‹ Œuvres complètes de RacineChapitre 161 sur 249 · Môme source, p · texte numérisé non relu

Môme source, p

point fait d'autre testament que pour demander sa sépulture dans le cimetière ' de Port-Royal des Champs, au pied de la fosse de M. Hamon. Ce sont ses termes. A quoi il ajoute qu'il supplie trèshumblement la Mère abbesse et les religieuses de vouloir bien lui accorder cet honneur, quoiqu'il s'en reconnoisse, dit-il, trèsindigne et par les scandales de sa vie passée et par le peu d'usage qu'il a fait de l'excellente éducation qu'il a reçue autrefois dans cette maison, et des grands exemples de piété et de pénitence qu'il y a vus, et dont il avoue n'avoir été qu'un stérile admirateur; mais que plus il a oflensé Dieu, plus il a besoin des prières d'une si sainte communauté, qu'il supplie aussi de vouloir bien accepter une somme de huit cents livres qu'il a ordonné qu'on lui donnât après sa mort. Elle est ici, iMonsleur, d'une très-bonne odeur comme les vingt dernières années de sa vie; car c'est depuis tout ce temps-là qu'il avoit renoncé si absolument à ce qu'il avoit fait pour le théâtre dans sa jeunesse, que nulle puissance de la terre n'avoit été capable de l'y faire retourner, quelque pressantes sollicitations qu'on lui en ait faites. On les avoit même renouvelées à l'occasion de son Esther et de son Athalie, afin qu'il en traitât du moins avec les comédiens, qui lui en oflVoient une somme très-considérable; et il étoit demeuré ferme, et le Roi avoit toujours eu la bonté de ne point vouloir qu'ils les représentassent sans l'agrément de l'auteur, qu'il a toujours trèsconstamment refusé.

La Gazette parle de lui en termes magnifiques. Je les transcrirois ici comme dignes d'être retenus et comme si bien mérités par cet homme vraiment illustre, sans que vous la voyez ordinairement. M. Renaudot y a bien mis au vrai le caractère de son ami. Il s'est mépris seulement à la qualité de gentilhomme ordinaire; car le défunt ne l'étoit pas de la maison, charge d'environ quinze mille livres, mais de la chambre, ce qui vaut cinquante mille livres. Le fils, qui court sa vingt-unième année, en avoit la survivance et y étoit reçu. Il est à lacourpour obtenir une pension du Roi pour lui et pour aider à élever les enfants qui sont encore en bas âge, et à mieux pourvoir ceux qui en sont en état. On ne

1. Sainte-Beuve ajoute entre pareiitlièses : odes domestiques u.

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saiiroit, au r(?ste, voir un homiiio plus universellement regretté ([ue ne l'est M. Racine. Les grands, qui étoient tous les jours chez lui durant sa maladie, montroient bii'u par leurs soins combien ils le chérissoient et combien ils craignoient sa mort; et la comtesse de Graniont, qui y étoit presque tous les jours, me dit le soir de la grande fête, les larmes aux yeux : « Ilélas! quelle perte pour nous, gens de cour, que celle d'un tel ami! car tout ce que nous y étions de gens qui pensions un peu sérieusement à notre salut, l'avions pour conseil comme pour exemple. Il nous encourageoit, nous éclairoit, nous fortifioit. »

.... Je vous rapporte, Monsieur, mot pour mot, les termes du petit testament de mort, ' sans y ajouter ni diminuer le moins du monde. Ils ont fait une telle impression sur ma mémoire que je crois qu'ils n'en sortiront jamais.

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