‹ Œuvres complètes de Regnier: revues sur les éditions originales avecChapitre 55 sur 74 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

J EUNES esprits mil ne pouvez comprendre Comme il vous raot gaigner le jeu <faymei.

Le jeu de paulme à tous vous peut apprendre Qu'amour se doit pour la belle estimer.

Le premier coup, que quinze il faut nommer. C'est le devis, puis le baiser le trente.

Et puis toucher du tetin à la fente Quarante cinq doit compter l'amoureux ; Mais pour gaigner le jeu qui tant contente.

Il faut frapper tçut droit dans l'entre-deui.

V^BLQUE moine de par le monde

Preschoit un jour dans.uac pippc^

Et par le pertuis de la bonde

Paroissoit ua bout de sa trippe.

€ Gardons-nous bien qu'il ne nous pippe, d

Dirent les bamea en riant.

Lors dit le prescheur en criant^

Tous remply de courroux et d'ire :

« Tout beau I Paix là l Laissez -raoy dire.

Ou, par Dienv vott» kex dehors ;

Que le diable qui vous fait rire

Vous puisse entrer dedans le corps ! >

éPIGRAMMES. 231

JrliLAs! ma sœur, m'amie, j'en mourrois, y> Disoit Alix, qu'on vouloit nuirier :

« Au premier coup vaincue je serois ; Rien n'en feray ; ma mère a beau crier. > Sa sœur respond : € Alix, ne te courousse.

Et de cela ne prends aucun esmoy ; Car si tu veux que j'ayde à la rescousse.

Les premiers coups j'endureray pour toy. y>

\^E disoit une jeune dame

A un vieillard : « Vous me faschez.

Et vous tuez le corps et Tâmé

Pour néant à ce que taschez.

Allez faire ailleurs vos marchez;

Mal vous sied ceste mignardise;

Car quand à moy je suis promise;

Pas n'y voyez clair à demy

Pour vous rien n'est sous ma chemise

Cela n'est deu qu'a mon «my. »

JVlARGOT s'endormit sur un lict Une nuict toute descouverte

Voyant sa lanterne estre ouverte

Mit sa chandelle au plus profond.

c Robin, ta chandelle se fond»

— Non fait, dict-il, c'est une goutte

Qu'en l'allumant eÔe dégoutte^

Ce qui la faict aînst fumer.

— Vien, Robin, quant on ne vwt goutte

Souvent ta chandelle allumer. >

l ÉPIGRAMMES.

I AR un matin une fille escoutoit Un Cordelier qui decrotoit sa mère; La decrotant si fort la tourmentoic Que la fillette en eut douleur amère, Qui s'escria : « Holà ! holà ! >beau père,

' Que faites-vous ! La voulez- vous tuer?

Las ! je vous pry' autant qu'on peut prier Que pour le coup vostre ire se desporte > Car quand j'entends ma mère ainsi crier, Soufîrir voudrois la douieur qu'elle porte, »

U N bon vieillard qui n'avoit que le bec.

Se treuvant court près d'une jeune dame Du désir prou, mais de cela à sec, « Ne suis-je pas, ce dit-il, bien infâme? »

Pour tout discours luy chante ces te gamc,

II taste, il monte assez pour l'ecachcr.

Dont se moquant dict la dame faschée

<r L'esprit est prompt, mais infirme est. la haïr; Nostre curé souvent m'en a preschée.

U N galland le fit et refit

A une fille en s'esbatant,

£t puis après la satisfit

D'un bel escu d'or tout co

« Ma foy, je n'en auray point tant,

Dict la fillette ; c'est beaucoup.

— Serrez cela, dict il à coup. »

Lors ce dict la fille au corps gent ;

< Faictes le donc encore un coup

Pour le surplus de vostre argent. »

iPIGRAMMES. 233

V ous pensez dire un friant mot.

Disant qu'elle vous fait la mine; Mais oyez que dit la Robine fin vous estimant un peu sot :

(l II n'en est rien, ne luy desplaisc :

Jjimais la mine ne luy fis ; Car s'il estoit vray, je vous dis pa'il ne l'auroit pas si mauvaise. y>

U N médecin brusqué et gaillard Fit à son fermier telle enqueste :

I. Vien ça : qui t'a mis en la teste Ce gentil chappeau de cornart ? »

De ce le manant estonné Respondit : ce Monsieur, par mon ame, Cest un de vos vieux, que Madame M'îi de vostre grâce donné, »

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