Var. : Sçaurez
SATYRE V
Milon sanglant encor reprend un assassin ;
Grache un séditieux, et Verres le larcin.
Or, pour moy, tout le mal que leur discours m’objete, C’est que mon humeur libre à l’amour est sujete;
Que j’ayme mes plaisirs, et que les passe-temps Des amours m’ont rendu grison avant le temps;
Qu’il est bien mal-aisé que jamais je me change Et qu’à d’autres façons ma jeunesse se range.
Mon oncle m’a conté que, monstrant à Ronsard Tes vers estincelants et de lumière et d’art,
Il ne sceut que reprendre en ton apprentissage,
Sinon qu’il te jugeoit pour un poète trop sage.
Et ores, au contraire, on m’objecte à péché Les humeurs qu’en ta Muse il eust bien recherché.
Aussi je m’esmerveille, au feu que tu recettes.
Qu’un esprit si rassis ait des fougues si belles ;
Car je tien, comme luy, que le chaud element Qui donne ceste pointe au vif^ entendement.
Dont la verve s’eschauffe et s’enflame de sorte Que ce feu dans le ciel sur des aisles l’emporte.
Soit le mesme qui rend le poète ardent et chaud
Sujectà ses plaisirs, de courage si haut
Qu’il mesprise le peuple et les choses communes.
Et, bravant les faveurs, se mocque des fortunes :
Qui le fait, desbauché, frenetique, resvant,
Porter la teste basse et l’esprit dans le vent,
Esgayer sa fureur parmy des précipices.
Et plus qu’à la raison sujet à ses caprices.
Faut-il doncq’ à présent s’estonner si je suis Enclin à des humeurs qu’eviter je ne puis;