Et tant plus sa vertu dans ses chaisnes m'attire.

En ces divers remords dont je suis combattu, Que feray-je , Seigneur, pour appaiser ton ire , Si mesme je t'offense en aimant la vertu ?

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