X.XI
DE M. VUILLARD A M. DE P RÉ FO NT AI N E
Ce mercredi soir, le G mai [1C99.]
.... Et disons, pour finir cet ordinaire (car j'ai affaire à sortir demain dès le matin), que M. Racine le fils a été très-bien reçu du Roi, mais que M. Despréaux l'a été encore beaucoup mieux ; car il m"a raconté (ceci est pure anecdote-) que le Roi avait eu la bouté de lui dire : « Aous avons bien perdu tous deux en perdant le pauvre Racine. — C'étoit un vrai honnête homme, répliqua M. Despréaux. 11 l'a marqué plus que jamais durant sa dernière maladie, et il a affronté la mort avec une audace toute chrétienne, quoiqu'il eût été toujours fort timide sur ce qui regardoit la santé, et qu'une égratignure lui fit peur. — Oui, reprit le Roi, et je me souviens que pendant une des campagnes où vous étiez ensemble, c'étoit vous qui étiez le brave. » Il y avoit plusieurs années que M. Despréaux n'avoit paru à la cour à cause de sa surdité, et c'éloit M. Racine qui le déchargeoit, et se chargeoit de tout pour lui. « Ce n'est plus cela, ajouta le Roi : il faut que vous soyez seul chargé de tout désormais. Je ne veux que votre style, y M. Despréaux demanda du secours pour tirer les mémoires qu'il lui faudroit de chez les secrétaires d'État et d'ailleurs, et nomma M. de Valincour au Roi, qui le lui accorda : sur quoi un homme d'esprit a dit que ce M. de Valincour seroit le résident de M. Despréaux auprès de Sa Majesté très-chrétienne. L'entretien dura plus d'une heure, et finit par la déclaration que fit le Roi ;\ son historien qu'il vouloit avoir assez souvent avec
t. Mùrne source, p. 200.
2. Ceci est pure anecdote, c'est-à-dire tout à fait inédit et purement confidentiel, en prenant le mot anecdote dans son sens propre. (S'^-B.)
lui des conversations de deux heures dans son cabinet. M. Des préaux a tous les papiers.