HARANGUE
PRONONCÉE EN L'aCADÉMIE LE 9 JUILLET l6}5.
ESSIEURS,
En ce discours que je fais par vôtre commandement et dont je n'attends autre gloire que de vous scavoir obeïr, mes deffauts me doivent tenir lieu de mérites ; plus je seray jugé incapable d'une si grande action, plus mon obéissance doit estre estimée , et la resolution que je prends de m'embarquer sur un nouvel Océan , sans la connoissance de la carte et de la boussole.
Je sçay, Messieurs , que ces mesmes complimens , ou de fort semblables , se sont déjà faits plusieurs fois en cette compagnie, et que ceux mesme qui ont plus de droit de prétendre à la gloire de l'éloquence me veulent encores envier celle de l'humilité ; mais chacun sçait l'injustice qu'ils me font de vouloir prendre pour eux ce
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qui n'est propre qu'à moy; mon ignorance est aussi connue que mon nom, et s'il m'est échappé quelques meschants vers qui ayent duré jusqu'à présent, vous pouvez bien juger, à leur langueur et à leur foiblesse, que ce sont enfans avortez qui ne vivent que pour leur honte, et qui eussent esté plus heureux de mourir en naissant : l'on n'y voit rien d'achevé et où il n'y ait quelque chose à désirer ; la rime et la raison y sont en une perpétuelle guerre, et s'ils y compatissent quelquefois ensemble, c'est une merveille où la fortune a plus de part que moy ; aussi je les compare à ces jeux de la nature qui , quelquefois , dans les jaspes et dans les cailloux, commence des figures à peine connoissables d'arbres, de portiques ou d'animaux, à qui le seul art du peintre peut achever de donner la perfection et la forme.
Toutefois , messieurs , je commence un peu à retrancher de la mauvaise opinion que j'avois de moy-mesme, depuis que vous m'avez fait l'honneur de me recevoir en vostre compagnie, et pense qu'il n'y auroit pas moins de présomption de m'imaginer que vous m'ayez fait faveur que justice : ceux qui sont d'une condition plus relevée , et qui ont entre leurs mains le pouvoir d'obliger et de nuire, ont sujet de se meffier de la gloire, de quelque part qu'elle leur vienne, fusse de la bouche des roys et des philosophes ; mais, quant à moy, ma fortune n'a point assez d'appas pour m'avoir acquis de si illustres flatteurs. Je veux doncques croire que vous avez donné à la nouveauté ce qui n'est deub qu'à l'excellence ; cela vous a semblé si peu commun de voir des livres de la façon d'un homme qui à
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peine sçavoit assembler des lettres, que tout y passe pour rareté, et vous y avez, je m'asseure, remarqué des grâces que vous eussiez appelées des deffauts ailleurs.
Si cela est, messieurs, Je veux désormais faire ma principale gloire de mon ignorance, comme Diogene faisoit de sa pauvreté, et mettre les sciences au rang de ces richesses superflues qui n'adjoustent rien au souverain bien de nostre vie ; et à l'exemple de ces amoureux qui, après une longue et inutile recherche, se vengent par le mépris de la cruauté de leurs maîtresses , je me veux vanger de ces ingrattes beautez qui ne m'ont seulement jamais voulu permettre de voir leurs moindres appas, et qu'à peine j'ay eu la liberté de désirer.
Peut-estre qu'en médisant des sciences devant vous, Messieurs, qui les avez toujours chéries et possédées si absolument, je me vengeray en mesme temps de la tyrannie que vous me faites, de m'avoir desarmé de la rime et de la cadance des vers dont je faisois ma principale force. Je sçay bien, Messieurs, que vous direz que je ne puis parler des sciences que comme les aveugles nais font du soleil et de la lumière, dont ils n'ont que des doutes et des conjectures; mais peutestre aurez-vous assez de curiosité pour désirer de voir jusques où je pourray aller à tastons dans un labyrinthe où je me vais égarer dès l'entrée. Il est néantmoins très-certain que , sans le péché du premier homme, nous naissions tous sçavans des arts et des sciences nécessaires pour nostre conservation ; nous eussions jouy d'un perpétuel printemps , et n'eussions point eu de
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besoin d'autres demeures que de celles qui nous estoient préparées dans les bois et dans les cavernes , pour nous garantir de injures de l'air.
La nature en tout temps nous eust produit sans soins et sans labeur les biens qui nous sont nécessaires ; et le fer n'eust esté employé qu'à moissonner ses liberalitez.
La terre eust esté un assez grand et assez riche héritage à tous ses enfans ; ils ne se fussent point travaillez à la partager et à mesurer sa superficie.
Les thresors qu'elle nous cache dans ses entrailles nous eussent esté aussi inconnus qu'ils nous sont inutiles , et l'avarice ne nous eust jamais enseigné à les débiter au poids et au nombre.
Les loix ne fussent point venues au secours de l'innocence pour la deffendre de l'oppression et de l'artifice des méchans.
Les hommes, en une perpétuelle santé, n'eussent point cherché la propriété des simples et des minéraux pour reparer les imperfections de la vieillesse et de leurs débauches.
Dieu nous eust découvert ses secrets les plus cachez, et nos sens eussent esté les seuls maistres qui nous eussent appris la foy que nous devons croire.
Mais depuis qu'il nous eut délaissé, le ciel et la terre conjurèrent nostre perte, nos propres passions nous firent la guerre; plus la nature nous fut avare des choses nécessaires , plus nous fusmes affamez des superflues. La vanité se mesla parmy les sciences qui auparavant n'avoient esté inventées que pour le secours de
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nostre entendement et de nos nécessitez; aux utiles on y adjouta les curieuses.
L'architecture, qui n'avoit point encore de nom , et qui ne se servoit que de gasons et de chausme, trouva l'art de fendre les rochers, de tailler les marbres , d'écarer les chesnes et les sapins , et éleva ces divers ordres de colomnes doriques, ioniques et corinthiennes, que le luxe inventa pour braver la simplicité des premiers siècles.
L'agriculture, qui n'estoit occupée que pour nos nécessitez, se voulut mesler de nos plaisirs, et, pour se rendre plus agréable et plus domestique, elle vint dans nos jardins et dans nos vergers imiter la peinture et la broderie, et forcer la nature des plantes et des climats.
Pour comble de témérité, la géométrie s'efforça^ par cette mesme proportion d'angles et de costez dont elle avoit mesuré la terre , de connoistre la distance et l'élévation des astres : comme s'il y avoit icy bas quelque chose de proportionné à ces grandeurs infinies et qui se puisse comparer à ce triangle imaginaire, dont la base contient l'espace qu'il y a de nous à nostre horison ! Aussi l'arithmétique se mit de la partie et jugea bien qu'elle avoit besoin d'estre secourue en un si grand dessein; elle entreprit de supputer les divers mouvemens des cieux, auparavant que d'estre d'accord avec Galilée, si ce sont eux ou la terre qui tourne , si elle n'est point une des estoilles, si le soleil leur porte la lumière, ou s'il attend sans se mouvoir dans le centre de l'univers, comme un roy dans son throsne, que ses sujets la viennent prendre de luy.
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Et neantmoins, de toutes ces choses que nous ignorons, et dont on ne voit qu'une diversité d'opinions esgalement ridicules , il s'en est fait une science d'astrologie judiciaire, plus inutile et plus vaine que toutes les autres ensemble, jusqu'à s'estre imaginée de sçavoir lire dans un livre dont l'on ne connoist pas les lettres, et de pouvoir déchifrer dans les astres comme dans des caractères les secrets de l'advenir dont Dieu s'est réservé la connoissance.
L'on a mesme essayé avec des mains mortelles d'imiter les œuvres étemelles du Créateur, et de trouver un mouvement perpétuel comme celuy des cieux.
Mais que dirons-nous de la jurisprudence, qui , au lieu d'esteindre les procez , les a multipliez ? Plus elle s'est efforcée par de nouvelles loix d'esclaircir les anciennes, et plus l'artifice de la chicanne y a trouvé de diverses explications.
Cette opinion trop généralement receuë, que par tout où il y a de la difficulté il y a de la gloire , a fait croire qu'il y avoit mesme des crimes glorieux, et gue tout l'honneur des triomphes n'estoit pas si entièrement deub à ceux qui surmontent les hommes par les armes , qu'il n'en reste quelque part à les sçavoir vaincre par l'artifice et par les ruses : de là vient que la prudence a dégénéré en finesse , ou plustost il s'en est fait une vertu nouvelle, inconnue de nos premiers pères.
Ce mesme désir de chercher la gloire dans la difficulté a produit en la médecine les deffauts que nous y remarquons ; la pluspart de ceux qui l'exercent ont esté si charitables , qu'ils ont eu
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plus de soin de guérir les autres que de se suenr eux mesmes de la vanité qui a troublé avec eux toute l'œconomie de la nature.
Ils n'ont pas creu acquérir assez d'honneur de se servir des premiers remèdes que leur climat leur produit : ils ont voulu tesmoigner que S connoissance s'estendoit bien plus loing et les trois parties de la terre descrite par Ptolomée n ont pas esté assez grandes ny assez fertiles à leur gre , si Ameriq n'en eust descouvert une auatnesme, la pratique de leur science fust demeurée imparfaite. Il a doncques fallu traverser leT m s et chercher soubs un autre ciel de nouveaux simples qui nous sont aussi peu naturels que ceux de Norvegue aux Mores d'Affrique; encore n'en sont-Ils pas demeurez là, car, apré a vo?r essayé daprester les poisons à nostre usage es chi mistes se sont imaginez de pouvoir trouver nn
l'e^rS'1 '^'^"^^'^^ ^"•' ^" consent les germes de la nature, avançast sa conception et la.rendist en un an plus parfaite qu'elle K en
La théologie, bien que la plus pure et la nh,c parfaite, ne s'est pas pu exempter de ce porson de vanité; cet amour des choses nouvelles cu^ nous fait préférer les tulipes aux rn^T. . • ^ fait lasser d'une trop longue paix et hl^ "?' gouvernemens les pfus do'ux^ïïS pb "S f qui nous feroit mesme trouver la lumTèré en nuyeuse, si nous vivions en ces clim^.J T dure six mois sans intermission , c Se ^as^sio ' dis-je, toute vaine qu'elle est ^ f^ît ^ ^ i^' changement a.. chLs fef^iu 1!™^';^ f,^ plus parfaites, et croire que l'éternité de la reu!
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gion ne la defFendoit pas des deffauts et des rides de la vieillesse. C'est ce qui a donné la hardiesse à ces esprits plus désireux de grande que de bonne renommée, d'éterniser leur nom dans la subtilité de leurs nouvelles opinions , qui ont infecté toute l'Europe de blasphèmes et d'heresies.
Il se pourroit remarquer encore plusieurs deffauts que la vanité a produit dans les sciences ; mais le plus grand de tous vient, à mon advis, de ce que nous les estimons parceque nous les acquérons avec peine, plus que ce qui nous est propre et naturel ; et comme des habits qui , au commencement , ne furent pris que pour cacher nostre honte, sont aujourd'huy nos principaux omemens, de mesme nous raisons gloire des sciences qui n'ont esté inventées que pour secourir nostre foiblesse. Et neantmoins il est très certain que plus nous sommes sçavans, plus nous avons des marques de l'infamie de nostre désobéissance; et, au contraire, plus nous agissons par nostre seule raison , plus nous nous raprochons de ce premier estre parfait dont nous sommes descheus.
Cette vertu héroïque qui n'est presque que dans les idées, non plus que le poinct indivisible de la géométrie, ne s'est jamais fait voir en toute l'antiquité si approchante de ce que nous la concevons, que dans le courage et la probité des anciens Romains.
Encore qu'ils vescussent dans les ténèbres de l'idolâtrie , et qu'ils ne sceussent point comme nous quelle a esté nostre première gloire et nostre première honte, et ne pussent avoir aucun res-
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sentiment du bien que nous avons perdu , neantmoins ils estimoient toute autre science indigne de leur grandeur, hormis celles qui leur aprenoient à donner la paix à leur Estât et des loix à tout le reste du monde : à peine sçavoient-ik assez de nombre pour compter les royaumes qu'ils possédoient, et ne se sont point travaillez à mesurer la terre , pource qu'ils ne la vouloient partager avec personne.
Les arts que nous appelons mechaniques, qui sont sans doubte les plus nécessaires, estoient ceux qu'ils méprisoient le moins, et n'estoient pas si honteux que l'on leur trouvast en main une charme qu'un astrolabe. Ils ne pouvoient pourtant pas ignorer qu'il y a quelque science dont on ne se peut passer ; mais leur principal soin n'estoit pas tant de les sçavoir comme de se rendre maistres du pays où elles s'enseignoient , afin de les faire exercer par leurs esclaves ; et pour celles qui n'apportent aucun profit, si quelquefois ils se sont pleus à considérer la subtilité de leurs inventions, c'estoitaux heures inutiles, pour relascher un peu de leur trop dure sévérité, et crois qu'ils eussent mis les astrologues, les alchimistes et les comédiens en mesme rang.
En effet, s'il y a quelque chose qui s'appelle science, qui mente d'estre estimée et recherchée avec soin , c'est l'éloquence , comme la seule qui nous apprend à joindre ensemble la raison et la parole, qui sont les deux avantages les plus visibles que nous avons sur les autres animaux et qui nous font recognoistre par dessus tous pour estre les vivantes images de nostre créateur. C'est par elle que l'on a chassé la barbarie , que
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l'on a mis le sceptre en la main des roys, et que les vaincus ont beny les armes des conquerans ; c'est elle seule qui sçait régner sur les affections , et qui a achevé de surmonter ce qui estoit demeuré invincible aux armes des Césars et des Alexandres ; qui a fait préférer la pauvreté aux richesses, les jeusnes aux festins; qui a fait trouver des délices dans les géhennes, dans les flammes et dans la mort mesme.
Mais ce n'est pas dans les escholes que l'on apprend cette éloquence , la facilité d'exprimer nos pensées par nos paroles ; c'est peut-estre la seule que Dieu nous a laissée , de toutes les facultez naturelles que nous possédions auparavant nostre péché, et nous sommes ingrats de le vouloir tenir de la science plustost que de sa bonté. Pour moy, je ne puis souffrir l'insolence de ces docteurs qui , pour avoir inventé trois ou quatre mots barbares , se vantent d'avoir trouvé autant de sciences , et ont fait une grammaire , une logique et une rhétorique des choses les plus communes , que nous avons pratiquées dés le berceau, dix ans auparavant que d'en sçavoir le nom. Si l'on ne s'oppose à cette tyrannie, ils réduiront encore en art le pleurer et le rire ; ils les diviseront en plusieurs parties, comme ils ont fait nostre langage , et l'on ne pourra plus rire à propos , à leur gré , que par règles et par figures.
Je suis pourtant contraint de confesser, et l'expérience me l'aprend depuis que l'on m'a fait l'honneur de me souffrir en la compagnie de ces grands génies qui sont icy, que la connoissance des langues estrangères leur donne un
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grand avantage sur moy et sur tous ceux qui ne sçavent que celle de leur mère et de leur nourrice ; mais ce qui leur est un ornement est une charge aux esprits médiocres qui n'ont jamais hanté que les collèges ; ils font un si grand mépris de nostre langue qu'ils ne pensent pas qu'il s'y puisse rien faire de raisonnable. Ils ne craignent point d'appeler divin et iricomparable le plus fin galimatias de Pindare et de Perse, et se contentent d'appeler agréable et joly les vers miraculeux de Berthault et de Malherbe. Cela est cause qu'ils prennent indifféremment tout ce qu'ils trouvent dans les Latins et dans les Grecs \ et si par hazard il leur tombe en main quelque bonne pensée de Virgile ou d'Orace, on voit bien que cela ne leur est pas propre ; ils s'en servent de si mauvaise grâce, et avec autant de foiblesse , que Patrocle faisoit des armes d'Achille. Ce n'est pas que je pense qu'il faille tout à fait retrancher l'imitation de nostre éloquence; je sçay bien qu'il ne se peut rien dire qui n'ait esté dit, que nous nous servons des mesmes mots et des mesmes phrases dont Amiot et Montaigne se sont servis. La terre ne produit point de nouvelles fleurs, ny le ciel ne nouvelles estoilles; et s'il se fait de nouvelles influences , c'est par les diverses rencontres des mesmes astres qui ont esclairé nos grands pères et qui esclaireront les enfans de nos enfans. Je crois doncques que l'on peut prendre les pensées de ceux qui nous ont précédez, comme ils ont pris celles de ceux qui ont escrit devant eux. Mais je fais cette différence entre les misérables copistes et les excellens imitateurs, qu'il y a entre les petits larrons et les grands
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conquerans : les premiers ne peuvent qu'avec honte et crainte se parer de leur larcin, au lieu que les autres triomphent de leurs conquestes plusieurs siècles après leur mort, et les conservent avec tant de gloire qu'ils effacent à jamais la mémoire des légitimes possesseurs.
Le champ des Muses est ouvert à tout le monde ; mais peu de gens y sçavent trier le bon grain d'avec l'yvroye, et la pluspart n'en rapportent que de la paille sans espy. C'est le jugement qui sçait faire le choix des bonnes choses , soit qu'elles nous soient propres ou empruntées ; c'est celuy qui sçait discerner la gravité de l'obscurité, la naifveté 'de lafoiblesse, et la beauté naturelle d'avec le fard.
Mais ce jugement dont la nature nous donne les premières semences ne se cultive point ailleurs que dans la conversation des excellens hommes, comme sont tous ceux de cette compagnie (si j'en estois hors). Ce sera ic)^ que l'on achèvera de donner à la France ce qu'il y manquoit pour luy faire autant surmonter les autres nations aux actions de l'esprit comme elle fait aux actions de courage ; ce sera par vous , Messieurs , qu'elle verra pratiquer entièrement cette vertu dont nostre roy porte si légitimement le nom. Jusques à présent il avoit seulement exercé sa justice à chastier les rebelles et à recompenser cette fidélité mercenaire qui se contente des charges et des trésors ; mais il manquoit de recompense pour notre grand cardinal, tous les honneurs et toutes les richesses de son empire et de ses conqnestesestoient au dessous d'une vertu qui ne cherche point de prix hors d'elle-mesme.
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Ce sera par vos ouvrages qu'elle sera recompensée en dépit qu'elle en ait , et que la postérité verra quels ont esté ses généreux conseils , qui, sur les ruynes de la rébellion et de l'heresie, ont restably l'autorité souveraine en sa première splendeur ; de quel courage il s'est opposé à la tyrannie qui menaçoit la liberté de l'Europe, de quelle prudence il nous a sceu conserver en paix au milieu de l'embrazement universel de l'univers , et qu'à luy seul estoit réservé la gloire de redonner à l'Estat ses anciennes bornes et son ancienne puissance ' .
Fin.
I . Le bon Racan n'a nullement fait cette harangue dans un esprit de système, il n'avoit assurément contre les sciences ni haine ni parti pris ; mais son ignorance , même dans ce temps-là, étoit proverbiale, et il vouloit en pallier l'inconvénient de son mieux. S'il n'avoit été qu'un courtisan ordinaire, il se seroit borné, comme la plupart d'entre eux, à railler effrontément les savants et le savoir, pour préconiser, comme les premiers avantages de la vie, les biens de la fortune, l'urbanité ou même la légèreté de mœurs et le rang. Mais il se sentoit homme de talent , il se sentoit poète ; loin de vouloir abandonner les titres qu'il avoit à ces deux qualités , il étoit le premier à rire de ceux de ses ancêtres qui avoient besoin qu'un secrétaire vînt les aider à signer leur nom. Il lui falloit donc prendre une autre voie que celle de l'ignorant par nature : c'étoit d'essayer d'amoindrir quelque peu l'importance de ce qui lui manquoit, et c'est ce qu'il fait dans la prétendue harangue qu'on vient de lire , avec assez d'adresse , quelque savoir-dire et beaucoup d'esprit.