Leur pension d'historiographes
6î CORRESPONDANCE.
pas lui venir donner la peine d'élever sa voix pour vous parler. J'ai dit en propres paroles : « Sire, il a plus d'esprit que jamais, plus de zèle pour Votre Majesté, et plus d'envie de travailler pour voire gloire. »
Vous voyez enfin que les choses ont été réglées comme vous l'aviez souhaité vous-même. Je ne laisse pas d'avoir une vraie peine de ce qu'il semble que je gagne à cela plus que vous ; mais outre les dépenses et les fatigues des voyages, dont je suis assez aise que vous soyez délivré, je vous connois si noble et si plein d'amitié, que je suis assuré que vous souhaiteriez de bon cœur que je fusse encore mieux traité. Je serai très-content si vous l'êtes en effet. J'espère vous revoir bientôt. Je demeure ici pour voir de quelle manière la chose doit tourner; car on ne m'a point encore dit si c'est par un bie\et, ou si c'est à l'ordinaire sur la cassette. Je suis entièrement à vous. 11 n'y a rien de nouveau ici. On ne parle que du voyage,' et tout le monde n'est occupé que de ses équipages.
Je vous conseille d'écrire ([ualre lignes au roi, et autant à M""' de Maiiitenon, qui assurément s'intéresse toujours avec beaucoup d'amitié à tout ce qui [vous] touche. Envoyez-moi vos lettres par la poste, ou par votre jardinier, comme vous le jugerez à propos.
1. Le voyage de Flandre, qui eut lieu le mois suivant, et où Louis XIV fut accompagué de toute sa cour.
COUUESroNDANCl'. 03
Wll. '
BOILEAI A lîACINE.
A Paris, 9 avril [Hin'2J.
Êtes-voQs fou, avec vos coinplinients ? Ne savez-vous pas l)iL'ii que c'est moi qui ai, pour ainsi diiv, prescrit la chose de la manière qu'elle s'est faite, et pouvez-vous douter que je ne sois parfaitement content d'une afl'aii'e où l'on m'accorde tout ce que je demandons? Tout va le mieux du monde, et je suis encore plus réjoui pour vous que pour moi-même. Je vous envoie deux lettres que j'écris, suivant vos conseils, l'une au roi, l'autre à M""' de Maintenon. Je ies ai écrites sans faire de brouillon, et je n'ai point ici de conseil. Ainsi je vous prie d'examiner si elles sont en état d'être données, afin que je les réforme si vous ne les trouvez pas bien. Je vous les envoie pour cela toutes décachetées; et, supposé que vous jugiez à propos de les présent'!-, prenez la peine d'y mettre voti'e cacliet. Je verrai aujourd'liui M""" Racine pour la féliciter. Je vous donne le bonjour, et suis tout à vous. Je ne reçus votre lettre qu'hier tout au soir, et je vous envoie mes trois lettres aujourd'hui à huit heures, par la poste. Voilà, ce me semble, une assez grande diligence pour le plus paresseux de tous les hommes.
Suscriplioii : Pour Monsieur Racine.
Wlll.-
RACINE A liOILEAi:.
A Versailles, ce H" avril [1602].
Je VOUS renvoie vos deux lettres avec mes remarques, dont vous ferez tel usage qu'il vous plaira. Tâchez de me