‹ Œuvres complètes de Racine (volume 2)Chapitre 32 sur 154 · François de Ilarlay, depuis aivlicvfquc de Paris · texte numérisé non relu

François de Ilarlay, depuis aivlicvfquc de Paris

les délibérations des pn'lals et les arrêts de Sa Majesté. Là-dessus les grands-vicaires sont mandés k Fontainebleau, où étoit la cour, et où étoient aussi en grand nombre messieurs les prélats.

M. de Marca, toujours entêté de sa prétendue inséparahijité du fait et du droit, fit un grand discours pour persuader aux grands-vicaires qu'ils n'avoient point dû séparer ces deux questions. Après qu'il eut fini, ils lui demandèrent par grâce qu'il voulût mettre ses raisons par écrit, afin qu'ils les pussent examiner plus à loisir. M. de ilarca, de concert avec le père Annat, fit l'écrit qu'on lui demandoit; et le lendemain les grands-vicaires apportèrent leurs observations, où toutes ses raisons étoient détruites de fond en comble. Il voulut leur répliquer par un autre écrit; mais en moins de vingt-quatre heures cet écrit fut encore réfuté par de nouvelles observations, plus foudroyantes que les premières.

Alors messieurs les prélats, reconnoissant qu'ils ne pouvoient l'emporter par la raison, eurent recours à la force; ils firent casser et déclarer nul, par un arrêt du conseil, le mandement des grands-vicaires, avec défense à tout le monde de le signer. En même temps le mandement fut envoyé à Rome, et le roi écrivit au pape pour le faire révoquer. Les grands-vicaires, de leur côté, écrivirent au pape une grande lettre, où ils lui rendoient compte d(! leur mandement, « qui, en faisant rendre, disoient-ils, aux constitutions tout le respect qui leur étoit dû, auroit mis le calme dans l'Église, s'il n'avoit été traversé par des gens ennemis de la paix, et par des évêques trop amoureux de leur formule de foi, qu'ils s'étoient avisés de proposer à tout le royaume, et dans laquelle ils avoient ajouté aux constitutions des choses

qui n'y (Hoient pas. » Cette lettre étoit accompagnée d'un acte signé par tous les curés de Paris, qui déclaroient que le mandement, bien loin d'avoir excité le scandale, avoit été d'une fort grande édification pour tout le diocèse, et étoit regardé de tous les gens de bien comme l'unique moyen de pacifier l'Église. On peut dire que la politique de l'Église de Rome ne parut jamais mieux qu'en cette occasion : elle étoit bien éloignée d'approuver que des évêques s'ingérassent de faire des professions de foi pour les faire signer à tous leurs confrères; mais elle étoit trop éclairée sur ses intérêtspour ne pas appuyer la conduite de ces évêques, qui donnoient par là au pape une infaillibilité sans bornes. Sa Sainteté écrivit aux grandsvicaires un bref extrêmement sévère, les traitant d'enfants de Bélial, mais snns dire un mot ni du Formulaire, ni des décisions de l'assemblée : il les exhortoit, en termes généraux, à revenir à résipiscence, et à imiter l'obéissance des évêques et la piété du roi; après quoi il leur donnoit sa bénédiction. Il ne fit réponse ni à l'évêque d'Angers, ni aux autres prélats qui s'étoient adressés à lui pour le consulter. Il se contenta de faire écrire au nonce par le cardinal Chigi ; et ce nonce avoit ordre de renvoyer tous ces évêques au bref que Sa Sainteté avoit écrit aux grands-vicaires de Paris, et de leur dire de s'y conformer. Ces prélats demeurèrent fermes dans la résolution (|u'ils avoient prise de ne point déférer aux décisions de l'assemblée. Mais les grands-vicaires firent un autre mandement, par lequel ils révoquoient le premier, et ordonnoient la signature pure et simple du Formulaire. En même temps ils eurent ordre de le faire signer aux religieuses de Port-Royal.

Le premier mandement avoit déjà causé beaucoup de

trouble parmi ces filU's qui appirliondoieiit, en le signant, de blesser la vérité. Mais comme c'est cette crainte, et, si l'on veut, ce scrupule qui leur a dans la suite attiré tant de persécutions, et qui a, en quelque sorte, causé la ruine de leur maison, il est bon de dire ici d'où venoit en elles une si grande délicatesse de conscience.

Les religieuses de Port-Royal, comme j'ai dit, et comme il paroît par la carte de visite que j'ai rapportée, n'avoient originairement aucune connoissance des matières contestées : leurs directeurs ne les en entretenoient point, et ne leur en avoient appris que ce qui étoit absolument nécessaire pour leur salut. Mais en récompense ils les avoient instruites à fond des devoirs de leur profession et des maximes de l'Évangile; on leur avoit fortement imprimé dans l'esprit ces grands principes de saint Paul et de saint Augustin, « qu'il n'est point permis de pécher pour quelque occasion que ce soit; qu'il vaudroit mieux s'exposer à tous les plus grands supplices que de faire un léger mensonge; que Dieu et la vérité n'étant qu'un, on ne sauroit la blesser sans le blesser lui-niénic, (|u'on ne peut point déposer d'un fait dont on n'est point instruit; et que d'attester qu'on croit ce qu'on ne croit pas est un crime horrible devant Dieu et devant les hommes ». Surtout on leur avoit inspiré une extrême horreur pour toutes ces restrictions mentales, et pour toutes ces fausses adresses inventées par les casuistos modernes, dans la vue de pallier le mensonge et d'éluder la vérité. Cela étant, on peut aisément concevoir d'où venoit la répugnance de ces filles à signer le Formulaire. La nécessité où on les réduisoit les avoit enfin obligées, malgré elles, de s'instruire de la contes-

talion qui faisoit tant de bruit dans l'Eglise, et qui les jetoit dans de si grands embarras. Elles avoient appris que deux papes, à la sollicitation des jésuites et de plusieurs cvêques, avoient condamné, comme extraites de Jansénius, évèque d'Ypres, cinq propositions très-abominables; que tout le monde avouoit que ces propositions étoient bien condamnées; mais qu'un grand nombre de docteurs distingués par leur piété et par leur mérite, au nombre desquels étoient les directeurs de leur maison, soutenoient qu'elles n'étoient point dans le livre de cet évêque, où ils offroient même d'eu faire voir de toutes contraires; qu'il s'étoit fait sur cela de part et d'autre quantité de livres, où ceux-ci paroissoient avoir eu tout l'avantage. Il y avoit donc lieu de douter, et elles doutoient effectivement que ces propositions fussent dans le livre de cet évèque, mort en odeur de sainteté, et qui, dans son ouvrage même, paroissoit soumis jusqu'à l'excès au saint-siége. Ainsi, soit qu'elles se trompassent ou non, pouvoient-elles en sûreté de conscience signer le Formulaire? î\'étoit-ce pas attester qu'elles croyoient le contraire de ce cpi'en effet elles pensoient? On répondoit qu'elles dévoient s'en fier à la décision des deux papes; mais elles avoient appris de toute l'Église que les papes, ni même les conciles, ne sont point infaillibles sur des faits non révélés. Et y a-t-il quelqu'un, si ce n'est les jésuites, qui le puisse soutenir? Le contraire Ji'est-il pas aujourd'hui avoué de toute la terre? Et n'étoil-il pas alors aussi vrai qu'il l'est maintenant? Il est donc constant que ces filles ne refusoiont de signer que parce qu'elles craignoient de faire un mensonge. Mais leur délicatesse sur cela étoit si grande, que, quelque tour que les grands-vicaires eussent donné à leur premier mandement, plusieurs reli-

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gieuses néanmoins, sur la seule peur d'être obligées de le signer, fnnihérenl malades; et il prit à la sœur de iM. Pascal, qui s'appoloit en religion sœur Euphémie, et qui étoit alors sous-prieure k Port-Royal des Champs, une fièvre dont elle mourut. Les autres ne consentirent à signer qu'après avoir mis à la tète de leurs souscriptions deux ou trois lignes qui portoient qu'elles embrassoient absolument et sans réserve la foi de l'Kglise catholique, qu'elles condamnoient toutes les erreurs qu'elle condamne, et que leur signature étoit un témoignage de cette dis|)osition.

On peut juger par là de l'effet que fit sur elles le second mandement. « Que veut-on de nous davantage? disoient-elles aux grands-vicaires. N'avons-nous pas rendu un témoignage sincère de notre soumission pour le saint-siége? veut-on que nous portions témoignage d'un livre que nous n'entendons point, et que nous ne pouvons entendre? » Là-dessus elles prenoient à témoin M. de Contes ' de la pureté de leur foi, et de l'ignorance où il les avoit trouvées sur toutes ces contestations. Les grands-vicaires étoient fort fâchés de les voir dans cette agitation, et de leur persévérance dans un refus qui alloit vrais(>ml)lablement attirer la ruine de l'une des plus saintes coninuuiaulés qui fût dans l'Ëglise : ils épuisoient leur esprit à chercher des tempéraments qui pussent sauver ces fdles; ils les conjuroient de s'aider un peu ellesmêmes, et de faire quelque chose (pii leur donnât occasion de les servir. A la fin elles ofirirent de signer avec cette espèce de préambule : «Nous, abbesses, prieures et religieuses des dcu\ monastères de Port-Royal de Paris et des

i. L"un des deux grands-vicaires.

Champs, etc., consicU'rant que, dans l'ignorance où nous sommes de foutes les choses qui sont au-dessus de notre profession et de notre sexe, tout ce que nous pouvons faire est de rendre témoignage de la pureté de notre foi, nous déclarons très-volontiers, par notre signature, quêtant soumises avec un très-profond respect à notre saint-père le pape, et n'ayant rien de si précieux que la foi, nous embrassons sincèrement et de coeur tout ce que Sa Sainteté et le pape Innocent X en ont déjà décidé, et rejetons toutes les erreurs qu'ils ont jugées y être contraires. »

Les grands-vicaires portèrent à la cour cette déclaration, et employèrent tous leurs efforts pour l'y faire approuver. Ils y apportèrent en même temps une déclaration à peu près semblable, que les religieuses du Valde-Gràce et celles de quelques autres couvents leur avoient aussi présentée, et sans laquelle elles refusoient de signer. On ne leur parla point de ces autres religieuses; mais ils eurent ordre de ne point admettre l'explication de celles de Port-Royal, et d'exiger d'elles une souscription pure et simple. Mais sur ces entrefaites, le cardinal de Retz ayant donné sa démission de l'archevêché de Paris (en février 1662), et le roi ayant nommé un autre archevêque, il ne fut plus question du mandement de ces grands-vicaires.

Cependant les jésuites, pour autoriser toutes ces violences, s'opiniâtroient à vouloir de pins en plus faire du fait de Jansénius un dogme de foi. Comme ils voy oient avec quelle facilité leurs adversaires avoient ruiné toutes les frivoles raisons sur lesquelles M. de Marca avoit voulu fonder ce nouveau dogme, ils crurent que tout le mal venoit de ce que ce prélat biaisoit trop, cl ne parloit pas assez nettement. Pour y remédier, ils lirent

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soutenir publiquenienl, dans leur collège de Clermont, une thèse, où ils avancèrent en propres termes cette proposition : « Que Jésus-Christ, en montant au ciel, avoit doiinr à saint Pierre et à ses successeurs la même infaillibilité et dans le fait et dans le droit qu'il avoit luimême. 1) D'où ils concluoient très-naturellement que « le pape ayant décidé que les cinq propositions étoient dans Jansénius, on ne pouvoit nier, sans hérésie, qu'elles y fussent ». C'est ainsi que ces pères, dans la passion de rendre hérétiques leurs adversaires, se rendoient euxmêmes coupables d'une très-dangereuse hérésie, et nonseulement d'une hérésie, mais d'une impiété manifeste, en égalant à Dieu la créature, et voulant qu'on rendît à la simple parole d'un honmie mortel le même culte que l'on doit rendre à la parole éternelle. Mais ils n'étoientpas moins criminels envers le roi et envers l'État, par les avantages que la cour de Rome pouvoit tirer de cette thèse, plus préjudiciable à la souveraineté des rois que toutes les opinions des Mariana et des Santarel, tant condamnées par le clergé de France, par le Parlement et par la Sorbonne. Aussi excita-t-elle un fort grand scandale. Voici ce que le célèbre M. Godeau, évêque de Vence, en écrivoit à un de ses amis : « Où est l'ancienne Sorbonne qui a foudroyé par avance cette proposition? Où sont les Servin, les Marion', et les Harlay"? Où sont les évoques de l'assemblée de Melun? Où est enfin notre honneur et notre conscience, de nous taire quand il y a un si grand sujet de parler? Qu'il est fâcheux de vi\Te en un si mauvais temps! Et à quoi, mon Dieu, nous réservez-vous? Mais espérons en celui qui mortifie et qui vivifie : il laisse

1. Simon Marion, avocat général au Parlement de Paris, était l'aïeul du célèbre Arnauld.

m ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE

aujourd'hui prévaloir les ténèbres, mais il saura en tirer la lumière. »

Cependant (le pourra-t-on croire?) les évèques, la Sorbonne et le Parlement gardèrent sur cette thèse un profond silence ; les jansénistes seuls se remuèrent, et il n'y eut que ces prétendus ennemis de l'Église et de l'Elat qui, joints aux curés de Paris, eurent assez de courage pour défendre alors l'État et l'Église. Ils dénoncèrent la thèse à tous les évèques; ils s'adressèrent au Parlement même, et découvrirent, par un excellent écrit, les conséquences de cette pernicieuse doctrine; encore le crédit des jésuites fut-il assez grand pour faii-e brûler cet écrit par la main du bourreau.

Ils eurent dans ce temps-là un nouveau sujet de triomphe par la nomination que le roi fit de M. de Marca à l'archevêché de Pai'is. Pouvoit-on douter qu'étant, comme nous avons vu, le principal aulnir du Formulaire, il n'en exigeât la signature avec toute la rigueur imaginable? Déjà même les nouveaux grands- vicaires que le chapitre avoit nommés comme pendant la vacance, s'empressant à lui faire leur cour, avoient publié un troisième mandement qui jetoit la terreur dans tout le diocèse de Paris : ils y réformoient tout ce qui leur sembloit de trop modéré dans les précédents, réputoient nulles toutes les signatures faites avec restriction ou explication, et déclaroient suspens et interdits ipso faclo tous les ecclésiastiques qui, dans quinze jours, n'auroient pas signé leur ordonnance. Mais ce zèle précipité n'eut aucune suite; on leur prouva leur incompétence par de bonnes raisons, et leur mandement tomba de lui-même. Si l'on en croit de fort grands prélats, qui ont très-particulièrement connu M. de Marca, cet archevêque éloit fort changé sur

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le sujet de son Formulaire ; ils prétendent même qu'il étoit sérieusement touché du trouble que cette affaire avoit excité, et qu'il n'attendoit ([ue ses bulles pour essayer tous les moyens de terminer les choses par la douceur. Quelles que fussent ses intentions, Dieu ne lui permit pas de les exécuter, et il mourut le jour même que ses bulles arrivèrent (le 29 juin 1662).

Sa mort fut suivie de près de celle de l'illustre M. Pascal '. Iln'otoit âgé que de trente-neuf ans; mais, quoique encore jeune, ses grandes austérités et son application continuelle aux choses les plus relevées l'avoient tellement épuisé, qu'on peut dire ([u'il mourut de vieillesse, et laissa imparfait un grand ouvrage qu'il avoit entrepris contre les athées. Les fragments qu'on en trouva dispersés dans ses papiers, et qui ont été donnés au public sous le nom de Pensées de M. Pascal, peuvent faire juger et du mérite qu'auroit eu tout l'ouvrage, s'il eût eu le temps de l'achever, et de l'impression vive que les grandes vérités de la religion avoient faite sur son esprit. On publia que sur la fin de sa vie il avoit rompu tout commerce avec messieurs de Port-Royal, parce qu'il ne les trouvoit pas, disoit-on, assez soumis aux constitutions; et on citoit là-dessus le lémoignagt; du curé de Saint- Étienne-du-Mont, qui lui avoit administré dans sa maladie les derniers sacrements.

La vérité est qu'un peu avant sa mort M. Pascal eut quelque dispute avec M. Arnauld sur le sujet des constitutions; mais, bien loin de prétendre (ju'on se devoit soumettre aveuglément aux constitutions, il trouvoit, au contraire, qu'on s'y soumettoit trop : car, appréhendant,

1. Pascal mourut le 10 août 10(i'2, àgù de trente-neuf ans et deux mois.

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comme on peut le voir dans les Provinciales, que les jésuites n'abusassent un jour, contre la doctrine de saint Augustin, de la condamnation des cinq propositions, il vouloit non-seulement qu'en signant le Formulaire on fît la distinction du fait et du droit, mais qu'on déclarât qu'on ne prétendoit en aucune sorte donner atteinte à la grâce efficace par elle-même, parce qu'à son avis, plutôt que de laisser flétrir une si sainte doctrine, il falloit souffrir tous les mauvais traitements, et même l'excommunication. M. Arnauld soutenoit, au contraire, que c'étoit faire injure à la véritable doctrine de la grâce de témoigner quelque défiance qu'elle eût pu être condamnée, et qu'elle étoit assez à couvert, et par la déclaration d'Innocent X, et par le consentement de toute l'Église; qu'au reste, le schisme étoit le plus grand de tous les maux; que l'ombre même en étoit horrible, et qu'il falloit sur toutes choses éviter d'y donner occasion. Ces deux grands hommes écrivirent sur cela l'un et l'autre, mais sans sortir des bornes de la charité, et sans blesser le moins du monde l'estime mutuelle dont ils étoient liés, et qu'ils ont conservée jusqu'au dernier soupir. M. Pascal mourut entre les bras de M. de Sainte-Marthe, ami intime de M. Arnauld, et l'un des plus zélés défenseurs des religieuses de Port-Royal. Jlais voici ce qui a donné lieu à croire le contraire de ce que nous disons :

M. Pascal, dans quelques entretiens qu'il eut avec le curé de Saint-Étieime, lui toucha quelque chose de cette dispute, sans lui particulariser de quoi il s'agissoit; de sorte ({ue ce bon curé, ([ui ne supposoit pas que M. Arnauld eût pu pécher par trop de déférence aux constitutions, s'imagina que c'étoit tout le contraire, ^'on-seulenient il le dit ainsi à quelques-uns de ses amis.

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mais il l'attesta niOine par écrit. Mais les parents de M. Pascal, touchés du tort que ce bruit faisoit à la vérité, allèrent trouver ce bon honune, lui iiioiiiréreut les écrits qui s'étoient faits sur cette dispute, et le convainquirent si bien de sa méprise, qu'il rétracta aussitôt sa déposition par des lettres qu'il leur permit de rendre publiques.

Après la mort de M. de Marca, il se passa près de dixhuit mois ]iendant lesquels on ne pressa point la signature; on crut même un temps que les affaires alloient changer de face : car la cour de Rome, pendant qu'on élevoit en France son autorité, outragea le roi en la personne du duc de Gréqui, son ambassadeur. Le roi ressentit vivement cette offense, et résolut d'en tirer raison. Comme la querelle pouvoit aller loin, par l'opiniâtreté du pape à soutenir les auteurs de cet attentat, le Parlement et les ministres du roi commencèrent à ouvrir les yeux sur le trop grand cours qu'ils avoient laissé prendre à tout ce qu'on appelle en France les opinions des ultramontains. On ne dit pourtant rien aux jésuites; mais sur l'avis qu'on eut d'une thèse qu'un bachelier breton se préparoit à soutenir, oit il y avoit des propositions moins exorbitantes, à la vérité, que celles du collège de Clermont, mais qui étoient contraires aux libertés de l'Fglise gallicane, et qui, en donnant au pape une autorité souveraine sur l'Église, établissoient son infaillibilité, et détruiroient la nécessité des conciles, le Parlement prit cette occasion d'agir. Il manda le syndic de la Faculté qui avoit signé la thèse, le bachelier qui la devoit soutenir, et le docteur qui devoit y présider; et, après leur avoir fait les réprimandes qu'ils méritoient, il doima un arrêt par lequel la thèse étoit supprimée, avec défense d'enseigner, lire et soutenir

dans les écoles et ailleurs aucune proposition de cette nature; et il étoit ordonné que cet arrêt seroit lu en pleine assemblée de la Faculté, et inséré dans ses registres.

A peine cet arrêt venoit d'être rendu, qu'on eut avis d'une autre thèse à peu près sembla'ole, qui avoit été soutenue au collège des Bernardins, signée encore du même syndic de la Faculté. Le Parlement donna un second arrêt plus sévère que le premier, contre le répondant et le président; et, par cet arrêt, le syndic fut suspendu pour six mois des fonctions de son syndicat.

Ce syndic étoit le docteur Grandin, fameux moliniste, et qui avoit eu la principale part à tout ce qui s'étoit fait en Sorbonne contre M. Arnauld. Lui et les autres partisans des jésuites souffrirent beaucoup de voir ainsi attaquer la doctrine de l'infaillibilité, qui étoit leur doctrine favorite. Ils firent même, quoique inutilement, plusieurs efforts pour empêcher la Faculté d'enregistrer ces arrêts ; mais la plus saine partie des docteurs saisit cette occasion de laver la Faculté du reproche qu'on lui faisoit publiquement d'avoir abandonné son ancienne doctrine. Ils travaillèrent avec tant de succès, que la Faculté di'essa la fameuse déclaration de ses sentiments, contenus en six articles, dans lesquels elle exposoit combien elle étoit éloignée d'enseigner, ni que le pape eût aucune autorité sur le temporel des rois, ni qu'il fût infaillible et supérieur aux conciles. Elle présenta elle-même ces six articles au roi, et ensuite au Parlement, qui la félicita d'être rentrée dans ses véritables maximes, et de s'être assurée contre toutes ces nouveautés dangereuses, que la cabale des moines et de quelques particuliers, liés d'intérêt avec eux, avoit depuis \ingt ans introduites dans les écoles.

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Pres((U(' (Ml iiiruu' iniips il y eut un aiilrc ari'rt ]ioiir réduiri", selon l'ancien usage, It; nombre des docieurs mendiants à deux de cliaque ordre dans les assemblées de théologie. Quelques moines voulurent protester contre cet arrêt, et l'un trcnlre eu\ eut l'audace di' reprocher à la Faculté (jue, sans leur grand nond^re, on ne seroit jamais venu à bout île condanmcr les jansénistes. Le roi publia une déclaration, par laquelle il ordonnoit que les six articles seroient enregistrés dans tous les parlements et dans toutes les universités du royaume, avec défense d'enseigner d'autre doctrine que celle (jui y éfoil contenue. Ils le furent sans aucune op|)osition : il y eut seulemeut nu ji'suile à lîordeaux, iiouune le père Gamin, qui se démena fort pour empêcher l'université de cette ville de les recevoir. Quehpje remontrance que le recteur lui put faire, il persista toujours dans son opposition; et il est marqué au bas de l'acte d'enregistrement que le père Gamin a refusé de le signer.

Ce jésuite ne faisoil en cela ([ue suivre l'esprit de sa Compagnie : car dans le même temps que l'on prenoit en France ces précautions contre les entreprises des ultramontains, les jésuites du collège de Clermont, à l'occasion d'une thèse de mathématique, soutinrent publiquement une proposition où ils doniioienl en quelque sorte au tribunal de l'inquisition la même infaillibilité qu'ils avoient donnée au pape dans leur thèse du mois de décendire 1661 ; et ce qu'il y eut de singulier, c'est qu'ils la firent soutenir par le fils de M. de Lamoignon, premier président. La ])roposition fut aussitôt déférée à la Faculté, qui se pré|)ar(jit à la condamner; mais le premier président, pour ue pas vraisemblablement voir flétrir une thèse que son fils avoit soutenue, empêcha la censure, et VI. 9

fit donner, sur la requête du syndic, un arrêl qui iniposoit silence à la l'acuité.

Pendant que ces choses se passoient, il y avoit eu un projet d" accommodement pour terminer Taffaire et la querelle du jansénisme; les premières propositions en furent jetées par le P. Ferrier, jésuite de Toulouse. Ce jésuite, homme très-fin, et qui songeoit à se faire connoître à la cour, crut ne pouvoir mieux y réussir qu'en se mêlant d'une querelle si célèbre. Il le fit trouver bon au P. Annat, qui avoit une grande idée de lui, et qui ne croyoit pas que la cause des jésuites j^ût péricliter en de si bonnes mains. Le P. Ferrier donc s'adressa à M. de Choiseul, évêque de Comminges, et s'offrit d'entrer en conférence a\ec les défenseurs de Jansénius sur les moyens de domier la paix à l'Église. Ce prélat en écrivit aussitôt à M. Arnauld. Quelque défiance que ce docteur et les autres théologiens qui étoient dans la même cause eussent de la i)onne foi de ces pères, dans l'envie néanmoins d'assurer la paix de l'Eglise, ils offrh'ent de conférer, à condition qu'il ne seroit point fait mention du Formulaire, et qu'on n'exigeroit rien d'eux dont leur conscience pût être blessée. Le P. Ferrier parut approuver cette condition; et bientôt après M. de Comminges reçut ordre du roi de se transporter à Paris, où le P. Ferrier s'étoit déjà rendu.

Lalane et Girard, deux célèbres docteurs, se trouvèrent aux conférences, au nom des défenseurs de Jansénius, et le P. Ferrier, au nom des jésuites (1(363). Ces deux docteurs présentèrent cinq articles, qui contenoient toute leur doctrine sur la matière des cinq propositions. Ce sont ces mêmes articles que les docteurs de Louvain ont encore, depuis quelques années, présentés

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au pape, cl qui diU eu l'approliaiion de toute l'Eglise. Le I*. Fenier u'osa pas nier (pi'ils ne fussent très-catholirpies, bien rpie très-opposés à la doctrine de Molina, disant qu'il iniportoii peu à l'Eglise que ses enfants fussent de l'opiiiioii (les tlioMiisles ou de celle des jésuites. Il \ eut seulement lui endroit de l'un de ces articles où il souhaita (piehjue adoucissement, (|ui lui fut aussitôt accordé'. Ainsi, tout le inonde étant d'accord sur la doctrine, l'évèque de Comniinges jugea l'affaire terminée, et ii le fit ainsi enlendre au roi. Mais ce P. Ferrier, qui, connue nous l'axons ilil, ne pensait à rien moins qu'à un acconimodeinenl, trouva bientôt moyen de le rompre, et, contre la parole donnée, déclara qu'il falloit encore convenir qui' la doctrine condamnée dans les cinq propositions étoil celle de Jansénius. On eut beau .s'écrier qu'on avoit stipulé, avant toutes choses, qu'on ne parleroit point de cet article, il soutint hardiment que cela n'étoit point véritable; de sorte que ces conférences n'aboutirent qu'à un nouveau démêlé avec ce jésuite. Il écrivit, et on fit contre lui quantité d'ouvrages pleins de rai.soiis trèsconvaincantes, auxquelles il répondit sur le ton ordinaire de sa Société, c'est-à-dire avec beaucoup d'injures.

L'évèque de Comniinges, fort irrité de la tromperie qu'on lui avoit faite, songea néanmoins à accommoder l'allaire par une autre voie. Il se fit mettre entre les mains un écrit signé j)ar les principaux défenseurs de .lansénius, par lequel ils lui domioienl plein pouvoir d'envoyer en leur nom au pape les cinq articles dont nous avons parlé, déclarant qu'ils les soumettoient de bonne foi à son jugement : qu'au reste, ils supplioient

i. Ici commencent, dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, trois feuillets écrits de la main de Boikau.

très-humblement Sa Sainteté de croire qu'ils avoient une véritable douleur de toutes les fâcheuses et importunes disputes qui troubloient depuis si longtemps l'Église; qu'ils n'avoient jamais eu la moindre pensée de blesser en rien l'autorité du saint-siége, pour lequel ils avoient toujours eu et auroient toute leur vie un entier dévouement; que, bien loin de s'opposer aux deux dernières constitutions, ils étoient prêts d'y déférer avec tout le respect et la soumission que demandoit la majesté et la souveraine autorité tlu saint-siége apostolique; enfin, que si Sa Sainteté vouloit encore exiger d'eux une plus grande preuve de la sincérité avec laquelle ils adhéroient à la foi établie par ces constitutions, ils consentoient de la lui donner. Les principaux défenseurs de Jansénius avoient eu assez de peine à souscrire à ce dernier article, qui mettoit le pape en droit, pour ainsi dire, de leur imposer telle loi qu'il voudroit. Cependant l'évêque de Comminges ne laissa pas d'envoyer cet écrit à Sa Sainteté, avec uni! lettre très-respectueuse qu'il lui écrivoit sur ce sujet. 11 y avoit apparence que cela seroit reçu trèsagréablement à Rome.

En effet, que pouvoit-on exiger de plus précis des défenseurs de Jansénius, qu'une explication si orthodoxe de leur doctrine, et une soumission si sincère aux constitutions du saint-siége? Il arriva néanmoins tout lecontraire de ce qu'on espéroit : car dans ce temps-là même le P. Ferrier ayant aussi envoyé à lîome une relation fausse et très-odieuse de tout ce qui s'étoit passé dans les conférences, le pape, prévenu contre l'évêque de Commingcs, qu'il rcgardoit comme un des chefs du jansénisme, crut que toutes ces soumissions n'avoient en effet rien de sincère. Au lieu donc de faire réponse à ce

prélat, il se contenta (l\Triit' ini bref aux évêques de France en général, où, sans leur parler du Formulaire, il les louoit fort de leur zèle à faire exécuter en France les constitutions du saint-siégo, reconnoissant que c'étoit |)ar leurs soins el leur bonnr idiiiliiiii' que les principaux d'entre les jansénistes, revenus enfin à une plus saine doctrine, avoient tout nouvellement offert de se soumettre à tout ce (pip le saint-siége voudroit leur prescrire. Il les exhorioii ddiii' ;i jxHirsiiivn' un ouvrage si bii'u commencé, et à chercher les moyens les plus propres pour obliger les fidèles à exécuter de bonne foi les deux dernières constitutions.

L'évéque de Comminges fut fort piqué du mépris que le pa|i(> lui avoil témoigné en ne daignant pas lui faire ré]ionse. Pour justifier donc, et sa conduite dans toute cette affaire, et le procédé des défenseurs de Jansénius, il apporta au roi un nouvel acte signé d'eux, qui contenoit des protestations encore plus Ininibies et plus soumises que celles qu'ils avoient envoyées au pape : car ils (léclaroient par cet acte qu'ils condannioieut sincèrement les cinq propositions, et qu'ils ne les soutiendroient jamais, sous prétexte de quelque sens et de quelque interprétation que ce fût; qu'ils n'avoient point d'autres sentiments sur ces propositions que ceux qui éloient exprimés dans les cinq articles qu'ils avoient soumis à Sa Sainteté, et dont, par son bref, elle témoignoit ii'élrepas mécontente; qu'à l'égard des décisions de fait, comprises dans la constitution d' Vlexandi'e Ml, ils ain'oient toujours pour ces décisions toute la déférence que l'Eglise exige des fidèles en de pareilles rencontres; avouant de bonne foi qu'il n'appartenoit pas à des théologiens particuliers de s'élever contre les décisions du saint-siége, de les combattre ou

d'y résister; enfin qu'ils étoient dans une ferme résoluiion de ne jamais conf rilMier à renouveler ces sortes de disputes, dont ils voyoient avec regret l'Eglise agitée depuis si longtemps. Le roi fut assez satisfait de cette déclaration, mais il ne voulut rien ordonner de son chef sur une matière purement ecclésiastique ; il renvoya tout à l'assemblée du clergé, qui se tenoit alors à Paris ; c'étoit tout ce que demandoit le P. Annat. En effet, comme cette assemblée étoit composée de personnes entièrement opposées à Jansénius, le bref y fui reru avec un applaudissement général, et regardé comme une tacite approbation du Formulaire. Au contraire, la déclaration des défenseurs de .lansénius fut jugée captieuse, conçue en des termes pleins d'artifices, et cachant, sous l'apparence d'une soumission en paroles, tout le venin de l'hérésie. Il fut donc arrêté que, suivant les exhortations du saint-père, on chercheroit les voies les plus propres pour extirper entièrement cette hérésie ; et, n'y en ayant point de plus courte que la signature du Formulaire, il fut résolu (pi'on la poursui\roit de nouveau plus fortement qu'on n'avoit fait jusqu'alors. On écrivit pour cela une nouvelle lettre circulaire à tous les évêques de France, et le roi fut très-humblement supplié de convertir les arrêts de son conseil, qui ordonnoient cette signature, en une déclaration authentique. En elTet, peu de jours après, le roi apporta lui-même au Parlement cette déclaration : on la fit |)ublier dans toutes les provinces du royaume; mais on songea surtout à la faire exécuter dans le diocèse de Paris.

Ilardouin de Péréfixe avoit tout nouvellement reçu ses bulles, et venoit d'y être installé archevêque : c'étoil un prélat hcaiicoiip plus instruit des alfaires de la cour que des matières ecclésiastiques, mais au fond très-lion

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homme, fort ami de la pai\, et qui eût bien voulu, en contentant les jésuites, ne point s'attirer les défenseurs de Jansénius sur les bras. Il chercha donc des biais pour satisfaii'c les uns et les autres, et enli'a même sur cela en ([uehpie p()ni|)arlei- avec ces derniers. La dispute, connue nous l'axons dit, avoit alors changé de face; l'opiniim de M. de Marca sur l'inséparabilité du fait et du (linii a\()it été en quelque sorte abandonnée, et on convemiii que c'étoit (hi fait doiil il éloil question; mais les ennemis de Jansénius persistoient à soutenir que l'Eglise, en qnehjues occasions, pouvoit ordonner la créance des faits, même non révélés, et obliger les fidèles non-seulenieui à condamner les erreurs enseignées par les héréti(jues, mais à reconnoltre que ces hérétiques les avoient enseignées; quelques-uns même osoient encore avancer qu'on devoit croire, de foi intérieure et divine, les faits décidés par les papes, à (|ui, disoiont-ils, l'inspiration du Saint-Esprit ne manquoit jamais. Mais cette opinion n'étant pas sontenable, les ])lus sensés se contentoient de dire qu'à la vérité on devoit une foi à ces décisions, mais une foi simplement humaine et naturelle, fondée sur la vraisemblance de la chose. Cette distinction plaisoit merveilleusement au nouvel archevêque; il se flatta qu'en la bien établissant il accommoderoit sans peine toutes choses, et engageroit tout le monde à signer. 11 fit donc un mandement, i)ar ie([uel il onlninuiii de nouveau à tous doyens, etc., de souscrire dans un mois le Formulaire de foi mis au bas de son ordonnance, etc., à faute de quoi, etc. Mais dans ce même mandement il déclaroit qu'à l'égard du fait, non-seulement il n'exigeoit pas une foi di\ine, mais qu'à moins d'être ignorant ou malicieux, on ne pouvoit dire que ni les constitutions du pape, ni le Formulaire des évèques,

l'eussent jamais exigée ; demandant seulement une foi humaine et ecclésiastique, cjui obligeoit à soumettre son jugement à celui de ses supérieurs. Côtoient ses ternies.

Les défenseurs de Jansénius triomphèrent fort de cette ordonnance, rjui établissoit si nettement la distinction du fait et du droit, et Iraitoit d'ignorante ou de malicieuse une doctrine tant de fois avancée par leurs adversaires, et que les jésuites avoient soutenue dans des thèses publiques. Mais en même temps ils firent paroître quantité d'écrits, où ils monlroient invinciblenient que l'Église ni les papes n'étant point infaillibles sur les faits non révélés, on n'étoit pas plus obligé de croire ces faits de foi humaine que de foi divine ; et qu'en un mol, ]iersonne n'i^ant obligé de croire de foi humaine que les cinq propositions fussent dans Jansénius, ceux qui n'étoient pas persuadés qu'elles y fussent ne pouvoient, sans blesser leur conscience, et sans rendre un faux témoignage, reconnoitre qu'elles y étoient, c'est-à-dire signer le Formulaire. Et, à dire vroi, si les défenseurs de la grâce s'étoient un peu moins attachés aux règles étroites de leur dialecticjue, cl à la si'vérilé de leur morale, il éloit aisé de voir que, par celle foi humaine, l'archevêque n'exigeoit guère autre chose d'eux que cette même soumission de respect et de discipline (|u'ils avoient tant de fois oITerle. Mais ils vouloinii (|u'il le dît en termes précis; et ni l'anlievériue ne vou loi! entièrement s'expliquer là-dessus, ni les défenseurs (le Jansénius entièrement l'entendre.

Celles pour qui l'ordonnance avoit été faite, et qui s'accommodoient le moins de ces distinctions, c'étoient les religieuses de Port-iioyal, jiersuadées ipi'il ne falKut |)oint biaiser avec Dieu, et qu'on ne pouvoit trop neite-

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ment dire sa pensée. L'arclievèqiie se flattoit pourtant de les réduire : aussitôt aprt>s la publication de son ordonnance, il s'i'toil transporté lui-niénie chez elles, et n'avoit riiMi iiuhlii''. I:nil que dura sa \isile, jjour les engager à se soumettre à son niandenient sur le Formulaire-.

Sa première entrée dans cette maison l'ut fort pacifique : il en admira la ri'gularilé ; et, non content d'en té'Uioigner sa sali-'laciioii de \ive voix, il le lit même par un acte signé de sa main; en un mol il déclara aux religieuses qu'il ne trouvoil à redire en elles que le refus qu'elles faisoient de signer le Fornmlaire; et, sur ce qu'elles lui représentèrent que ce refus n'étoit fondé que sur la crainte qu'elles avoient de mentir à Dieu et à son Église, en attestant un fait dont elles n'avoient aucune connoissance, il leur répéta plusieurs fois une chose qu'il s'est bien repenti de leur avoir dite; c'est à savoir : « Qu'elles feroient un fort grand péché de signer ce fait, si elles ne le cj'oyoientpas; mais qu'elles étoient obligées d'en avoir la créance humaine, qu'il exigeoit par son niantlen)ent. » Là-dessus il les quitta, en leur disant qu'il leur donnoit un mois pour faire leurs réflexions, et pour profiter des avis de deux savants ecclésiastiques qu'il leur donnoit pour les instruire.

Ces deux ecclésiastiques étoient M. Chamillard^ vicaire de Saint-\ic(>las-du-('.liar(loimct, rpi'il leur donna même pour être leur confesseur, et le P. Esprit, prêtre de l'Oratoire. Il ne i)ouvoit •ruère choisir deux hommes

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