‹ Œuvres complètes de Regnier: revues sur les éditions originales avecChapitre 49 sur 74 · LOUANGES DE MACETTE · texte numérisé non relu

LOUANGES DE MACETTE

JDellb et savoureuse Macette, Vous estes si gente et doucette.

Et avez si doux le regard.

Sue si vos vertus et mérites 'estoyent en mes œuvres décrites.

Je croirois mériter la hard.

^ Oui, je croirois qu'on me deût pendre.

Si je ne m'efforçois de rendre.

Avec de doubles interests, Vostre nom autant en estime Au mont des Muses, par ma rime, Comme il Test dans les cabarets.

Puis vostre amour, qui s'abandonne, Ne refusa jamais personne, Tant elle est douce à l'amitié. Aucun respect ne vous retarde r Et fût-il crieur de moutarde, Vous en avez toûjotirs pitié.

Vostre poil, que le temps ne change, Est aussi doré qu'une orange Et plus qu'un chardon frisotté; Et vostre tresse non confuse Semble à ces mesches d'arquebuse ^u'un cadet porte à son costé.

2l6 POésiES DIVERSES.

Vostrc face est plus reluisante Que n'est une table d'attente Où Ton assiet de la couleur ; Et vostre œil a telle étincelle, Que le soleil n'est, auprès d'elle, Qu'un cierge de la Cluuideleur.

La Muse, autour de vostre bouche Volant ainsi comme une mouche.

De miel vous embrène le bec, £t vos paroles nompareilles Resonnent doux à nos oreilles Comme les cordes d'un rebec.

Les Grâces, d'amour eschaufFées, Nuds pieds, sans juppcs, décoiffées.

Se tiennent toutes par la main, Et d'une façon sadinette Se branslcnt à l'escarpolette^ Sur les ondes de vostre sein.

Vénus autour de vos oeillades En cotte fait mille gambades, Et les Amours, comme poussins, Ou comme oysons hors, de la mue Qui ont mangé de la ciguë. Semblent dancer les matassins.

Votre œil, chaud à la picorée, I/esbat de Vénus la dorée, Ne laisse rien passer sans flus ; Et vostre mine de poupée Prend les esprits à la pipée Et les appetis à la glus.

FOisiES DIVERSES. ZIJ

Je ne m'étonne donc, Macctte, Estant si gente et si doucette, Vostre œil si saint et si divin.

Si vous avez tant de pratique.

Et s*il n'est courtaut de boutique Qui chez vous ne prenne du vin.

Car, sans nulle miséricorde.

Je serois digne de la corde.

Si d'un caprice fantastic Je n'allois chantant vos louanges.

Priant Dieu, les saints, et les anges, Qu'ils vous conservent au public.

Ce n'est pas pourtant qu'il me chaille^ Que chez vous la vendange faille ; Mais je craindrois d'oresnavant Que vostre vin, qui se disperse, Veu le long temps qu'il est en perce.

Se scntist un peu de l'évent.

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