‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 26 sur 298 · C. PLI NICS MINCTIO FOND. SCO S · texte numérisé non relu

C. PLI NICS MINCTIO FOND. SCO S

Mirum est quàm singulis diebus in urbe

ratio aut coustel nul constate vidcatur pluribus runctisque (ou jundisque) non constet. Nim, si quem interroges : Ilodie quid egisti? respoudeat : Offiicio logœ virilis inlerfui, sponsalia aut nupliat frequenlavi ; ille me ad signandum testamenlum, ille in advocationem, ille in consilium rogavit. Hæc, quo die feceris, necessaria : eadem, si quolidiè fccisse le repûtes, inanin «identur, multè magis quum secesseris. Tune enim subit recordatio, Quoi dies quàm frigidis rebus absumpsi?

Quod evenit mibi postquam in Laurenlino meo aut lego aliquid, aut scribo, aul eliam corpori vaco, eujus fulturis animus suslinetur. Nihil audio quod audisse, nihil dico quod diiisse poeniteat. N'emo apud me quemquam sinislris sermonibus carpit ; neminem ipse reprehendo, nisi unum me, quum parùm commode scribo. Nullâ spe, nullo timoré sollicilorj: nullis rumoribus inquietor. Mecum tantimi et cum libellis loquor. O reclam sinceramque vilam ! O dulce otium, bonestumque, ac penè omni negotio pulchrius ! O mare, o littus , verum, secrelumque pouat&v! Quàm multa invenilis! quàm multa diclatis! Proindè tu quoque strepilum istum, inanemque dis— cursum, et multùm ineptos labores, ut pri— mùm fuerit oceasio, reiinque, leque sludiis vel olio trade. Satins est enim. ut Allilius noster ernditissimè simul et facelissimè dixit, otiosum esse, quàm nihil agere. Yale.

a kevutids FOHDAmn.

a C'est une chose étonnante de voir com- « ment le temps se passe à Rome. Prenez a chaque journée à part, il n'y en a point qui « ne soit remplie : rassemblez- les toutes, vous « êtes surpris de les trouver si vides. Deman- « dez à quelqu’un : Qu'avez-vous fait aujoura d’hui? J’ai assisté, vous dira-t-il, à la cé- « rémnnie de la robe virile qu’un tel a a donnée à son fils. J'ai été prié à des fian- « failles ou à des noces. L'on m'a demandé ■ pour la signature d'un testament. Celui-ci « m'a chargé de sa cause ; celui-là m'a fait • appeler à une consultation. Chacune de ces

• Llb. 1, ep. 9.

TRAITÉ nev ÉT.

i choses, quand nn l'a faite, a paru néces- « saire : toutes ensemble paraissent inutiles,

« et bien davantage quand on les repasse u dans une agréable solitude. Alors vous ne « pouvez vous empêcher de vous dire : A a quelles bagatelles ai-je perdu mon temps!

« C’est ce que je répète sans cesse dans ma « terre de Laurentain, soit que je lise, soit » que j’écrive, soit qu’à mes études je mélo « les exercices du corps, dont la bonne dis- « position influe tant sur les opérations de « l’esprit. Je n'entends, je ne dis rien que je o me repente d'avoir entendu et d’avoir dit.

« Personne ne m’y fait d'ennemis par de a mauvais discours. Je ne trouve à redire à a personne, sinon à moi-même, quand ce que « je compose n’est pas à mon gré. Sans dé- « sirs, sans crainte, à couvert des bruits fà- « cheuz, rien ne m'inquiète. Je ne m’enlreo liens qu'avec moi et avec mes livres. O a l’agréable , 0 l'innocente vie ! Que celte « oisiveté est aimable! qu'elle est honnête! a qu’elle est préférable même aux plus illus- « 1res emplois ! Mer, rivage dont je fais mon a vrai cabinet , que vous m’inspirez de nobles a et d’heureuses pensées! Voulez-vous m'en a croire, mon cher Fundanus, fuyez les ema barras de la ville. Rompez au plus tôt cet a enchaînement de soins frivoles qui vous y a attachent. Adonnez-vous à l'étude ou au a repos, et songez que ce qu’a dit si spiria tuellement elsi plaisamment notre ami Allia lius n'est que trop vrai : Il vaut infiniment a mieux ne rien faire que de faire des riens. a Adieu. »

Le plaisir qu’on sent en lisant cette traduction en fait mieux l’éloge que tout ce que je pourrais en dire. Ce qui m'y plaît surtout est la fidélité du traducteur à rendre foules les pensées et presque toutes les expressions, et en même temps le tour élégant qu'il leur donne ; et c’est ce qu'il faut bien faire remarquer aux jeunes gens. Quelquefois une épithète ajoutée relève la pensée : que cous. m'inspirez de nobles, d'heureuses pensées / Le latin pouvait être rendu en mettant simplement, que vous m'inspirez de pensées!

quàm multa invenilis! quàm multa diclatis ! D'autres fois c'est une métaphore substituée à l’expression simple et naturelle, qui orne

une phrase. Ces mots latins, etmul/ùm ineplos /aboies, ut primùm furrit ocrasio, relinque, pouvaient être ainsi traduits: quittez au plus tôt ces occupations frivoles. Le tour métaphorique a plus de grâce : rompez au plus tôt cet enchaînement de soins frivoles qui roui y attachent. On insiste sur la justesse des mots qui demeurent toujours dans la mime métaphore: rompes, enchaînement , attachent, et l’on fait remarquer que le français ajoute de belles pensées au latin. Enchaînement de soini frivoles au lieu de dire simplement, soins frivoles, ineplos labores ; ce qui est bien plus énergique, et marque comment ces occupations se succèdent continuellement les unes aui autres. Oui cous y attachent n’est point dans le latin, et était nécessaire pour rendre la phrase plus nombreuse.

Je passe beaucoup d'autres observations pareilles pour venir à quelques remarques de critique. Il me semble que dans un ouvrage aussi beau que celui-ci elles doivent être permises, et que, quand il s'y serait glissé quelques fautes qui peuvent échapper aui plus habiles, elles ne diminuent rien ni du mérite de la traduction ni de la réputation de l'auteur. D'ailleurs je fais ici ce que je ferais dans une classe en lisant celte traduction aux écoliers, auxquels Je me croirais obligé de proposer mes doutes, et de faire remarquer les endroits qui peuvent s'écarter du sens.

Celui-ci m'a chargé de sa cause. Je ne sais si c’est le sens de ces mots : ilte me in advocationem rogavit. Dans la bonne latinité, advocatus ne signifie point avocat, mais celui qui aide le plaideur de scs conseils ou de son crédit en assistant à la plaidoirie. Cependant, du temps de Pline, il avait aussi la première signification , et Quintilicn l'emploie trèssouvent dans ce sens. Ce qui me fait douter qu’advocatio signifie ici le ministère de l'avocat, c’est que les différentes occupations dont Pline parle dans celte lettre sont presque toutes de pure cérémonie, où la perte du temps se fait plus sentir: au lieu qu’il n’y a rien de plus sérieux , rien de plus important que le ministère de l’avocat , et qu’on ne peut pas certainement regarder comme un temps mal employéeelui qu’il donne à défendre ses parties.

Chacune de ces choses, quand on l'a faite,

a paru nécessaire : toutes ensemble paraissent inutiles. Le latin présente unp autre pensée : En examinant ces choses le. jour même qu'on les fait, elles paraissent nécessaires : mais, quand on vient ensuite à réfléchir qui c'est ainsi que se sont passées toutes les journées, on y trouve bien du vide et de l'inutilité.

Soit qu'à mes études je mêle les exercices du corps, dont la bonne disposition influe tant sur les opérations de l'esprit. Il faut avertir les jeunes gens qu’il y a quelquefois en latin des pensées et des expressions qui ne peuvent pas se rendre en français, et auxquelles il en faut substituer d'autres qui en approchent le plus qu’il est possible. Cet endroll-ci en peut être un exemple, et nous en verrons encore d’autres dans la suite. Le latin présente ici une belle idée. Notre corps est comme un bâtiment, mais un bâtiment ruineux, qui a continuellement besoin d’être soutenu et appuyé, sans quoi il tomberait et serait bientôt détruit. La nourriture, le repos, la promenade, les différents exercices, lui tiennent lieu d'appuis et de soutien. Et tout cela en même temps sert aussi b soutenir l’esprit: aut etiam corpori vaco, cujus fUlturis animus sustinetur. Le français n’a point rendu cette beauté.

Personne ne m'y fait d" ennemis par de mauvais discours. Ce n'est point 11 du tout le sens du latin, et il faut que le traducteur ait lu autrement que nous n’avons dans le texte. Nemo apud me quemquam sinistris sermonibus carpit. Ce qui signilie personne devant moi ne se donne la libel lé de parier mal de qui que ce soit.

Que celle oisiveté est aimable !... qu'elle est préférable même aux plus illustres emplois I Le latin n'est pas si décisif, et il met un correctif qui était nécessaire pour adoucir ce qu’il y a de trop fort et d'outré dans cette pensée. O dulce otium, honestumque, ac pe né ornai negotio pulchrius ! En etTet, est-il bien vrai que la douceur du repos soit toujours préférable aux emplois publics, qui sont extrêmement pénibles et laborieux ? Si cette maxime avait lieu, que deviendrait l’Etat?

Il vaut infiniment mieux ne rien faire que de (aire des riens. On peut douter d’abord si

cette pensée, qni est Jolie, est celle de l’aateur. Car otiosum esse ne signifie pas ordinairement ne rien faire, mais être de loisir, être sans affaires, sans occupations nécessaires et pressante»; ce qui n’empêche pas qu’on ne s'occupe, qu’on ne travaille; ce qui même donne lieu de le faire, mais d’une manière plus agréable, parce qu’elle est plus libre. Et c’est le sens du beau mot de Scipion l'Africain, qui avait loulume de dire, nunqudm se minus otiosum esse quàm quum otiosusesset 1 : qu’il n’était jamais moins de loisir que quand il avait du loisir'; jamais plus occupé que quand il était sans occupation. Au contraire, nihil aytre signifie ordinairement nr rien faire; et c'est l'un des trois défauts que Sénèque dit qu'on peut reprocher à ta plupart des hommes3, qui passent la plus grande partie de leur vie ou à ne rien faire, ou à mal faire, ou à faire tout autre chose que ce qu’ils devraient.

Cependant , quand on examine attentivement l’endroit dont il s’agit, on reconnaît que le français exprime fidèlement la pensée du texte. Car Pline exhorte Fundanus à se retirer à la campagne pour s’adonner À l'étude ou au repos, leque studiis vel olio trade : et cette alteruafive marque que otium ne doit pas être ici confondu avec le temps que l'on donne à l'étude. Otiosum esse signifie donc être de repos, ne rien faire. Et nihil agere répond aux occupations frivoles de la ville, que Pline avait appelées multùm ineptos labores. Par conséquent nihil agere est heureusement rendu par ces mots faire des riens; et c'est le sens que lui donne le Trésor d'Etienne, rebus inanibus implicari. El pour lors on conçoit que ce mot est dit très-spirituellement et très-plaisamment, eruditissimë simul et (acetissimê; au lieu qu’il n'y aurait rien de fort spirituel, et encore moins de fort plaisant, s'il signifiait qu'il vaut mieux être de loisir que de ne rien faire.

Il me semble que cette sorte de critique

> Cic. Iit>. 3, Otite, a. 1.

* Je ne mil tl le manière dont M. Dubois a traduit cet endroit est exacte. Il avait coutume de dire qu’it n'avait jamais plut tt affaires que lorsqu’à était sans affaires-

1 « St voluerta atlendere, magna s lire pars eiabitur • maté ageBübui , maitma niait agenUtxu, Iota ailud a agcmibui » (gante. Epist. i.)

peut être utile aux jeunes gens, et que c'est un bon moyen pour leur former le jugement que de leur proposer des difficultés comme j’ai fait ici, et de tâcher de leur en faire trouver à eux-mêmes la solution, si cela est possible.

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