‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 101 sur 158 · ET SUR LE PRIX ET LE MERITE DE LA SUPERIORITÉ BIEN EXERCÉE · texte numérisé non relu

ET SUR LE PRIX ET LE MERITE DE LA SUPERIORITÉ BIEN EXERCÉE

Puisque c'est le haut poinct de la perfection chrestienne de conduire les ames à Dieu, l’aimant qui a attiré Jesus-Christ du ciel en terre pour y travailler, et consommer son œuvre dans la mort et par la croix, il est aysé de juger que celles qu'il employe à ceste fonction se doivent tenir bien honnorées, s’en acquittant avec un soing digne des espouses de celuy qui a esté crucifié et est mort comme un roy d'amour, couronné d’espines, parmy la trouppe de ses eslus, les encourageant à la guerre spirituelle qu'il faut soustenir icy-bas, pour arriver à la celeste patrie promise à ses enfans.

Ainsi, mes cheres filles, celles que Dieu appelle à la conduitte des ames, se doivent tenir dans leurs ruches mystiques, où sont assemblées les abeilles celestes, pour mesnager le miel des sainctes vertus ; et la Superieure, qui est entre elles comme leur roy, doit estre soigneuse de s’y rendre presente, pour leur apprendre la façon de le former et conserver ; mais ilfaut travailler ceste œuvré et ceste saincte besongne avec une entiere sousmission à la saincte Providence, et un parfaict encouragement à se bien exercer à l'humilité, douceur, et debonnaireté de cœur, qui sont les deux cheres vertus que Nostre-Seigneur recommandoit aux Apostres destinez à la superiorité de l'univers, puisant dans le sein du Pere celeste les moyens convenables à cet employ.

Car ce n’est pas de vostre laict, ny de vos mammelles , que vous nourrissez les enfans de Dieu ; c’est du laict des mammelles du divin Espoux, ne faysant autre chose que les leur monstrer, et dire : Prenez, succez, tirez, vivez, et il vous secondera de son secours, et fera vostre besongne avec vous, si vous faites la sienne avec luy : or, la sienne est la sanctification et la perfec-

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tion des ames, pour lesquelles il n’a pas treuvé juste de fuyr le labeur requis à la glorification du nom de son Pere. Travaillez-y donc humblement, simplement, et confidemment : il ne vous en arrivera jamais aucune distraction qui vous soit nuysible; car ce divin Maistre, qui vous emploie à cest ouvrage,

s’est obligé de vous prester sa tres-saincte main en toutes les,

occasions de vostre office, pourveu que vous correspondiez de vostre part, par une tres-humble et courageuse confiance en sa bonté. I] appelle à son service les choses qui ne sont point, comme celles qui sont, et se sert du rien comme de beaucoup pour la gloire de son nom.

C'est pourquoy vous devez faire de vostre propre abjection la chaire et la chaisne de vostre superiorité, vous rendant en vostre neant vaillamment humble et humblement vaillante en celuy qui fit le grand coup de sa toute-puissance en l'humilité de sà Croix.

Il vous à destiné un secours, un ayde, et une grace tres-suffisante et abondante pour vostre soutien et appuÿ. Pensez-vous qu'un si bon Pere comme Dieu voulust vous rendre nourrice de ces filles , sans vous donner abondance de laict, de beurre, et de miel ? Le Seigneur a mis dans vos bras et sur vostre giron ces ames, pour les rendre dignes d’estre ses vrayes espoüses, en leur apprenant à regarder seulement ses yeux diviñs, à perdre petit à petit les pensées que la nature leur suggérera d’elles-mesmes, pour les faire penser uniquement en luy. Une fille destinée au gouvernement d’un monastere ést chargée d’une grande et importante affaire, surtout quand c’est pour fonder et establir, mais Dieu estend son bras tout-puissant à mesure de l’œuvre qu'il impose, et luy prepare de grandes benedictions pour cultiver et gouverner la sacrée pepiniere.

Vous estes les meres, les nourrices, et les dames d’atour de ces filles du roy. Quelle dignité a cette dignité! Quelle recompense, si vous faites cela avec l'amour et les mammelles de meres ! C’est une couronne que vous vous façonnez, et dont vous jouyrez dans la felicité; mais Dieu veut que vous la portiez toute dans vostre cœur en cette vie, et puis il la mettra sur vostre teste en l’autre. Les espouses anciennement ne portoient point de couronnes et de chappeaux de fleurs, qu’elles n’eussent ellesmesmes lyées et agencées ensemble. Ne plaignez point, mes cheres filles, la perte de vos commoditez spirituelles, et des contentemens particuliers que vous recevriez en vos devotions, pour bien cultiver ces cheres plantes, ne vous lassant nullement

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