C. PUHICS PROCl'LO SCO S
Petis ut libellos tuos in secessu legam, examinemque an editione sinl digni ' . Adhibes procès : allcgas exemplum. Rogas etiam ut aliquidsuccisivi temporis studiis meis sublraliarn, imperliar luis. Adjicis, M. Tullium miré benignitate poelarum ingénia fovissc. Sedego nec rogandus sum, nec hortandus; nam et poeticen ipsam religiosissimè veneror, et le validissimè diligo. Faciam ergo quod desideras lam diligenter quàm libenler. Yideor autem jam nunc possc rescribere, esse opus pulehrum, nec supprimetidum, quantum æstimare liquit ex iis, quæ me præsenle recitasli : si modo mihi non iinposuit recilalio tua. I.egis en i m suavissimè et peritissimè. ConHdo lamen me non sic auribus duci, ut omnes aculei judicii mei illarum delinimentis refringanlur. Ucbctantur fartassè, et paululùm relundunlur; revelli quidem extorquerique non possuut. Igitur non lemerèjam de universitale pronuntio : de partibus experiar legendo. Vale.
1 l.-b 3, rpiM. ta.
« Vous me priei de lire vos ouvrages dans b ma retraite, et de vous dire s’ils sont dignes » d’étre publiés. Vous m’en pressex : vous b autorisez vos prières par des exemples. Vous * me conjurez même de prendre sur mes élu- » des une partie du loisir que je leur destine, b et de la donner aux vôtres. Enfin vous me a citez Cicéron, qui se faisait un plaisir de fà- « voriser et d'animer les poètes. Vous me b faites tort. Il ne faut ni me prier ni me prèsb ser. Je suis adorateur de la poésie, et j’ai b pour vous une tendresse que rien n’égale. b Ne doutez donc pas que je ne fasse avec b autant d'exactitude que de joie ce que vous b m’ordonnez. Je pourrais déjà vous mander a que rien n'est plus beau, et ne mérite mieux b de paraître ; du moins autant que j’en puis a juger par les endroits que vous m'avez fait b voir ; si pourtant votre prononciation ne b m'en a point imposé ; car vous lisez d'un ton b fort imposteur. Mais j’ai assez bonne opib nion de moi pour croire que le charme de a l'harmonie ne va point jusqu’à m'Oler le b jugement. Elle peut bien le surprendre, b mais non pas le corrompre ni l’altérer. Je b crois donc déjà pouvoir hasarder mon avis a sur le corps de l'ouvrage. La lecture m’apb prendra ce que je dois penser de chaque « partie. Adieu. »
Je n'examinerai dans cette lettre qu’un seul endroit, qui n’est pas le moins difficile ni le moins beau. Con/ido lame n me non lie auribus duci, ut omnes aculei judicii mei illarum delinimentit refringantur. Hebetanlur fortuné, et paululùm retundunlur ; revelli quidem extorquerique non posiunt.
Pour bien faire entendre aux jeunes gens cet endroit, il faut commencer par l'explication de la métaphore qui en fait toute la beauté et toute la difficulté. Cette métaphore consiste dans le mot aculeus, qui signifie une pointe, comme une pointe de dard ou de javelot, dont l'effet est de percer.de pénêlrer.Or trois choses peuvent ou affaiblir ou empêcher entièrement cet effet : si la pointe est émoussée, hebetari, relundi ; si elle est rompue, refringi; enfin.
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si elle est arrachée entièrement dn bois où le fer tient, revelli, extorqueri.
Pline exprime la pénétration du jugement par l’image d'nne pointe , qui peut bien avoir été émoussée par l’impression que la grâce de la prononciation avait faite sur ses oreilles, mais non pas rompue, encore moins totalement emportée.
On pourrait douter si ces deux idées, dclinimenta et refringunt, cadrent bien ensemble, et si elles sont bien assorties, l'une exprimant la douceur et l’agrément, l'autre la force et la violence. Mais je ne sais si ce ne serait point porter l’exactitude trop loin que d’exiger une telle précision ; et s'il ne suffît pas que les charmes de la prononciation puissent produire sur le jugement l'effet dont il s'agit, sans qu’il soit nécessaire de trouver dans la nature quelque sorte de douceur qui émousse une pointe, qui la rompe ou qui l'arrachc.
Le traducteur a rendu ainsi cet endroit : T ai assez bonne opinion de moi pour croire que le charme de l'harmonie ne va point jusqu'à m’ôler le jugement. Elle peut bien le surprendre, mais non pas le corrompre ni l’altérer. Je ne doute point qu’étant d'aussi bon goût qu’il esl, il n'ait fait tous ses efforts pour exprimer la métaphore laline. Mais, voyant que notre langue n’en était pas susceptible, et sentant bien que, s’il voulait s'assujettir servilement aux expressions, il défigurerait la pensée, il a suivi le conseil qu'Horace donne sur un autre sujet, qui est d’abandonner une matière qu’on désespère de pouvoir bien traiter :
Et que dopent Iraeuu oilocere poste, reilnquu.
Art. poit.
Ainsi, en conservant le fond de la pensée, il lui a donné un autre tour qui parait plus naturel et n’est pas moins beau que celui du latin.
Et c’est ici une des grandes règles de la traduction, qu’il faut bien inculquer aux jeunes gens, et qui est nécessaire surtout pour les métaphores, qui sont pour l’ordinaire le tourment et le désespoir des traducteurs, et qu'il est souvent impossible de faire passer
dans une autre langue sans en altérer toutes les grâces.